vendredi 16 août 2013

15 août : Je te chante vénérable Déesse

Les mystères d'Eleusis

Déméter, représentation de Howard David Johnson

La religion chrétienne, tout en luttant farouchement contre les croyances païennes, n'en assimila pas moins de nombreux éléments des anciens polythéismes originels, dont les principaux rites, symboles, fêtes etc...furent  intégrés souvent par stratégie prosélytique dans le nouveau calendrier liturgique. 

Parmi les croyances païennes qui résistent et survivent au coeur de la nouvelle religion, celles liées à la Déesse Mère jouent un rôle particulier et influencent la théologie chrétienne à travers le personnage de Marie qui va évoluer progressivement dans l'histoire de l'Eglise pour rejoindre dans une dimension solaire le personnage de son fils Jésus.


LA FÊTE DE L'ASSOMPTION

L'"assomption" (du latin "assumere" : prendre, enlever) des chrétiens est aujourd'hui un dogme qui célèbre l'élévation au ciel, de Marie, "la Mère de Dieu", c'est surtout la reconnaissance par l'Eglise d'un "culte marial" populaire et tenace dont les origines remontent à la plus haute antiquité païenne.

En effet cette fête que le calendrier liturgique fixe aujourd'hui le 15 août, n’a été reconnue que très récemment, en octobre 1954 par les catholiques, après la publication deux ans auparavant du dogme de l’Assomption par le pape Pie XII après des siècles d'études théologiques menées depuis les "Pères de l'Eglise"
Car l'élévation de Marie, "à la gloire du ciel en son âme et en son corps, exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son Fils" (Constitution dogmatique "Lumen Gentium" sur l'Eglise Vatican II, 1964) ne trouve pas sa source dans les textes reconnus par l'Eglise, bien au contraire... mais dans des croyances populaires issues de la Tradition et qui vont lui donner une dimension légendaire..

Car sans renter dans les querelles théologiques qui opposent autour du personnage de Marie, les catholiques avec les orthodoxes (au sujet de l'"immaculée conception") ou avec les protestant (qui rejettent toute forme de "mariolatrie") il faut admettre qu'initialement, dans les écritures, même si son fils se voit attribué une naissance surnaturelle (et symboliquement solaire),  "Myriam" en revanche est une femme humaine et mortelle, qui épousa Joseph et dont les textes rapportent peu de témoignages.

A l'époque de l'évangélisation, l'église chrétienne primitive voit arriver de nombreux convertis d'origine païenne, habitués au culte des déesses. Naturellement ces populations essentiellement agricoles identifièrent le personnage maternel de Marie, comme une continuité de la divinité maturante, déesse des cycles saisonniers et de l'Agriculture. Cette survivance païenne dans la symbolique chrétienne fut certainement favorisée également par le catéchisme des premiers prêtres d'origine celtique qui utilisaient l'image de la mère du Christ pour mieux corrompre les symboles païens et détourner les cultes féminins dédiées à la Déesse Mère.


LES ORIGINES PAÏENNES


Les religions polythéistes originelles, vouent toutes un culte particulier à la Terre, et ce panthéisme connait par la suite plusieurs représentations divines, déclinaisons de la Déesse Mère.
Sous son aspect naturel et sauvage, c'est la "Gaia" des Grecs, la "Tellus" des Romains... Déesse primordiale qui personnifie la Terre en tant que matière, elle est l'ancêtre maternel des races divines, apparue juste après le Chaos, elle donnera naissance seule, au ciel (Ouranos), à la mer (Pontos) et aux montagnes (Ouréa), avant de s'unir à eux et enfanter les Titans et autres divinités.
Sous son aspect cultivée et fécond, elle est la "Déméter" des Grecs, l'"Isis" des Égyptiens, la "Cérès" des Romains, la "Cerrydwen" des Celtes ou la "Freyja" des Scandinaves...
Déesse de la fertilité et de l'Agriculture, Cette manifestation  de la Terre-Mère est au agit directement auprès des Hommes, leur dispensant les cycles saisonniers alternant entre le monde souterrain et obscur de la Mort et celui, terrestre et lumineux de la vie.

Ces divinités païennes symboles de beauté et fertilité, et associées aux activités agricoles étaient souvent célébrées au mois d'août, pendant les moissons (au mois d'août): c'est le "Lugnasad" des Irlandais, la fête de"Lug" fils et époux de la Déesse mère "Eithne"; ou le "Sacrum Anniversarium Cereris" des Romains , en l'honneur de Cérès, Déesse de la Terre, à qui étaient offert les "prémices" premiers fruits des récoltes, et les premiers nés des troupeaux.


DÉMÉTER 

Marbre, copie romaine d'un original grec du IVe s. av JC
Mais c'est certainement le culte de la "Déméter" des Grecs, qui par les descriptions existantes, illustre le mieux le rapport divin aux cycles de la Nature, symboles de l'immortalité de la vie, qui connaît après chaque mort cyclique, une résurrection et une nouvelle virginité.

