jeudi 15 août 2013

Il n'y a pas de paganisme, il n'y a que des païens !

Conférence sur le Paganisme, par Maurice Rollet, 
à Loriol-sur-Drôme, en 1999

Maurice Rollet

Médecin, membre de la Fédération des étudiants nationalistes, il mit son savoir médical au service de son activité militante en soignant des hommes de l'OAS. Cofondateur du GRECE, il s'engagea au sein de la Nouvelle Droite, animant notamment, jusqu'à aujourd'hui, sa « maison de Provence », la « Domus Europa ». Maurice Rollet et Jean Mabire fondèrent en 1973 un mouvement de scoutisme appelé Europe-Jeunesse. Ils souhaitaient ainsi importer en France les principes des hautes-écoles populaires danoises inaugurées par Nicolas Grundtvig.
Sur le plan artistique, il fut l'un des principaux acteurs d'un film de Gérard Blain (Le Rebelle, 1980). Son œuvre poétique est marquée par le paganisme. à l'image de ce poème : (source : Wikipédia)


Divine Europe

"Clairières et forêts, les sources et les vents
et les pierres levées, le Soleil triomphant
tout cela nous disait la présence des Dieux
le Divin se cachait au plus secret des lieux.

C'était un autre temps, à l'aurore du monde
où l'Europe naissait dans la lumière blonde
du Soleil invaincu... Quand ces Dieux familiers
veillaient sur nos moissons, nos troupeaux, nos foyers.
Puis survinrent d'ailleurs, des déserts de l'Orient
des hommes sans respect ni des lois ni du clan
des barbares affreux, aux desseins sanguinaires
mutilant nos statues et brûlant nos sourcières.

Et l'Europe connut, dans une nuit profonde
par le fer et le feu, par le parjure immonde
la peine et la douleur et la mort de ses Dieux

mais sans jamais renier son passé religieux
qui l'unissait toujours aux divins souvenirs
de son ancienne foi, de son antique empire.

Une aube renaîtra... Il faut croire Apollon
Un jour, il reviendra...
Que le temps semble long !" 

Maurice Rollet



L'ENREGISTREMENT AUDIO DE LA CONFÉRENCE




LA TRANSCRIPTION DE LA CONFÉRENCE (Erwan Castel)

Les titres ont été rajoutés à la transcription et des liens ont été rajoutés pour les textes ou personnages cités.


"Cette conférence est écrite, je vais donc essentiellement la lire, ça va plus vite, cela m'évitera les digressions fâcheuses et puis cela laissera le temps aux questions et à un mini débat.


LE PAGANISME


Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bonjour, mes chers amis européens et je voudrais dire aussi dans cette assemblée où je reconnais quelques visages, mes chers camarades.Je suis à la fois très fier et très honoré d'être aujourd'hui devant votre assemblée, et j'en remercie tout particulièrement notre ami Oliver à qui je dois d'être ici aujourd'hui. Je vais essayer de ne pas le décevoir et de ne pas vous décevoir.

Je suis donc là pour vous entretenir de ce que je pense, moi personnellement bien sûr, ce n'est pas du tout un dogme ni un catéchisme mais une réflexion personnelle que je vous livre, ce que je pense du paganisme au quotidien, c'est à dire le paganisme tel qu'on le vit, qu'on le voudrait ou qu'on le souhaiterait le vivre.


PRÉAMBULE : DÉFINITION DU PAGANISME

Mais avant d'en parler, et de livrer des réflexions sur ce délicat sujet,  il faut savoir de quoi on parle. Notre ami Robert nous a fait un long préambule sur la définition du paganisme et ce qu'il en pensait. Alors puisqu'il le faut à mon tour, je vais tenter de définir le paganisme. 

J'adopterai pour le faire, premièrement une définition empruntée pour la circonstance à CHARLES CHAMPETIER dans un article qu'il a publié en mai 1995, dans la revue Roquefavour, une revue que j'ai le plaisir d'animer avec quelques amis à Aix en Provence, article intitulé :  (le lien ici) "Comment peut-on ne pas être païen ?"
Je le cite :
"Le paganisme désigne l'ensemble des pensées et des pratiques religieuses à la fois mythes et rites antérieures à la christianisation ou lui ayant survécu sous une forme détournée : le culte des saints, (Robert y a fait longuement allusion), le culte des reliques, des pierres sacrées, la sorcellerie, les fêtes populaires... tout ce qui a conservé le caractère cosmique, extatique, (au sens de l'extase), lignager ou sacrificiel des anciennes religions, il ajoutait européennes." puisque l'article en question traitait essentiellement du paganisme européen.
J'ajouterai que cette définition qu'on peut considérer ou trop large, ou trop ambiguë ou trop historique parce que datée "avant le christianisme" n'est nullement incompatible avec une définition plus spirituelle, plus "religieuse" (entre guillemets) qu'on pourrait en donner et qui soulignerait davantage le réalisme du paganisme.

