dimanche 4 août 2013

4 août, Knut Hamsun, "rêveur et conquérant"

1859, naissance de Knut Hamsun

"Mon sang devine que j'ai en moi une fibre nerveuse 
qui m'unit à l'univers, aux éléments". 
Knut Hamsun (correspondance 1888)


Knut Hamsun est un géant de la littérature européenne, prix Nobel de littérature en 1920, il est un aventurier de l'écriture, critique audacieux du Monde moderne dont il va traverser les grandes mutations à la charnière des 19° et 20° siècles.

Il est né le 4 août 1859 à  Lom-Gudbrandsdalen, Knut Hamsun grandit dans les paysages titanesques septentrionaux de la Norvège dont les fjjords mythiques vont influencer sa pensée romanesque...
Le jeune Hamsun vit une période difficile qui le pousse à choisir l'aventure de l'errance, où il va semer sur sa route ses premières œuvres ("Mystères") Tour à tour cordonnier, terrassier, chanteur de rues, porcher, aide maçon, marchand de bois, cette vie de nomade le conduit aux Etats Unis où sa dimension littéraire prend son envol.
Mais l'illusion des Amériques ne dure qu'un temps pour cet homme du Nord mystiquement attaché à sa terre ancestrale. Il revient en Scandinavie où il peine à survivre dans une mansarde de Copenhague fébrilement habité par le démon de l'écriture... La Nature est pour lui plus qu'un cadre romantique, c'est une source qui le nourrit et l'élève au dessus des difficultés et des tourments de la vie.

"L'ambiance de la forêt investissait mes sens, je pleurais d'amour et j'en étais tout content, j'étais éperdu de remerciements. Ô bonne forêt, mon foyer, paix de Dieu, je vais te dire de tout mon cœur... Je m'arrêtai, me tournai dans toutes les directions et nommai, en pleurant, des oiseaux, des arbres, des pierres, des herbes et des fourmis, par leur nom." Knut Hamsun "Pan"

En 1890, la misère s'éloigne enfin lorsque ses textes évoquant son parcours, sont publiés sous le titre évocateur de "La faim" dans lequel le public découvre avec émotion un style nouveau romanesque au lyrisme sarcastique qui illustre la singularité de cet Homme libre à la  noblesse et au courage exceptionnels.

"L’obscurité régnait autour de moi, tout était tranquille, tout. Mais dans les hauteurs bruissait le chant éternel de l’atmosphère, ce bourdonnement, lointain, sans modulation, qui jamais ne se tait. Je prêtai si longtemps l’oreille à ce murmure sans fin, ce murmure morbide, qu’il commença à me troubler. C’étaient certainement les symphonies des mondes tournant dans l’espace au-dessus de moi, les étoiles qui entonnaient un hymne…" Knut Hamsun "Faim"

Sa vie sera dès lors un engagement passionné et rebelle pour la Vie naturelle et les traditions d'Europe, loin des utopies du modernisme citadin libéral et marchand qu'il critique ardemment. Knut Hamsun incarne dans sa vie comme dans son oeuvre, le "Recours aux forêts" cher à Ernst Jünger et le message qu'il adresse au monde en désarroi est clair : retour à la terre et à ses valeurs pour éviter l'anéantissement de l'âme humaine. Il est tel Isak le personnage de son roman "Les fruits de la terre" (qui lui vaudra le prix Nobel en 1920), "un revenant du passé pointant vers l'avenir" 

Germanophile, prônant un retour à la Nature et à un modèle anthropologique porté par le mouvement nordique, Knut Hansum, est naturellement séduit par le National Socialisme Hitlérien et rejoindra le Nasjonal Sammlung de Vidkun Quisling, le leader populiste norvégien qui va collaborer avec le nazisme. Knut Hamsum quant à lui soutient le projet d'une Norvège indépendante libérée des tutelles danoises et suédoises au sein d'une Grande Europe fédérale traditionnelle débarrassée du soviétisme et des interventionnismes politico-économiques anglo américains.
Cette ambition de donner à son rêve une dimension conquérante et  politique coûtera cher à cet auteur libre magnifique: tout d'abord un procès retentissant à l'issue duquel il est interné en hôpital psychiatrique puis une condamnation le plongeant dans la faillite et la pauvreté. Et pourtant cet homme n'a pas à rougir de ses actes pendant la guerre, au contraire, car sous l'occupation nazie, Il sauve des Juifs de la déportation et de jeunes résistants du peloton d'exécution.