"Déméter" (en grec ancien Δημήτηρ / Dêmếtêr qui dérive de Γῆ Μήτηρ / Gễ Mếtêr, « la Terre-Mère » ou de Δημομήτηρ / Dêmomếtêr, « la Mère de la Terre », de δῆμος / dễmos, « la terre, le pays ») est la Déesse de la Fertilité et des moissons. Dans la mythologie des cycles des saisons, elle est indissociable de sa fille "Perséphone" qui elle est devenue la Déesse du monde souterrain (les Enfers), associée au retour de la végétation lors du printemps.

"Déméter aux beaux cheveux, vénérable Déesse à la faucille d’or et aux beaux fruits, qui dispense les saisons et les beaux présents" (Hymnes homériques) a une fille, "Perséphone aux belles chevilles", et  qui est enlevée par "Hadès" le Dieu des Enfers. Sa mère terrassée par le chagrin, sous la forme d'une vieille femme nommée "Doso" erre à la recherche de son enfant, délaissant le monde des humains qui voit ses terres devenir stériles : « La Terre sera affamée tant que je n'aurai pas retrouvé ma fille. »....
La famine et la mort guettent le monde des humains et "Hélios", le Dieu solaire témoin de l'enlèvement de "Perséphone" révèle à sa mère le coupable. Pendant ce temps là, "Perséphone" aux Enfers est piégé par le rusé "Hadés" qui lui fait manger sept pépins de grenade, nourriture réservée aux morts et la liant ainsi éternellement au Royaume de son époux "Hadès" auprès duquel elle assumera désormais sa fonction de Reine des morts.

La situation semble sans issue aussi l'arbitrage de "Zeus" est réclamé et un compromis est accepté par "Hadès" et Déméter" : Perséphone passera l'Automne et l'Hiver dans les enfers souterrains en tant que Déesse des morts et le Printemps et l’Été avec sa mère en tant que "Coré", la Déesse du blé. Cette alternance célèbre le retour à la vie, le cycle des saisons et et celui des moissons et de la fertilité de la terre où les semences renaissent de l'obscurité du royaume des morts offrant aux fidèles une promesse de résurrection et de retour sur terre.

Pour découvrir le mythe de Déméter,  le lien ici : Hymne homérique à Déméter, traduction par Leconte de l'Isle


DIONYSOS

Marbre, copie romaine d'un original grec du IVe s. av JC
Pendant son errance, "Déméter" avait été recueillie à Eleusis avec générosité, où dévoilant son identité, elle remercie ses hôtes en les initiant à ses mystères et aux secrets de l'Agriculture. C'est l'origine du culte qui sera consacré à la Mère et sa fille et célébré sur place, au temple de "Déméter" sous le nom des "Mystères d'Eleusis".

Ce culte, célébrant les cycles de la vie voit le principe de résurrection renforcé par le culte associé à "Dionysos" qui y est célébré.

Le destin de ce Dieu de la vigne est symboliquement similaire à celui du Nazaréen célébré par les chrétiens.  Fils de "Zeus" et de la mortelle "Sémélé", c'est un Dieu errant qui se manifeste par des apparitions et des prodigues. Persécuté par les titans, il est tué et Athéna recueille son coeur et le rapporte à Zeus qui le dévore offrant ainsi à "Dionysos" une résurrection et une deuxième vie.


SÉMÉLÉ

Un autre jour, "Dionysos" décide d'aller visiter sa mère la mortelle "Sémélé" aux enfers d'où il l'arrache du Royaume d'Hadès et la transporte jusque dans l'Olympe, où elle devient immortelle sous le nom de "Thyoné". C'est une "assomption" dans la définition la plus stricte et chrétienne du terme !

"Dionysos" est adopté par les Romains sous le nom de "Bacchus" où la légende de l'enlèvement de sa mère "Sémélé" va se répandre dans tout l'empire. "Sémélé" est célébrée par les romains, à cause de cette "assomption" et elle est adorée comme l'incarnation de l'esprit de Dieu; Pure et sans tâche, la "Sémélé" romaine, source du divin est appelée "vierge immaculée" et sa célébration se déroulait ....en août !


NEMORALIA

Mais c'est  un autre culte romain, qui est à l'origine de célébrations païennes honorant la "Diane", la Déesse de la chasse et de la lune, qui se déroulait durant les ides d'Août (13 au 15) : c'est la "Nemoralia".
La Déesse "Diane" des Romains, assimilée à la Déesse "Artémis" des Grecs, est une personnification de la Nature sauvage, des animaux et du ciel nocturne et symbole de la fécondité. Il est a noter qu'elle fait partie des rares  "Déesses vierges" du panthéon païen.