PAGANISME : Fête sociale, PAGANISME : Source de sens, attitude globalisante de l'Homme face au Monde, le monde regardé et écouté... avec pour illustrer une vue réduite à sa seule dimension historique cette définition plus imagée, cette formule, je cite toujours Charles Champetier : "le paganisme fut aux Anciens ce que la science est aux Modernes".

Si je devais encore élargir la notion du paganisme telle que je la conçois, je dirais que le Paganisme doit se comprendre comme l'ensemble, je dis bien l'ensemble des phénomènes physiques, physiologiques, psychiques, philosophiques aussi, qui animent NATURELLEMENT l'Homme dans ses démarches métaphysiques, mystiques, gnostiques, dans sa quête jamais assouvie pour répondre à ses interrogations au milieu du Cosmos.

De cette approche, découle la conclusion que j'en tire et affirme comme une idée princesse, à savoir que le paganisme, consubstantiel à l'Homme est par nature donc INDIVIDUEL : il n'y a pas de paganisme au sens unitaire du terme, mais je crois qu'il y a des païens, et qu'il ne s'agit nullement d'une exclusivité européenne.
Par ailleurs, et pour conclure ce préambule sémantique, je n'ignore pas que le terme de "Paganisme" est lourd de connotations, péjoratives ou réductrices, c'est pourquoi, (mais ce n'est pas une obligation dogmatique) il me plaît davantage de parler à son propos de "Foi native", d'autant que tous les mots en "-isme" sont trop souvent sources de palabres stériles et de querelles dérisoires.

Alors, j'en arrive à mes propos, cette "Foi native", comment la vivre au quotidien ? Cela peut se concevoir selon 3 domaines distincts, qui sont souvent confondus : 


1 / SUR LE  PLAN INDIVIDUEL
2 / SUR LE PLAN RITUEL
3 / SUR LE PLAN TEMPOREL



1 / LE PAGANISME SUR LE PLAN INDIVIDUEL

Vivre sa "Foi native" se confond avec la mise en avant, dans tous les actes de notre vie quotidienne, jusque dans les plus banaux, comme ceux de manger ou de se vêtir  des vertus qui sont à mon sens les piliers de cette Foi :
          - Enracinement et sens profond de la lignée, 
          - Souci d'être en harmonie avec le Cosmos, c'est à dire le monde animal, végétal, minéral même, je pense que               tout païen est naturellement écologiste,
          - Recherche constante de l'esthétique physique ou moral, le goût du Beau, aussi vital que l'air que l'on respire               ou que l'eau que l'on boit, 
          - et enfin, la Tolérance, respect de l'Autre, quel qu'il soit, même ennemi l'Autre en qui nous savons qu'il existe                aussi une part du divin.

ENRACINEMENT, HARMONIE, ESTHÉTIQUE, TOLÉRANCE, autant de vertus à dire, à cultiver, même si ce n'est pas toujours facile, surtout pour la dernière.

Pour nous aider dans cette quête personnelle, intime, et par essence unique, il y a :

1.1 / LA MÉDITATION
1.2 / LE RETOUR AUX SOURCES
1.3 / LA PRIÈRE (ce dernier thème peut surprendre mais je m'en expliquerai un peu plus loin)


1.1 / La méditation

C'est cette méditation profonde, personnelle, devant les grandes interrogations qui se sont toujours présentées à l'Homme : "D'où venons nous ?", "Où allons nous ?", "Qui sommes nous ?" 

