vendredi 7 juin 2013

7 juin, O Fortuna !

7 juin 1937

Création de "Carmina Burana"
à l'opéra de Francfort

par Carl Orff

Carmina Burana: "O Fortuna" dirigé par André Rieu


"le genre de musique claire, tempétueuse et disciplinée dont notre époque a besoin”.

Les Carmina Burana

Composée durant les années 1935 et 1936, Carmina Burana qui est une oeuvre majeure du compositeur allemand Carl Orff (1895-1982), connait rapidement un grand succès en Allemagne et en Europe...

Manuscrit Carmina Burana du XIII°siècle
"Carmina Burana : Cantiones profanae cantoribus et choris cantandae comitantibus instrumentis atque imaginibus magicis", ou « Poèmes de Beuren : Chants profanes pour chanteurs et chœurs, devant être chantés avec instruments et images magiques » sontt la partie la plus connue de "Trionfi" une trilogie musicale...

Carmina Burana une cantate scénique inspirée de 24 poèmes médiévaux les "chants de Beuren" d'un manuscrit découvert en 1803 par le linguiste allemand Johann Andreas Schmeller dans l'abbaye de Benediktbeuernet et dont la première édition date de 1847.

Ce manuscrit réalisé entre 1225 et 1250 est une compilation de chants profanes ou religieux composés essentiellement en latin médiéval, avec des passages en moyen haut allemand et vieux français. Réalisé par les "goliards" ces clercs et étudiants itinérants principalement issus des universités française, allemande, italienne et anglaise. Ces compositions des  XII° et XII° siècles sont principalement des chansons à boire, des chansons d'amour et des poèmes satiriques qui protestaient contre les contradictions grandissantes au sein de l'Eglise, les abus financiers ainsi que contre certains écarts de la royauté et de la noblesse...


Extrait de "In Taberna"

Rongé intérieurement / d'une violente colère, / amèrement / à mon âme je parle: / fait de matière, / des cendres des éléments, /je suis semblable à une feuille, /avec quoi jouent les vents.

Car que ce soit propre à l'homme sage / de poser sur la roche / le siège des fondations, / je suis le fou comparé / au fleuve qui coule, / qui dans sa course folle / jamais ne change de route.

Je suis emporté tel / un navire sans matelot, / et par la voie des airs / tel qu'est porté l'oiseau flottant; / les chaînes ne peuvent me tenir, / la clef ne peut me lier, / je cherche les gens comme moi / et rejoins les tortus.....
(Source : Wikipédia)



Carl Orff (1895-1982) 


Carl Orff
Biographie

Né à Munich le 10 juillet 1895, Carl Orff, d’une famille à tradition militaire ses deux parents sont pianistes. 

Études et carrière musicale
Le jeune Carl Orff, dans ses études musicales ne supporte pas l’académisme et préfère improviser pour maîtriser le piano plutôt que de jouer les pièces des maîtres du passé. En 1909, il assiste à une représentation de Richard Wagner et s’engage vers l’opéra.

En 1912, il entre à l’académie de musique de Munich où Il compose son propre opéra, Gisei, tiré d’une pièce japonaise.

14-18
En 1914, il prend encore des leçons d’interprétation avec Hermann Zilcher.
En 1916, Il est nommé chef d’orchestre et directeur musical des Münchner Kammerspiele.
En 1917, Il prend part à la guerre mais est démobilisé pour blessure.

En 1918, il est nommé directeur musical et chef d’orchestre des opéras de Mannheim et Darmstadt. 

Après la première guerre mondiale
Après la guerre, désireux d’associer le texte, la musique et le mouvement, il se consacre à l’étude et à la composition. Il abandonne ses fonctions à l’opéra de Darmstadt.
En 1920, il épouse Alice Solscher dont il aura une fille, Godela. Il se mariera quatre fois.
Après avoir étudié Monterverdi, il se passionne pour la renaissance italienne
En 1924, il fonde une école de danse : la Güntherschule,

Carl Orff et le troisième Reich
Orff n’avait même pas 40 ans lors de l’arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne.
En 1937, il compose son plus grand succès : "Carmina Burana", il a trouvé sa voie
En 1939, il écrit "Der Mond" (La lune) et "Die Kluge" (L’épouse sage).
En 1943, il compose les "Catulli Burana" et, pour compléter ce triptyque païen, qui sera achevé par le "Trionfo di Afrodite" en 1953.

Il n’existe pas de consensus . Deux thèses s’affrontent concernant Orff lors de cette période et sont extrêmement opposées : celle qui soutient que le compositeur était à peine toléré par le régime nazi, voire qu’il en fut une victime directe et celle qui en font un collaborateur apprécié et partageant l’idéologie nationale-socialiste jusque dans sa musique. Il a de toute manière gardé une attitude globalement neutre qui favorise d’autant plus la polémique et les débats à son sujet

Après la deuxième guerre mondiale
Son amitié avec le résistant anti-nazi Kurt Huber mort pendant la guerre, joue en sa faveur à la fin de la guerre et Il est autorisé à continuer à composer et à produire ses œuvres en public
Par la suite il n’écrit plus que pour le théâtre musical des pièces telles que Antigone ou De temporum fine comoedia, sa dernière œuvre, qui reviennent aux formes du théâtre sacré avec des danses rituelles.
En 1961, il fonde son école au Mozarteum de Salzbourg puis donne des conférences pour présenter sa méthode pédagogique.


