dimanche 2 juin 2013

Cœur rebelle !


Dominique Venner 1935-2013



"Exister c’est se vouer et se dévouer. Mais mourir, c’est parfois une autre façon d’exister "
Dominique Venner  (éditorial NRH, 8 janvier 2013) 
                                                                                       
Dominique Venner qui se définissait lui même comme un "historien méditatif", nous a quitté tragiquement le 21 mai 2013, et par son sacrifice volontaire, il est entré dans l'Histoire de l'Europe dont il était le parangon vertueux et exemplaire. Si sa disparition est une tragédie voulue, elle est aussi un drame pour sa famille et ses proches à qui j'adresse ici mes pensées les plus sincères.

Je dois l'avouer en préambule, je connaissais peu l'oeuvre de Dominique Venner. Jeune lecteur des "livres des armes" aux éditions de la Pensée moderne, à la fin des années 70, je n'ai retrouvé cet auteur que récemment à  travers son essai sur Ernst Jünger ("Ernst Jünger, un autre destin européen" en 2009) cet autre éveilleur de l'âme européenne...  
Depuis, je suivais épisodiquement depuis les rives occidentales de l'Atlantique où je vis, ses études passionnantes et rigoureuses dans la "Nouvelle Revue d'Histoire" ou ses réflexions pertinentes sur internet.  

Animé par la conscience d'une identité européenne multimillénaire, héritière des mythes fondateurs, des paysages et de l'Histoire du vieux continent, je suis un témoin attentif et de plus en plus inquiet des évolutions actuelles des états et des peuples de mon pays.

Je cherche dans des lectures éclectiques les réflexions métapolitiques qui me permettent de comprendre les enjeux et les menaces de notre époque. Force est de constater que le système consumériste nous impose sa pensée unique à travers les nouvelles tyrannies des médias et de l'éducation; et il est de plus en plus difficile  de trouver des libres penseurs qui nous proposent offrent une autre chemin que celui de l'esclavage.

Au delà de l'historien de grande qualité qui nous laisse des études référentielles incontestées, Dominique Venner apparaît au milieu de la tempête qui secoue notre Europe, comme un phare stoïque fondé sur l'éthique du courage et de l'honneur. 

Si sa mort volontaire rappelle sans conteste, dans l'intention et la pensée le seppuku de Yukio Mishima le samouraï, je pense plutôt que c'est vers le Chevalier, héritier des héros homériques et fondateur de l'éthique européenne que Dominique Venner nous invite à tourner nos regards et nos coeurs...


Gravure d'Albrecht Dürer "Le Chevalier, la Mort, et le Diable" - 1513 - Détail

"La Mort, elle, le Chevalier la connaît. Il sait bien qu’elle est au bout du chemin. Et alors ? Que peut-elle sur lui, malgré son sablier brandit pour rappeler l’écoulement inexorable de la vie ? (...)

L’image du stoïque chevalier m’a souvent accompagné dans mes révoltes. Il est vrai que je suis un cœur rebelle et que je n’ai pas cessé de m’insurger contre la laideur envahissante, contre la bassesse promue en vertu et contre les mensonges élevés au rang de vérités. Je n’ai pas cessé de m’insurger contre ceux qui, sous nos yeux, ont voulu la mort de l’Europe, notre civilisation millénaire, sans laquelle je ne serais rien."  
Dominique Venner  (www DV, 23 avril 2013)

Il est vital de ne pas réduire son geste à une tragique protestation contre le "mariage pour tous", car cette loi méprisante n'est que l'écume insignifiante d'une vague monstrueuse qui attaque les fondations mêmes de notre civilisation et de nos identités européennes.

Bien avant son sacrifice prométhéen, Dominique Venner espérait le réveil de cet "Europe en dormition" décrite dans les dernières pages du "siècle de 1914" (2006) et appelait aux rétablissement des valeurs vertueuses des européens, ces hommes "amoureux de la vie mais qui ne craignent pas la mort"...

"La mort peut se révéler aussi une libération à l’égard d’un sort devenu insupportable ou déshonorant. Elle peut même devenir un motif de fierté. Sous sa forme volontaire illustrée par les samouraïs et les « vieux Romains » (la "devotio", ndlr), elle peut constituer la plus forte des protestations contre une indignité autant qu’une provocation à l’espérance." 
Dominique Venner  (éditorial NRH, 8 janvier 2013)

La disparition de Dominique Venner est pour moi un choc un appel à sortir de l'ombre et a joindre ma modeste voix à celles des coeurs rebelles. Ce blog en est la première pierre.

De Homère à Jünger, la lignée des penseurs de l'âme européenne m'indique trace la voie de la tradition, mais c'est à Monsieur Dominique Venner que je veux rendre hommage au sens médiéval du terme. 

Au crépuscule de sa vie, Dominique Venner a choisi de mourir debout,  fidèle aux traditions païennes de la Vieille Europe, pour nous donner un dernier message, et par sacrifice fondateur, réveiller le désir de croire et de combattre et ouvrir un nouvel âge: celui de la reconquête européenne...  car comme il aimer à le dire :

"Etre c'est Vouloir"

Notre Dame de Paris


La dernière lettre de Dominique Venner.



"Je suis sain de corps et d’esprit, et suis comblé d’amour par ma femme et mes enfants. J’aime la vie et n’attend rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit. Pourtant, au soir de cette vie, devant des périls immenses pour ma patrie française et européenne, je me sens le devoir d’agir tant que j’en ai encore la force. Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable. J’offre ce qui me reste de vie dans une intention de protestation et de fondation. Je choisis un lieu hautement symbolique, la cathédrale Notre-Dame de Paris que je respecte et admire, elle qui fut édifiée par le génie de mes aïeux sur des lieux de cultes plus anciens, rappelant nos origines immémoriales.



Alors que tant d’hommes se font les esclaves de leur vie, mon geste incarne une éthique de la volonté. Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m’insurge contre la fatalité. Je m’insurge contre les poisons de l’âme et contre les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations.



Le discours dominant ne pouvant sortir de ses ambiguïtés toxiques, il appartient aux Européens d’en tirer les conséquences. À défaut de posséder une religion identitaire à laquelle nous amarrer, nous avons en partage depuis Homère une mémoire propre, dépôt de toutes les valeurs sur lesquelles refonder notre future renaissance en rupture avec la métaphysique de l’illimité, source néfaste de toutes les dérives modernes.

Je demande pardon par avance à tous ceux que ma mort fera souffrir, et d’abord à ma femme, à mes enfants et petits-enfants, ainsi qu’à mes amis et fidèles. Mais, une fois estompé le choc de la douleur, je ne doute pas que les uns et les autres comprendront le sens de mon geste et transcenderont leur peine en fierté. Je souhaite que ceux-là se concertent pour durer. Ils trouveront dans mes écrits récents la préfiguration et l’explication de mon geste."

Dominique Venner  (mardi 21 mai 2013)

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