Cette pratique intime doit-être régulièrement renouvelée et les prétextes en sont multiples, que ce soit le spectacle de la Nature, un paysage grandiose et majestueux: une nuit étoilée, l'infini de la mer, la profondeur d'une forêt, le lever ou le coucher du Soleil, un ciel d'orage: la vue d'un animal innocent dans sa prodigieuse beauté : un cheval en liberté, le vol d'un aigle ou d'une oie sauvage, la démarche d'un chat familier, féline, sublime; jusqu'au parfum d'une simple fleur, un sourire d'enfant, la saveur d'un vin dégusté entre amis, une mélodie : tout est signe, à qui sait reconnaître le Divin là où Il est.
Tout sert de déclic et peut inaugurer  le moment qui vous plonge dans cet état second où une certaine émotion envahit votre âme et la porte vers les sommets divins et vous confronte à l'étonnante, la bouleversante présence des Dieux dans le Cosmos qui nous englobe tous.

Certes il faut sans doute un brin de sens poétique, pour accéder à cette divine sérénité, à cette plénitude de l'Etre que la méditation génère, par une sorte de réflexe esthétique, première manifestation de l'éveil païen. Mais cela se cultive, j'ose dire presque quotidiennement, seul où en présence de l'être aimé. Faire l'amour, l'amour se réalisant alors pleinement dans le partage spirituel et physique de cette fulgurante jouissance de la Vie, la vie vécue comme un combat certes , mais aussi comme une perpétuelle fête.
A ce propos je ne peux m'empêcher de  citer un auteur qui nous est cher, le bon vieux Friedrich: "Une fête implique la fierté, l’exubérance, la gaieté, la raillerie à l'égard de tout ce qui est grave, bourgeois, une divine affirmation de soi née d'un sentiment de plénitude et de perfection animales, autant d'état que le chrétien ne peut approuver sincèrement. Toute fête est païenne par essence !" NIETZSCHE


1.2 / Le retour aux sources

Je n'entends pas seulement par là le souvenir et la recherche exclusive d'un passé, riche certes mais révolu, comme un âge d'or mythique et fascinant, mais aussi et surtout la prise en compte, avant tout, de notre appartenance à une lignée. Nous marchons tous tant que nous sommes, sur une terre nourrie de milliers et de milliers de morts, ceux qui nous ont précédé et transmis un héritage sacré, et qu'il nous faudra transmettre à notre tour sans l'altérer.
Sans me lancer ici dans une facile digression sur les rapports du somma et du germen, je dirai tout simplement que notre psyché, support de notre élan spirituel est la résultante des deux, et que notre rapport au Monde, notre "Foi native" n'est pas que la construction intellectuelle, mais bien une part de notre héritage indélébile, la source même, la source même de tout notre être unique et que nous en sommes comptable pour les générations qui vont nous suivre.

Mais au delà de cette réalité princesse, que je tenais à souligner ici, le "Retour aux sources" dans le vécu quotidien du paganisme, se retrouvera dans la recherche, dans l'étude, dans la référence aux textes, qui ont formulé, étayé, approfondi,  et pour ainsi dire qui ont fondé notre conception du Monde, notre vision païenne de la Vie et de son organisation cosmique. Pour cela, il ne manque pas de revues, de livres, d'hier et d'aujourd'hui, textes philosophiques ou poésies, ils sont nombreux, à lire ou à relire, qui nous aident à mieux comprendre ce monde où notre place, notre Existence même a été et est encore parfois contestée, voire menacée.
Personnellement, je vous recommande comme ouvrage introductif à cet enrichissement spirituel le livre de SIGRID HUNKE, "La vraie religion de l'Europe", puis à vous de vous plonger ensuite dans ces grands précurseurs, ces défricheurs, ces porteurs de lumière que peuvent être ARISTOTE, l'EMPEREUR JULIEN, PELAGE, SCOT ERIGENE, GIORDANO BRUNO, RUISBROEK,  MAITRE ECKHART, NIETZSCHE, EVOLA, CELSE, ROUGIER, DANIELOU, TEILHARD DE CHARDIN, MARIA RILKE, JEAN CAU, WALTER OTTO, GRIPARI, ALAIN DE BENOIST... toute une bibliothèque n'y suffirait pas.

Ce n'est donc pas la matière qui manque, encore faut-il avoir encore la volonté, la curiosité aussi de retrouver ses trésors. C'est là un acte essentiel de notre quête personnelle, sur le chemin des Dieux, nous en retirerons un bénéfice immense, un sentiment de force, un sentiment de plénitude.
Ce patrimoine païen est d'une extraordinaire richesse, et toutes ces paroles, dites ou écrites par ceux qui ont tracé la voie nous font comme une armure. Comme il parait alors futile et dérisoire le livre des religions révélées.