Considéré par tous, Carl Orff s’éteint dans sa ville natale le 29 mars 1982. Il a été marqué par la musique de son temps.Carmina Burana reste de nos jours la pièce la plus connue du compositeur, celle qui a réussi à s’imposer à tous.


Hommage


"Carmina Burana" de Jacques Prévert


"Pour Carl Orff.


La musique voyage
comme la peinture les cigognes
les émigrants
comme les nouvelles des journaux
arrachées aux passants
par le vent
et qui s'en vont vieillir
instantanément
dans les poubelles du temps
du temps qui voyage
emporté par le vent
le vent qui voyage
déporté par le temps

Carmina Burana

La musique voyage
s'en va
revient
La musique c'est le soleil du silence
qui jamais ne se tait tout à fait
du silence qui chante
ou grince en images
dans l'aimoir
ou la mémoire des gens

Carmina Burana

Mais parfois la musique reste là
inécoutée
déjouée
alors s'en va très vite
mais revient de loin tout doucement
carminée
burinée
et ceux qui faisaient la petite bouche
il n'y a pas si loin longtemps
font la grande oreille maintenant

Carmina Burana

Sac
ressac
La musique comme la mer
ne se soucie guère
du calendrier des concerts
ou des marées
les ouïes des poissons
se mêlent aux ouïes des violons
Et le cuivre le bois le nickel
la peau d'âne ou le crin de cheval
s'entendent comme larrons en foire

Carmina Burana

Chansons à boire
à rire et à pleurer

Vacarmina Buravina

La musique est enfermée
dans une caisse
Ils tapent de toutes leurs forces et sans cesse
et elle sort libérée
presque tout à fait gaie
Dès maintenant
c'est encore autrefois
ou ailleurs
C'est en même temps la musique d'aujourd'hui
de partout comme de par ici
Percussion
bifurcation
voix du cœur muées soudain en voix de tête
sous la baguette de l'aiguilleur

Carmina Burana

Fête
C'est l'abbaye de Benediktbeuren
ouvrant ses portes à la joie de Harlem

Carmina Burana

C'est du latin cockney de White Chapel
ou de Piccadilly
Du javanais de l'arloguem du louchebem
de la chapelle dans de dix-huitième à Paris

Sang dessus
sang dessous
gens de tout acabit
en latin turbulent
en allemand monastique
chantent la joie de boire
la bière de Bavière
et le vin de Bacchus dans les vignes du seigneur

Carmina Burana

Un ivrogne a roulé sous la table
l'orchestre de sa tête
s'est arrêté tout net

Carmina Burana

Tempo de tous les temps
Frontières effacées sur les atlas des sons
sur les cartes à jouer les plus vieilles chansons
Musique à deux trois quatre
ou douze et autres temps
Musique à haute et intelligibles voix
mais hors des quatre dimensions des casiers à musique
Musique a capella
hors de toutes les chapelle
Musique jamais sévère
mais toujours grave et belle

Carmina Burana

Nom des sons
Sons des noms
Un diable rouge
mais fort instruit
très cultivé
soudain sort de la boîte à savoir
du mélomane mal à l'aise
qui ne sait plus où il en est
avec cette musique hors de sa portée
Voix d'autres pays
voix d'autres siècles
oubliés dispersés
retrouvées réunies

Carmina Burana

Choeurs de voix rêveuses heureuses amoureuses
Choeurs de l'amour courtois
et un beau jour ravi
volé le lendemain
légiféré dénaturé montré du doigt

Carmina Burana

Mais l'amour de la musique
mène toujours à la musique de l'amour
et quand la musique est celle du malheur
si grande si belle soit-elle
en sourdine on entend toujours
au grand air
le grand air de l'amour

Carmina Burana

Le malheur frappe trois coups
les portes des prisons des palais et des temples
les rideaux d'opéra comme ceux de tragédie
s'ouvrent grands devant lui
Mais il tient toujours le même rôle
c'est toujours le vieil enfant de la mort
applaudi avec frénésie
et jamais la fausse barbe de Faust
ne le vieillit ni le rajeunit

Carmina Burana

La porte se ferme et le rideau retombe
La musique se tait
et la lumière aussi
Alors au petit bonheur
chacun rentre chez lui

Carmina Burana

La bonheur lui
n'a aucun rôle à jouer dans l'histoire de la vie
comme un enfant moqué meurtri mais ébloui
sûr de lui comme de sa bonne étoile
malgré tout il chante et sourit

Carmina Burana

"Si tu veux être heureux sois-le!"
dit un vieux proverbe chinois

Carmina Burana

Ce vieux proverbe
parfois la musique l'entend
et le dit et le joue et le chante
merveilleusement simplement."

Jacques Prévert,  dans "CHOSES ET AUTRES", 1972
























































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