Voilà, tout est déjà en place dans les temples et les coeurs des Hommes lorsque les chrétiens arrivent : les personnifications divines, les symboles, les fonctions, les allégories, le légendaire, et même le calendrier ! Le christianisme, hypocrite et violent, en s'acharnant à détruire l'ancienne foi païenne, n'a en réalité chercher qu'a l'imiter, dans le but de détourner ses fidèles et corrompre ses rituels.



LE CULTE MARIAL CHRÉTIEN


La popularité de la Déesse Mère, la renommée de Sémélé dans tout l'Empire permit de maintenir vivant le culte dédié aux cycles agricoles et ses déesses tutélaires. L'Eglise va devoir intégrer les traditions païennes dans sa théologie, les christianisant peu à peu jusqu'à élever culte marial au rang de dogme théologique.

UNE  TRADITION QUI RÉSISTE ET S'IMPOSE

Vierge noire pré-chrétienne de Montserrat
- En 373, Saint Ephrem évoque le concept selon lequel le corps de Marie serait resté intact après sa mort. 

- Au VIe siècle, l'empereur byzantin Maurice instaure la fête de la Dormition de la Vierge Marie chaque année à la date du 15 août, qui est ensuite est introduite en Occident sous l'influence du pape Théodore au VIIe siècle. 

- Au VIIIe siècle la célébration prend le nom d'Assomption Elle est citée "fêtes d'obligation" en 813 par le Concile de Mayence. 

- En 1637, le roi Louis XIII, désirant un héritier, consacre la France à la Vierge Marie et demande A la naissance du futur Louis XIV le 15 août  devient fête nationale.

- En 1854 la proclamation du dogme de l’Immaculée conception provoque de nombreuses polémiques.

- Le 1er novembre 1950, Pie XII institutionnalise la fête mariale qui existe depuis quatorze siècles en proclamant personnellement, infailliblement, le dogme de l'Assomption pour l'Église Catholique


"VOX POPULI, VOX DEI !"

Malgré les attaques qu'elles subissent depuis plus de 2000 ans, les croyances païennes qui plus est fragilisées par leur tolérance naturelle, existent toujours au sein de la "foi native" des populations européennes fidèles à leurs traditions.
Pendant des siècles le souvenir de la Déesse de la terre cultivée s'est transmis à travers des objets (couronnes, gerbes etc..), des rituels (rogations), des dictons ("La Vierge du quinze août arrange ou dérange tout"), des gestes etc... et le culte légendaire des anciennes déesses a lui aussi connu une "résurrection" à travers les célébrations mariales...

Le christianisme, si il a pu détruire les temples et les guerriers des dieux masculins, en revanche n'a pas réussi a faire disparaître la présence de la Déesse-mère dans le coeur des Hommes, et ce malgré les 4 siècles d'incendies qui dressèrent des bûchers hurlants à travers l'Europe des antiques "sourcières".

Et l'Eglise catholique, héritière directe de ce besoin revendicateur d'adoration d'un principe féminin et maturant s'est résignée à l'intégrer dans son univers théologique appauvri, et d'accorder à Myriam une place particulière et élevée, issue directement du symbolisme païen de l'antiquité, : celle de la Vierge reconnue "Théotokos" (Mère de Dieu)

Alors, faute de pouvoir la faire disparaître des consciences, l'Eglise va tenter d'enfermer l'universalité de la Grande Déesse dans le dogme chrétien, et sa définition étriquée et aride d'une monolâtrie universalisée, étendant son interprétation prosélytique à la christianisation des "Vierges noires", pourtant antérieures de plusieurs siècles à l'année zéro de la "révélation"... 
Et l'Eglise embarrassée que ces croyances persistantes, les intègre en les qualifiant à son tour de "mystères", qualificatif également emprunté aux religions anciennes, mais qui ici n'est qu'une forme lâche évitant  toute forme d’exégèse  approfondie qui trahirait sa forfaiture.


CONCLUSION

La Vierge Marie, que les chrétiens catholiques et orthodoxes célèbrent ce 15 août, ne doit pas nous faire oublier les madones sacrées d'Eleusis, de Rome ou de Scandinavie, car il s'agit bien d'Elle, la Grande Déesse-Mère, dans sa réalité plurielle et qui, fidèle à son initiation, se métamorphose sans cesse, renaissant à travers les cycles des saisons comme ceux des civilisations, à chaque fois, vierge et pure, et dispensant auprès de ses fidèles un amour maternel et protecteur éternel.


"Moisson" de Christian Jequel

Le temps est venu de "soulever le voile d'Isis" 
pour que les dieux reviennent marcher sur Terre.


Erwan Castel, Cayenne le 15 août 2013


Le 2 avril 2014

Merci à la page FB "Symboles païens et inscriptions runiques" pour le partage de cette invocation à Demeter



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