1.3 / La prière

Troisième voie pour réaliser ce paganisme vécu au quotidien, je vais parler de la prière. Soyons clair, il ne s'agit en aucune façon de la prière chrétienne, implorante, humiliée, en quelque sorte déshonorante pour quémander je ne sais quelle grâce, quelle faveur, quelle intercession d'un dieu cruel et jaloux... Non !

La prière tel qu'un païen peut et doit la concevoir s'apparente bien plus à une sorte d'hymne, d'hommage à la beauté, à la force, à la joie, à la lumière qui illumine toute notre vie. La prière d'un païen ne demande rien, elle loue, elle exalte, au pire elle remercie.
Elle s'adresse aux Dieux, quels qu'ils soient, comme autant d'archétypes de la merveilleuse complexité du Monde. Cette prière peut revêtir la forme le plus simple, le matin, face à l'astre naissant, immobile un court instant, tout seul, sans témoin, les bras levés dans la position de l'adoration... Ça, en disant "Salut Soleil !", c'est déjà une prière. 
Un exemple plus élaboré, une prière celte dont j'ai retrouvé le texte et la traduction de prière au feu, je vous la lis :


PRIÈRE AU FEU

"Je te salue, ô feu, chaleur du monde végétal,
Je salue cette lumière qui illumine la nuit,
Monte, flamme, monte jusqu’au ciel,
Je t’ouvre mon coeur, je lève mes mains pour t’adorer.
Je te salue, tu es l’origine de la vie et tu en seras la fin.
Que les flammes purifient mon âme,
Tes étincelles remplissent mon coeur de joie,
que ta chaleur m’emmène au ciel dans ton écharpe de fumée.
Tes crépitements chantent à mon oreille,
Comme un langage depuis longtemps oublié.
Que ta fumée monte, haute et droite,
Comme un message d’amitié,
Un salut aux Dieux dans le ciel étoilé."

Ça, ce n'est qu'un exemple, il y en a comme ça bien d'autres, des prières à la brume, au vent, l'arbre, à la source etc... Considérons et donnons ce sens de prière au moindre geste que nous accomplissons et que nous faisons envers le monde. La simple caresse que l'on donne à son chien est une prière, une forme de dévotion que l'on rend au divin, une élévation de notre âme pure et orgueilleuse à la fois, la prière du païen ne se fait pas à genoux, mais debout, face à face avec les Dieux.

Comprenez moi bien, je ne vous dicte pas ici un nouveau catéchisme, ce serait une atteinte à notre liberté essentielle, je ne fais qu'ouvrir des voies, des pistes... à vous maintenant de composer, tout seul dans votre intimité, de composer ces chants que votre coeur vous souffle, et que les dieux vous inspirent et qu'ils entendront.



2 / LE PAGANISME SUR LE PLAN RITUEL

Abordons, maintenant si vous le voulez,  le second domaine où notre Foi native peut se vivre au quotidien. Après avoir tenter de développer sur le plan individuel, personnel, voyons ce que nous pouvons exprimer sur un plan rituel. 
Il s'agit là d'un domaine maintes fois débattu, où les expériences des uns et des autres se sont multipliées avec plus ou moins de bonheur, quant à la réussite et la pérennité de telle pratique.
Encore une fois je ne voudrais en aucun cas édicter un "manuel de bonne conduite païenne", là comme ailleurs je crois que tout à chacun peut et doit improviser, et qu'il ne saurait y avoir de modèle unique, quelque chose de "païennement correct" vous voyez ce que je veux dire.

Le moment, le lieu, l'art, la qualité des participants, le fond traditionnel préexistant selon les régions, les climats, les langues, les habitudes déjà installées... sont autant de facteurs pouvant influencer telle ou telle communauté païenne. Il faut tenir compte de tout cela avec tolérance, gentillesse et respect de l'Autre.
Je distingue 2 catégories de cérémonies rituelles traditionnelles elles sont soit FAMILIALES, soit COMMUNAUTAIRES, la frontière entre les deux restant parfois pour des tas de raisons, encore bien floue:


2.1 / Les cérémonies familiales

Les rituels familiaux, et bien ce sont naturellement ceux qui doivent accompagner les grands moments de la Vie: une naissance, un mariage, une mort, le baptême d'une maison, ce sont les solstices d'Hiver qui exaltent la famille, la présentation des enfants à la communauté familiale ou au cercle restreint des amis et leur parrainage...

