lundi 1 juillet 2013

1er juillet, "au commencement était l'émotion"

1er juillet 1961

Mort de Louis Ferdinand Céline, 1894-1961.



« La vie c'est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit...»

Depuis quelques années, nous assistons à la misérable croisade des Torquemada de la pensée unique qui tentent vainement de faire disparaître de nos mémoires et de notre patrimoine, celui qui fut l'un des plus grands écrivains du XX° siècle, alors que même la Camarde qui vint le chercher à Meudon ce 1er juillet 1961, ne put souffler cette lumière qui brillera éternellement dans le panthéon culturel de nos coeurs.

Retracer ici la vie de l'auteur du "Voyage au bout de la nuit" (1932) serait difficile tant l'oeuvre et la vie de cette homme sont riches et exemplaires jusque dans leurs controverses...

Aussi je préfère m'effacer et faire revivre ici le sublime hommage donné à Céline en 1976 par le poète et écrivain breton:  Xavier Grall (1930-1981) qui nous laisse également un oeuvre littéraire importante. Journaliste il éclairait les éditions de ses billets d'humeur ou d'amour lyriques et puissants, comme la mer qui forge sa terre armoricaine depuis le commencement du rêve  de liberté des vrais Hommes.

"CÉLINE BLUES..."

Xavier Grall,1930-1981
"A Trévignon, dans ce petit port de la côte finistérienne, penser à Céline, c'est sans doute évoquer la liberté profonde, et unique, de cet imprécateur perdu dans les banlieues.

Il n'aimait que ça ! Barde dingue et écorché, breton par sa mère, la dentellière issue d'une famille des Côtes-du-Nord, sait-on qu'il fut étudiant à Rennes, médecin à Quintin, qu'il battit les campagnes bretonnes, au temps des poumons pourris, pour y faire des conférences sur la tuberculose. Sait-on qu'il adorait Saint-Malo et que, à la fin de sa vie, c'est ici, sur les rives de Cornouailles  qu'il désirait s'établir. Et crever.

A Trévignon, devant les barques qui se dandinent et tirent sur l'ancre, dans le bruissement du clapot, dans cette musique grise qui semble lever des profondes entrailles du sable et des algues, oui, l'on retrouve la seule tendresse durable de Louis-Ferdinand. La mer ! Toujours la mer ! A elle ses plus belles pages, à elle ses féeries, à elle ses dingueries les plus tendres. Il détestait la terre. Comme beaucoup de médecins, ces fouailleurs pessimistes des sanies et des vices, c'est à l'océan qu'il demandait l'espoir et la consolation. " Sur la mer que j'aimais comme si elle eut dû me laver d'une souillure ", avait déjà dit Jean-Arthur Rimbaud, cet autre bourlingueur. Idem de Céline.

LE VOYAGE AU BOUT DE LA MER

Trépané, paludéen, rongé d'amibes, accablé de toutes les saletés guerrières et terriennes, Céline trouvait, face à la mer, sa respiration. Il l'aura sillonnée de part en part. Sa vie ne fut longtemps que voyage. Africa ! America ! Canada ! Cuba ! Et, pour finir, là-bas, chez les Vikings, à Klaskovgard, au royaume du Danemark ! Il aima la vie salée, blanche et sauvage de Terre-Neuve. Et, à la veille de la guerre, quand il fout son camp une fois de plus, c'est encore sur un bateau qu'il le fait. Sur le Shella... Le paquebot fit naufrage. Et sans doute Céline regretta-t-il de ne pas périr avec lui. Fini ! Dans la mer ! Corps et bien. Le voyage au bout de la mer...

MEUDON MAUDIT

A Trévignon, relire, face au môle griffé de goélands, Le Pont de Londres, et notamment la description superbe du port sur la Tamise. Sloops, barques, cargos, voiliers, et tous les marins du monde ! Et toutes les marchandises ! Ah, les errances humaines ! Cette prose célinienne, quel jazz ! ça danse, ça trépigne, ça tempête, ça claque, ça chavire... La mer.

Celte errant, maudit, rageur, et, à la fin, quand les marées seront loin et les ports, et les matelots, et les caboulots. Celte radoteur sur les bords... L'opprobre qu'il aura sans doute cherché aura eu raison de son bon sens rassis. Finie la rigolade ! L'ordure elle-même fadasse ! Reste la souffrance pleine, plénière, océanique. Les bateaux ne partent plus. On n'embarque plus rien, même pas un quart d'espérance. Personne sur le pont, même pas une danseuse. Plus rien. L'humanité n'a plus rien. Ni havre ni ancre de miséricorde. On ne rêve plus, quoi ! C'est la terre, Meudon maudit. Autant s'enterrer sous le saule, ad vitam aeternam.

" La mer est méchante et glaciale ", gémit-il en sa lugubre relégation de Klaskovgard, ce toponyme que l'on dirait fait pour lui. Et sa misère.

Non, Céline ! A Trévignon, elle est encore tiède et bonne. Féerique pour cette fois-ci encore..."

Xavier GRALL Le Monde, 3-4 octobre 1976


Pour connaître la vie de Louis Ferdinand Destouches dit Céline, le lien : Le petit célinien


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