vendredi 28 juin 2013

28 juin, le feu aux poudres...

28 juin 1914

L'attentat de Sarajevo


Illustration de l'attentat de Sarajevo
Le 28 juin 1914, lors d'une visite à Sarajevo, l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l'empire austro-hongrois, est victime d'un attentat meurtrier perpétré par  "la Main Noire", une société secrète liée au gouvernement du Royaume de Serbie. 

L'Autriche Hongrie accuse la Serbie mais c'est  l'ensemble de l'Europe qui, par le jeu des alliances aux deux pays, s'engage alors dans une escalade de réactions de plus en plus violentes qui aboutissent le 1er août 1914 au déclenchement du conflit le plus meurtrier de l'Histoire. Ce conflit marque le début historique du XX° siècle. 

La "Grande Guerre" ainsi nommée par ses survivants, entraînera les peuples européens pendant 4 ans dans des combats aussi violents que fratricides. Ce chaos sèmera 9 millions de tombes sur les collines ravagées de l'Europe, et mutilera plus de 20 millions d'hommes, auquel il faut rajouter le génocide des arméniens (environ 1 million de morts). 

Et après la guerre, le martyr des populations continuera, avec la guerre qui se prolonge localement jusqu'en 1923, la grippe espagnole (plus de 30 millions de morts), la Révolution bolchevique (plus 10 millions de morts) et ses "purges"(plus 2 millions de morts) etc... avant que la fournaise du Deuxième conflit mondial ne vienne prendre le relais. 

L'Europe signe ainsi par le sang son entrée dans le XX° siècle, et  aujourd'hui il est admis par tous,  que l'ouverture de cette danse macabre est donnée à Sarajevo ce 28 juin 1914. L'attentat contre l'archiduc d'Autriche- Hongrie est cette "étincelle qui met le feu aux poudres" et dont l'incendie meurtrier brûlera sous diverses formes et intensités dans le monde, jusqu'à la chute du mur de Berlin, 85 ans plus tard.

"La guerre n'est pas instituée par l'homme, pas plus que l'instinct sexuel ; elle est loi de nature, c'est pourquoi nous ne pourrons jamais nous soustraire à son empire. Nous ne saurions la nier, sous peine d'être engloutis par elle."
Ernst Jünger, "La guerre comme expérience intérieure"


Peu de temps avant sa mort volontaire, Dominique Venner, évoquait cet épisode dramatique dans un éditorial de sa revue d'Histoire, et dont la relecture, laisse transparaître l'état d'esprit qui allait le conduire à se sacrifier...

"Un samouraï d’Occident"

Edito de la Nouvelle Revue d’Histoire n°64 – janvier-février 2013

Dominique Venner 1935-2013
"Exister c’est se vouer et se dévouer. Mais mourir, c’est parfois une autre façon d’exister. Exister face au destin. Voilà bien un paradoxe digne d’un samouraï d’Occident qu’illustre notre dossier consacré à « La fin des Habsbourg ». Paradoxe, mais vérité. Un exemple, celui de l’archiduc François-Ferdinand, assassiné à Sarajevo le 28 juin 1914. Si l’on en croit son récent biographe, Jean-Paul Bled, l’archiduc héritier n’avait pas toujours la sagesse politique de son oncle, l’empereur François-Joseph. Les conséquences de l’attentat de Sarajevo eurent de telles proportions géantes qu’il est impossible d’imaginer ce qui serait advenu de l’Europe et de l’empire des Habsbourg sans cet assassinat. Une seule certitude, le vieil empereur François-Joseph se serait éteint de toute façon le 21 novembre 1916, et François-Ferdinand lui aurait alors succédé. Avec quelles conséquences ? Nous l’ignorons. Quel souvenir aurait-il laissé ? Nouvelle inconnue. Un fait demeure. La mort dramatique de l’archiduc héritier a donné à son personnage une densité exceptionnelle que plus rien n’est venu modifier. C’est un paradoxe qu’aurait compris le Japon des samouraï autant que la haute Antiquité européenne toujours à redécouvrir.

