dimanche 7 juillet 2013

6 juillet, la mort plutôt que le déshonneur

Assassinat du Lieutenant Roger Degueldre

Lieutenant Roger Degueldre 1925-1962
Le 5 juillet 1962, alors que la guerre est terminée le massacre de 95 européens à Oran marque d'une pierre ensanglantée la curée d'un FLN qui assassinera plus de trois mille personnes, dans l'indifférence générale d'un pouvoir complice qui muselle son armée pourtant encore présente en Algérie...

Le lendemain, quelques heures à peine après ce massacre d'innocents, alors que les vacanciers dansent sur les plages de France, le pouvoir gaulliste continue de liquider l'affaire algérienne dans le sang de ses héros....

Aujourd'hui, si la guerre d'Algérie rentre peu à peu dans l'histoire, les plaies ont du mal à se fermer car les manipulateurs de l'Histoire aiment à y répandre le sel de la haine et du mensonge.

Le lieutenant de légion Degueldre a toujours mis son idéal au bout de son fusil, depuis le jour où à 17 ans, il rejoint le maquis du "Commandant Marc" (FTP de la région Nord) pour lutter contre l'occupant nazi. 
Désormais il ne trahira jamais cet engagement pour la France, et son sens de l'Honneur resté intact allait l’amener à "faire ce que doit" pendant la guerre d'Algérie, reprenant ainsi la formule du Général De Gaulle qui allait pourtant devenir son assassin ce 6 juillet, quand, il déclarait en 1940  : "Obéir c'est trahir, désobéir, c'est servir !"

"On ne peut demander à un soldat de se parjurer !"

Lieutenant Roger Degueldre
Né le 19 mai 1925 à Louvroil (Nord) dans une famille ouvrière, d'un père cheminot et d'une mère au foyer, il fuit, avec sa famille, l'occupation allemande en 1940 pour se réfugier dans le sud de la France. En 1942, le jeune Roger Degueldre remonte dans le Nord de la France pour entrer clandestinement dans la zone occupée, et s’engager dans le maquis, auprès des partisans communistes, dans les Francs-tireurs et partisans (FTP), aux côtés de Roger Pannequin, le « commandant Marc ». Il s'engage dans la 10e Division d'infanterie motorisée qui participe à la réduction de la poche de Colmar en janvier 1945. A la "libération", il s'engage au sein de la Légion étrangère. Il prend du galon par ses mérites en Indochine française (il est décoré de la Médaille militaire pour acte de courage pour avoir porté secours au capitaine de Blignières et au sous-lieutenant Boutot sous le feu de l'ennemi) puis en Algérie (pendant la semaine des barricades à Alger en janvier 1960, il est présent avec son régiment, toujours fidèle au gouvernement français).

Engagé dans la défense de l'Algérie française, il est alors soupçonné d’avoir participé au complot avorté de décembre 1960 contre le général De Gaulle peu après sa visite à Alger. Il est alors muté au 4e Régiment étranger de parachutistes. Niant les faits, convaincu de la nécessité de la lutte armée, il passe alors dans la clandestinité le 11 décembre 1960.

Il crée alors et dirige les Commandos Delta, troupes de choc de l'Organisation armée secrète (OAS).

Le 7 avril 1962, il est arrêté et traduit en justice. Condamné à mort le 28 juin 1962 par la Cour de sûreté de l'État, Roger Degueldre est fusillé au fort d'Ivry-sur-Seine le 6 juillet 1962. Une balle seulement sur les onze du peloton d'exécution l'atteint. Le sous-officier chargé de lui donner le coup de grâce s'y reprend à six fois. Sa condamnation le prive de ses prérogatives en matière de décorations (Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieures, Chevalier de la Légion d'honneur)

(Source Métapédia)


Décorations : Cité avec Croix de guerre des TOE, celle-ci porte 2 étoiles de bronze (régiment ou brigade) , 2 étoiles d'argent (division), 2 étoiles de vermeil (corps d'armée) et 2 palmes (armée). En Algérie, il gagne la croix de la Valeur militaire. Il a été décoré de la médaille militaire et a été fait chevalier de la Légion d'honneur.

"Je ne vous garde pas rancune, je vous plains"

"6 juillet 1962, 3 heures 56 du matin. Une salve désordonnée secoue la brume. Au même instant, sur l'autoroute du Sud, la France, insouciante, part en vacances.

Pourtant, à quelques centaines de mètres à peine, un second coup de grâce claque et fait tressaillir l'homme qui tient dans sa main un petit drapeau tricolore. Le sang coule sur sa tenue léopard. Il souffre, il souffre dignement. 