Ruiné, Hamsun vit ses dernières années allant d'hospice ne hospice. Mais son besoin de s’exprimer, son désir d’écrire seront les plus forts. Il publie à 90 ans son qurante deuxième livre, "Sur les sentiers où l’herbe repousse" (1949), prouvant que son talent est resté intact. Dans cette œuvre, il se venge du traitement que lui ont fait subir le procureur et les psychiatres.

Il meurt le 19 février 1952 à Nørholm, près de Grimstad.

En février 2010,  une remarquable biographie de Ingar Sletten Kolloen "Knut Hamsun, rêveur et conquérant" permit de redécouvrir cet auteur attaché autant à sa liberté qu'à sa terre et qui n'a jamais courbé l'échine. C'est un auteur à découvrir et à aimer.

"Mais l'amour, qu'est-ce, au juste ? Un vent qui caresse les rosiers ? Non, c'est une flamme qui coule dans nos veines, une musique infernale, qui fait danser jusqu'au coeur des vieillards. C'est la marguerite qui s'ouvre à l'approche de la nuit, et c'est l'anémone qui se referme au moindre souffle et meurt dès qu'on l'effleure. C'est cela, l'amour." Knut Hamsun "Victoria"

Pour découvrir Knut Hamsun (en dehors de son oeuvre) quelques liens :

Nouvelle Ecole numéro 56 (cf texte ci après)
Knut Hamsun, un itinéraire hors du commun par Robert Steuckers. Le lien ici : Knut Hamsun
Knut Hamsun, sur le site "Le recours aux forêts". Le lien ici : Knut Hamsun
Knut Hamsun, sur le site "La revue des ressources". Le lien ici : Knut Hamsun
Knut Hamsun, un article de l'Express de février 2010. Le lien ici : Knut Hamsun

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En 2006, le numéro 56 de la revue Nouvelle Ecole a consacré un dossier à cet auteur exceptionnel, cet esprit libre rebelle et conquérant. en voici la présentation faite par Alain de Benoist :

 Knut Hamsun

Alain de Benoist
"Il y a un mystère Knut Hamsun. Alors même que la quasi-totalité de son oeuvre a été traduite en français, alors même qu'on a tiré de ses ouvrages de très nombreux films ou téléfilms, alors même que, contrairement à d'autres, ses livres ne sont ni vieillis ni démodés (Hubert Nyssen), il reste encore méconnu du public français. Prix Nobel de littérature en 1920, souvent comparé à Dickens, à Ibsen, ou encore à Gorki, Knut Hamsun n'a pourtant pas seulement été le rénovateur de la langue norvégienne et le plus grand écrivain norvégien du XXème siècle - ce qui est déjà beaucoup. Dans sa préface à l'édition américaine de Faim, Isaac Bashevis Singer (qui traduisit Victoria en yiddish) écrit que "toute la littérature moderne de ce siècle prend sa source chez lui".

Knut Hamsun, il est vrai, était un ennemi du monde moderne : l'une des grandes constantes de son oeuvre est la véritable aversion qu'il éprouve pour la bourgeoisie. Aussi est-ce d'abord à la société industrielle, à la modernité capitaliste et urbaine, au règne de l'argent que s'oppose son réalisme lyrique. Mais on aurait tort de voir en lui un romancier "populiste" ou un simple chantre bucolique de la terre "qui ne ment pas". Certes, la nature est chez lui un recours. Mais c'est une nature sauvage, aussi sauvage que peuvent l'être les bêtes et les hommes. Et son mode narratif, héritier des traditions orales, est un mode où la nature, le paysage, les choses inanimées elles-mêmes, loin de jouer le rôle d'un décor, interagissent avec les comportements, les sentiments et les idées.

