mercredi 12 juin 2013

Ce n'est pas une fin mais un commencement !

Dominique Venner

Hommage d'Alain de Benoist, 5 juin 2013

Le 5 juin 2013, une cérémonie d'hommage à Dominique Venner s'est déroulée à Paris autour de la flamme immortalisant sa présence dans les âmes des  consciences européennes. De vibrantes évocations furent prononcées par ses fidèles camarades de combat réunis devant des centaines d'amis et de sympathisants venus témoigner que sa disparition n'était pas une fin, mais bien au contraire un commencement pour la reconquête de l'Europe !

Bernard Lugan, Philippe Conrad, Jean Yves Le Gallou, Henry de Lesquen, Guillaume de Tanouärn, Javier Portella, Gianluca Iannone, Alain de Benoist se sont réunis autour de la flamme de notre Histoire rallumée par Dominique Venner, ainsi que plusieurs centaines d'amis et sympathisants venus lui dire "Présent !"

Parmi ces témoignages de fidélité et d'honneur, je choisis aujourd'hui de partager ici celui d'Alain de Benoist, particulièrement émouvant et transcendant : 


Ecouter l'hommage d'Alain de Benoist (mp3) :  Alain de Benoist - Hommage à Dominique Venner - 5 juin 2013

Voir la cérémonie d'hommage complète du 5 juin 2013 : Hommage à Dominique Venner


Hommage d'Alain de Benoist




                                                                  "Mesdames Messieurs, chers amis,

Alain de Benoist
Les raisons de vivre et les raisons de mourir sont bien souvent les mêmes, tel était le cas indéniablement, pour Dominique Venner, dont le geste a cherché a mettre en accord, profondément, sa vie et sa mort.

Il a choisi de mourir de la manière qui, disait-il, constitue l'issue la plus honorable en certaines circonstances, et en particulier lorsque les mots deviennent impuissants à décrire et à exprimer ce que l'on ressent. Dominique Venner est mort finalement comme il avait vécu : dans la même volonté, dans la même lucidité, et ce qui frappe le plus ceux qui l'ont connu, tous ceux qui l'ont connu, c'est de voir à quel point toute sa trajectoire d'existence se situe dans une ligne à la fois claire et droite, une ligne parfaitement rectiligne d'une extrême droiture.
Le geste accompli par Dominique Venner est évidemment un geste dicté par le sens de l'Honneur, L'Honneur au dessus de la vie, et même ceux, qui pour des raisons personnelles ou autres,  réprouvent le suicide, même ceux qui contrairement à moi, ne le trouvent pas admirable doivent avoir du respect pour son geste, car on doit avoir du respect pour tout ce qui est accompli par sens de l'Honneur.

Je ne vous parlerai pas de politique, en juillet 1967, Dominique Venner avait définitivement rompu avec toute forme d'action politique; il regardait, en observateur attentif, la vie politique,  et il faisait connaître bien entendu son sentiment. Mais je crois que l'essentiel pour lui était ailleurs et beaucoup de choses qui ont été dites aujourd'hui le montre à foison.
Au dessus de tout, Dominique Venner plaçait l'Ethique, et cette considération première était déjà la sienne lorsqu'il était un jeune activiste, elle est resté la sienne lorsque peu à peu, le jeune activiste s'est mué en historien, en "Historien méditatif" comme il le disait.

Si Dominique Venner s'intéressait tellement aux textes homériques dans lesquels il voyait les textes fondateurs de la grande tradition immémoriale européenne, c'est que l’Iliade et l'Odyssée, c'est d'abord l'Ethique.
Les héros de l'Iliade ne délivrent aucune leçon de morale : ils donnent des exemples éthiques et l'éthique et indissociable bien sûr d'une esthétique. Dominique Venner ne faisait pas partie de ceux qui croient que le bien détermine le beau, il était de ceux qui pensent que le beau détermine le bien. 
Il croyait en l'éthique, et les jugements qu'il portait sur les Hommes, ce n'était pas tant en fonction de leurs opinions, ou de leurs idées, mais en fonction de leur plus ou moins grande qualité d'Etre et d'abord de cette qualité humaine par excellence qu'il résumait en un mot : la Tenue. La Tenue qui est une façon d'être, une façon de vivre et une façon de mourir. La Tenue qui est un style, ce style dont il avait si bellement parlé dans le "Cœur rebelle" son livre paru en 1994 et bien sur aussi, dans tous ses ouvrages, mais je pense tout particulièrement au livre qu'il avait publié en 2009 sur l'écrivain allemand Ernst Jünger, et dans ce livre, Dominique disait très clairement que si Jünger nous donne un grand exemple, ce n'est pas seulement par ses écrits mais aussi parce que cet homme qui eut une vie si longue, Jünger est mort à 103 ans, qu'il n'a jamais failli aux exigences de la Tenue.

Dominique Venner était un homme secret, attentif et exigeant et d'abord exigeant de lui-même, il avait intériorisé en quelque sorte toutes les règles de la tenue : ne jamais se laisser aller, ne jamais se répandre, ne jamais s'expliquer, ne jamais se plaindre car la tenue appelle et va de pair avec la re-tenue. Evidemment, lorsque l'on évoque ses choses on risque d'apparaître aux yeux de beaucoup comme l'habitant d'une autre planète... à l'époque des smartphones et de Virgin Mégastore, parler d'équanimité, de noblesse de l'esprit, de hauteur de l'âme, de tenue, c'est là employer des mots dont le sens même échappe à beaucoup. Et c'est sans doute la raison pour laquelle les béotiens et les lilliputiens qui rédigent ces bulletins paroissiaux de la bien bien-pensance que sont devenus les médias aujourd'hui, ont été incapables pour la plupart de comprendre le sens même de son geste, qu'ils ont essayé d'expliquer par des considérations médiocres.