Devant ce militaire que la mort hésite à prendre, à l'écoute des plaintes émises par le blessé, un colonel déclare froidement que ce sont là les spasmes de l'agonie. Maître Tixier-Vignancour et Maître Denise Macaigne, soutenus par l'aumônier de la prison de Fresnes, s'opposent à cette honteuse constatation et forcent les autorités à appeler un médecin. Ce dernier confirme bien les affirmations des avocats : l'homme vit toujours. Alors, alors il faut l'achever.

A 4 heures 04, l'adjudant-bourreau tire par trois fois sur l'officier blessé, mais ses mains tremblent et les trois coups de grâce ratent leur but. Armé d'un autre revolver qu'il est allé chercher, le sous-officier revient et, comme il le fit précédemment, et comme I'exige la loi, en plaçant le canon de son arme à 5 centimètres de l'oreille du parachutiste. Il est 4 heures 08, la boucherie a pris fin.

Le corps est placé dans un cercueil en bois blanc. Le pouvoir vient d'obliger son armée à accomplir un nouveau meurtre. Apràs 11 minutes de calvaire, frappé d'une seule balle sur les 11 tirées par le peloton d'exécution d'une armée française, le lieutenant Roger Degueldre, officier au Premier Régiment Etranger de Parachutistes, est mort au 6ème coup de grâce, en criant: "Vive la France". Mais ce cri qu'il a poussé ne peut être entendu par la France dont il souhaite la vie au moment-même où elle lui donne la mort.

La France, allongée sur les plages de l'Atlantique et de la Méditerranée conserve ses œillères  ne se souciant nullement de regarder ceux qui l'entourent, ceux que l'on juge, que l'on condamne, que l'on assassine, ceux qui pleurent, qui ragent et qui désespèrent.

La France, égoïste  dort... au soleil. Ce soleil qui apporte aux estivants la chaleur qui manque à ceux que l'exode vient de jeter brutalement en Métropole : les Pieds-Noirs. 

Car, en ce mois de juillet 1962, ils sont là, les Pieds-Noirs, meurtris, surpris, écœurés. 

Sur les quais de Marseille, de Port-Vendres et de Sète, ils découvrent la France, cette terre dont ils refusèrent la mutilation, ce pays qu'ils avaient visité en uniforme pour lutter contre l'envahisseur. La France, la France qui par lâcheté et par ignorance, par désintéressement ou par cynisme leur tourne le dos, les laissant seuls. Seuls avec l'allégresse du 13 mai, la douleur du 24 janvier, l'espoir du 22 avril, la stupeur du 26 mars, l'effroi du 5 juillet, dates mémorables de leur histoire dont les générations à venir se souviendront et dont les responsables conscients et inconscients rougiront.

Ils sont seuls, les Pieds-Noirs. Pourtant dans leurs maigres bagages - un glorieux passé baigné de sang - ils observent la récompense de leur patriotisme : l'apaisement de leurs vicissitudes, le cadeau de bienvenue du pouvoir, il est là : c'est le cadavre d'un officier français, c'est un corps criblé de balles, c'est Delta. Delta ! L'homme qui avait quitté l'armée parce que trop militaire, il refusait de s'y écarter du chemin de l'honneur, l'homme qui les avait défendus, réconfortés, aidés à reprendre espoir, le lieutenant Roger Degueldre qui, quelques minutes avant sa mort leur avait transmis son ultime message en déclarant : " Si je ne suis pas de leur race, ni né sur leur sol, je les ai beaucoup aimés et je les aime toujours ".

L'officier parachutiste mort en chantant la Marseillaise rejoignait ses compagnons de combat, victimes eux-aussi des balles françaises. D'abord Claude Piegts, un des plus nobles exemples des Français d'Algérie, mort à 27 ans, victime de la ferveur patriotique au cri de : "Visez au cœur, Vive l'Algérie française" 

Et Albert Dovecar, sergent-chef au 1er REP, mort à 25 ans, Dovecar qui, à l'audience, déclarait encore : " J'ai trouvé à la Légion tout ce qui me manquait dans le civil : une maison, des camarades ". Mais la maison était détruite et les camarades étaient morts.

Le colonel Jean Bastien-Thiry n'allait pas tarder, lui aussi, à rejoindre les martyrs de l'Algérie française. 

Le lieutenant Roger Degueldre le précédait de peu. 
Lieutenant Roger Degueldre, tu es mort pour nous. 
Lieutenant Roger Degueldre, nous vivons par toi."
Jean Pax Méfret

"Lieutenant Roger Degueldre" - Jean Pax Méfret 1968

1 commentaire :

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