Par la voix de leur poète fondateur, nos anciens âges avaient la conscience forte de ce qu’ajoute une mort dramatique à l’image du défunt. Ainsi parle Hélène : « Zeus nous a fait un dur destin afin que nous soyons chantés par les hommes à venir » (Iliade, VI, 357-358). Ainsi parle également Alcinoos, roi des Phéaciens, pour consoler Ulysse qui pleure ses camarades morts : « Si les dieux ont infligé la mort à tant d’hommes, c’est pour donner des chants aux gens de l’avenir » (Odyssée, VIII, 579-580). Donner des chants, autrement dit des poèmes, cela signifie transcender le malheur en œuvre d’art. Ce fut une constante de l’imaginaire européen pour qui les grands drames font les grandes sagas. Achille était d’une vitalité extrême, pourtant, il fit le choix d’une vie brève et glorieuse, plutôt que d’une existence longue et terne (Iliade, IX, 410-417). Le héros était d’ailleurs sans illusion sur ce qui survient après la mort : « La vie d’un homme ne se retrouve pas ; jamais plus elle ne se laisse saisir, du jour qu’elle est sortie de l’enclos des dents » (Iliade, 408-409). Plus tard, réduit à l’état d’ombre aux Enfers, il dira à Ulysse que l’éternité lui semble d’un ennui mortel. Opinion partagée par Ulysse lui-même. Dans l’Odyssée, le héros éponyme se voit proposer par la nymphe Calypso une vie éternelle et voluptueuse à ses côtés. Contre toute attente, il refuse, préférant son destin de mortel et choisissant de retrouver sa terre et son épouse Pénélope pour mourir à ses côtès (Odyssée, V, 215-220).

La mort n’est pas seulement le drame que l’on dit, sinon pour ceux qui pleurent sincèrement le disparu. Elle met fin aux maladies cruelles et interrompt le délabrement de la vieillesse, donnant leur place aux nouvelles générations. La mort peut se révéler aussi une libération à l’égard d’un sort devenu insupportable ou déshonorant. Elle peut même devenir un motif de fierté. Sous sa forme volontaire illustrée par les samouraïs et les « vieux Romains », elle peut constituer la plus forte des protestations contre une indignité autant qu’une provocation à l’espérance. Certes, la mort de l’archiduc François-Ferdinand ne fut en rien volontaire. Mais tous les témoignages recueillis sur le drame de Sarajevo prouvent que, durant cette journée fatale, il regarda plusieurs fois la mort dans les yeux sans jamais ciller, comme un samouraï. Ainsi, de celui que l’on perçoit habituellement comme une victime, par la force de ma pensée différente, je fais un héros."
 Dominique Venner

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Et le 5 février 2013, Dominique Venner précisait sa pensée dans une réponse à un de ses lecteurs

Yukio Mishima écrivain japonais né en 1925,
il s'est donné la mort par seppuku en 1970
"Je reçois le message d’un lecteur troublé semble-t-il par mon éditorial « Un samouraï d’Occident » du n° 64 de La Nouvelle Revue d’Histoire, dont le dossier est consacré à « La fin des Habsbourg ». Je vais citer ce message et lui répondre. Ce message m’offre l’occasion de préciser mon regard sur certaines choses importantes de la vie.

Je commence donc par reproduire le message de mon correspondant. Il est concis : « Comme toujours, écrit-il, j’ai lu attentivement l’éditorial de votre n° 64 intitulé « Un samouraï d’Occident ». Je me suis interrogé. Qui est ce samouraï ? Est-ce l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg, assassiné à Sarajevo, ou serait-ce Dominique Venner ? »

Et maintenant, voici ma réponse :

Dans cet éditorial, je rends hommage à l’archiduc François-Ferdinand de façon  inhabituelle. D’une victime, je fais en quelque sorte un héros, ce qu’il méritait bien. Ce regard différent est en accord avec ma façon de percevoir les choses de la vie et de l’histoire. Tel a été, je pense, dès l’enfance, mon instinct profond conforté ensuite par la méditation de l’Iliade. Le poète y décrit un grand malheur, la mort de guerriers « livrés aux oiseaux de proie » puis la destruction de Troie. Mais il transfigure ce malheur en œuvre d’art. C’est le sens profond du poème. L’Iliade commence par l’évocation de la « colère funeste » d’Achille, trame de tout le poème, colère qui « jeta chez Hadès tant d’âmes fières de héros ». De ce malheur, Homère fait le prétexte d’un poème épique sans pareil. J’admire ce retournement d’un malheur en manifestation de la beauté pure. C’est un trait constant du meilleur de l’âme européenne qui transpose par exemple de grandes défaites en sagas, les Thermopyles ou Roncevaux, Waterloo ou Dien Bien Phu. Mais cette disposition d’esprit ne se cantonne pas aux épopées militaire. Notre littérature, de l’Antigone de Sophocle à La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, magnifie des destins tragiques et courageux.

Si je reviens à mon éditorial, parlant comme je l’ai fait de la mort de l’archiduc François-Ferdinand, en l’héroïsant, sans doute ai-je souhaité contribuer comme souvent à réveiller chez quelques-uns une culture du courage qui fut effacée en Europe après la Seconde Guerre mondiale et plus encore après les années 1960."

 Dominique Venner

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