Dominique Venner n'était ni un extrémiste, ni un nihiliste et surtout pas un désespéré. Les réflexions sur l'Histoire auxquelles il s'était livré pendant si longtemps, l'avaient amené au contraire à développer un certain optimisme. 

Ce qu'il retenait de l'Histoire, c'est qu'elle est imprévisible et qu'elle est toujours ouverte, qu'elle fait les Hommes, mais que la volonté des Hommes l'a faite également. 

Dominique Venner récusait toutes les fatalités, toutes les formes de désespoir, je dirais, paradoxalement, parce qu'on ne l'a pas suffisamment remarqué, que son désir de se donner la mort était une façon de protester contre le suicide, une façon de protester contre le suicide de l'Europe auquel il assistait depuis tant de temps.

Dominique Venner ne supportait tout simplement plus de voir l'Europe qu'il aimait, sa patrie sortir peu à peu de l'Histoire, oublieuse d'elle-même, oublieuse de sa mémoire, de son génie, de son identité, vidée en quelque sorte de cette énergie dont pendant tant de siècles elle avait su faire preuve...

C'est parce qu'il ne supportait plus ce suicide de l'Europe, que Dominique Venner lui a opposé le sien, qui lui n'est pas un suicide d'affaissement, de démission, mais au contraire un suicide d'espérance.
L'Europe, disait Dominique, est en "dormition", il a voulu la réveiller, il a voulu comme il le dit, "réveiller les consciences assoupies". Il faut donc être très clair sur ce point, il n'y a aucun désespoir dans le geste de Dominique Venner, il y a un appel à agir, à penser, à continuer, il dit "je donne, je sacrifie ce qui me reste de vie, dans un acte de protestation et de fondation". 
C'est ce mot de "fondation", je crois qui doit-être retenu ce mot de fondation qui nous a été légué par un homme dont le dernier souci a été de mourir debout. 

Dominique Venner n'était pas non plus un nostalgique, mais il était un véritable historien, qui s'intéressait bien sûr au passé en vue de l'avenir. Il ne faisait pas de l'étude du passé une consolation ou un refuge, il savait simplement que les peuples qui oublient leur passé, qui oublient la conscience même de leur passé, se privent par là même d'un avenir, l'un ne va pas sans l'autre, le passé et l'avenir sont deux dimensions de l'instant présent, mais pas n'importe lesquelles, des dimensions de profondeur.

Et dans cette démarche Dominique Venner se soutenait bien sûr d'un certain nombre de souvenirs et d'images, il avait le souvenir des Héros et des Dieux homériques,  il avait le souvenir des vieux romains, de ceux qui l'ont précédé dans la voie de la mort volontaire, Caton, Sénèque, Régulus, tant d'autres... il avait en mémoire les écrits de Plutarque et les histoires de Tacite. 
Il avait en tête le souvenir de l'écrivain japonais, Yukuo Mishima dont la mort, à tant d'égards, ressemble tellement à la sienne, et ce n'est certes pas un hasard si le livre, le dernier livre qu'il aura publié,  livre qui va paraître d'ici quelques semaines, publié par Pierre Guillaume de Roux, s'appelle "Un samouraï d'Occident", 

Un samouraï d'Occident... 


Le Chevalier, la Mort et le Diable de Dürer- 1513 
Et dans les images, sur la couverture de ce livre, "Un samouraï d'Occident" on voit une image, une estampe, une gravure, célèbre : "Le Chevalier, la Mort et le Diable", de Dürer. Cette gravure, Dominique Venner l'a choisi à dessein : c'est à ce personnage du chevalier que Jean Cau, il y a quelques temps avait consacré un livre admirable, qui portait d'ailleurs ce titre : "Le Chevalier, la Mort et le Diable".
Dans l'une de ses toutes dernières chroniques, rédigée quelques jours à peine avant sa mort, Dominique Venner a précisément écrit un texte d'hommage à ce chevalier, qui dit-il, chemine et cheminera, continuera toujours de cheminer vers son destin, vers son devoir entre la Mort et le Diable. 

Et Dominique Venner dans cette chronique, relevait un anniversaire : c'est en 1513, il y a très exactement 500 ans que Dürer, a gravé cette estampe, "Le Chevalier, la Mort et le Diable". Et cette insistance m'a donné personnellement une idée, j'ai eu un geste que tout le monde peut faire, très simple : je suis allé voir les dates de naissance et de mort de Dürer, l' homme qui a gravé il y a très exactement 500 ans  "Le Chevalier, la Mort et le Diable", et je me suis aperçu que Dürer était né en 1471, qu'il était né le 21 mai 1471.

Dürer est né un 21 mai, Dominique Venner a choisi de mourir un 21 mai !. Si c'est une coïncidence, elle est extraordinaire, mais on est pas forcé de croire aux coïncidences. 

Voilà ce que je voulais vous dire en souvenir de Dominique Venner, qui maintenant, est parti dans une grande chasse sauvage, dans un paradis où on voit voler les oies sauvages...

Ceux qui l'ont connu, et moi je le connaissais depuis cinquante ans, ceux qui l'ont connu se disent sans doute qu'ils ont perdu un ami, je crois qu'ils ont tort je crois que depuis le 21 mai à 14 heures 42, ils doivent savoir au contraire qu'il sera désormais nécessairement toujours là, toujours là aux côtés des "coeurs rebelles" et des esprits libres confrontés depuis toujours à l'éternelle coalition des tartuffes, des trissotins et des torquemadas..."


Alain de Benoist 5 mai 2013



Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont les bienvenus, à condition qu'ils ne soient pas diffamatoires et injurieux. Merci de respecter cette règle.