Knut Hamsun, par Hans Heyerdahl, 1903
"Je suis un réaliste au sens le plus haut du terme, disait Knut Hamsun, c'est-à-dire que je montre les profondeurs de l'âme humaine". Il voulait en effet dépeindre "la vie inconsciente de l'âme toute entière", et c'est pourquoi sa peinture des sentiments est d'abord celle d'une vie intérieure d'une richesse et d'une complexité prodigieuse. Sans doute est-ce d'ailleurs par là qu'il est le plus étranger au monde contemporain, où tout ce qui meut les êtres semble ne plus venir que de l'extérieur. Lui-même était à mille lieues du narcissisme actuel. Non conformiste, indifférent aux honneurs, il fuyait sa maison le jour de son anniversaire afin d'échapper à la curiosité publique. Son goût le portait vers les petites communautés rurales, telles celles des îles Lofoten chères à son enfance.

Ses personnages ne sont guère mus par l'indignation sociale ou l'engagement, mais par une tension intérieure, une exigeante complexité qui tient à leur nature d'exception. Ce ne sont pas des hommes du commun, et pourtant ce ne sont pas non plus des héros. Loin d'être d'une seule coulée, dans la mesure même où ils appartiennent (sans parvenir à s'y reconnaître) à une modernité qui a engendré plus d'angoisses qu'elle n'a conféré de libertés, ce sont des êtres déchirés, souvent solitaires, pleins de dissonances et de contradictions. Leur nature est d'abord loyale et fière, mais ils côtoient l'abîme, et les difficultés auxquelles ils se heurtent sont parfois insurmontables.

On peut certes parler de "vision sombre" pour décrire l'oeuvre de Hamsun. Mais on aura trop vite fait de l'expliquer par une sorte de pessimisme scandinave, par le Nord des fjords nacrés et des nuits blanches de l'été boréal. Dans les romans de Hamsun, l'amour et la sensualité sont toujours présents. Hamsun aime tout ce qui l'entoure, tout ce qui fait sens, au point qu'il n'est pas exagéré de dire que l'amour est l'âme véritable de son oeuvre. Mais cet amour est inséparable d'une vision tragique, car ses personnages se heurtent toujours, non seulement à leurs propres limites, mais au mensonge et à l'inauthenticité. Comme dans Victoria, où les amants sont pervertis par une société où les caresses détruisent les corps, ou comme dans Benoni et Rosa, où l'amour se révèle une force cruelle, sous l'effet de laquelle les coeurs sont rarement accordés. L'amour est en outre inséparable de la haine, tout comme la joie et la volonté de vivre sont indissociables de la claire conscience de la finitude humaine. Chez Hamsun, les sentiments opposés se fondent les uns dans les autres sans jamais se figer, à la façon dont les âges de la vie se succèdent au rythme des saisons. Complémentarité des contraires.

Né en 1859, Knut Hamsun est mort presque centenaire en 1952. Germanophile depuis l'époque de Bismarck, il l'est resté toute sa vie. Cela lui valut de connaître en 1945, âgé de 86 ans, un sort comparable à celui d'Ezra Pound : condamné à payer à l'Etat une amende qui le réduisit à la misère, il fut interné dans un hôpital psychiatrique pour avoir "collaboré". Aujourd'hui encore, pas une rue, pas un bâtiment public ne porte son nom en Norvège, où il n'a même jamais fait l'objet d'un timbre commémoratif. Celui que Henry Miller décrivait comme un "aristocrate de l'esprit" n'était pourtant pas un politique, mais un musicien des mots. "Le langage, disait-il, doit couvrir toutes les gammes de la musique", l'écrivain devant toujours rechercher "le mot qui vibre", le terme exact "qui peut blesser mon âme jusqu'au sanglot par sa précision". C'est pourquoi il n'écrivait pas "facilement", mais au contraire difficilement, dans la douleur. L'écriture était pour lui une manière de rester vivant."

Alain de Benoist,  2006, Nouvelle Ecole N° 56,page 1

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