2.2 / Les cérémonies communautaires

Feu du Solstice d'été
Plus communautaires par contre, sont la "fête de l'amitié", encore appelée fête des guerriers, le 1er mardi de mars, la "fête des épouses et des mères", une fête théoriquement en début mai, les fêtes du cycle des saisons, les "fêtes du printemps et des fleurs", "les fêtes de l'automne et du vin", la "fête de la récolte du lin", le "solstice d'été", point culminant de la fête communautaire.

J'y ajouterai, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, aussi toutes ces grandes fêtes populaires que nous connaissons dans toute la France, qui sont profanes certes, et que le monde moderne et ses grandes messes indifférenciées, pas plus que la tyrannie monothéiste ont pu extirpé du tréfonds de nos peuples : les "carnavals", les "fêtes de la bière", les "fêtes taurines", la corrida. 
Et j'y ajouterai aussi ce que je nommerai les "fêtes du corps", plus égoïstes peut-être, plus intimes, ces randonnées que l'on fait seul, à un ou deux, en petit groupe, ces escalades, ces aventures liées à la voile, ainsi que bien des pratiques sportives. 
Pour moi, une corrida est une messe païenne, mais cet alpiniste seul qui va planter un drapeau dérisoire, un fanion quel qu’il soit à 8000 mètres d'altitude, c'est aussi un hommage aux Dieux, et c'est aussi une prière. 
Et aussi dans les pratiques sportives, je ne parle pas du sport quand il est vérolé par l'argent et le dopage, mais enfin, tous ces efforts pour la conquête de l'inutile qui sont à mon sens aussi des fêtes païennes et qui doivent obéir à un rituel certes particulier ,là aussi peut-être encore à imaginer.


2.3 / Le rituel

Quoiqu'il en soit, dans tout ce que je viens d'énoncer, je sais que beaucoup de choses sont encore à inventer ou à réinventer, mais pour ce faire ces rituels devront répondre à 3 critères fondamentaux. Ceux qui me connaissent et qui ont pu dernièrement assister aux obsèques de Roger Lemoine, enfin  disons à l'arrivée des cendres de Roger Lemoine à la Domus, ceux qui m'ont vu organiser quelques saucisses ou quelques "fêtes de l'amitié" le savent, il faut 3 impératifs : SOBRIÉTÉ, INTENSITÉ, ESTHÉTIQUE. 
En effet un rituel moderne, pour magnifier et exalter notre Foi native dans ce siècle qui va naître, il se doit d'être court, il se doit d'être fort, il se doit d'être beau.

En effet les rituels païens doivent -être porteurs de sens et chargés d'une puissance émotionnelle telle que chaque moment vécu à leur célébration marque à jamais les esprits des membres de nos communautés qui participent, mais aussi ceux des témoins "étrangers" entre guillemets qui pourraient y assister pour une raison ou pour une autre.

Il n'est pas question ici d'élaborer un calendrier rigide et formel, pas question non plus d'instaurer un droit canon, pas question non plus, j'insiste de faire de nos fêtes et de nos rituels des arguments prosélytes. Nous n'avons l'ambition de convertir personne,
un sorte de vitrine racoleuse si j'ose dire, ni une quelconque secte absconse; mais je sais pour l'avoir vécue que l'expression simple, dépouillée, intense de notre Foi native, à travers de telles cérémonies, possède un réel et formidable pouvoir de séduction et peut contribuer à notre plus grande liberté et à notre acceptation dans ce monde tellement désenchanté. Il y a autour de nous tant de païens qui ne savent pas encore qu'ils le sont, un feu de solstice dans la nuit la plus courte sera peut-être le signe que les Dieux leur enverront pour leur ouvrir les yeux... Et puis entre nous, tant pis pour les aveugles de coeurs.



3 / LE PAGANISME SUR LE PLAN TEMPOREL

Enfin, troisième domaine où notre foi native peut et doit se vivre au quotidien c'est sur le plan temporel. Je veux parler ici de la vie de tous les jours, pour un païen, dans son environnement social, professionnel, régional, voire européen. 
Là, c'est par notre conduite, notre comportement, notre rapport aux Autres, que notre paganisme vivant peut et doit s'exprimer, s'exprimer et rayonner. Ayons l'ambition, mes amis, mes chers camarades c'est vrai, ayons l'ambition, ayons le courage, ayons l’opiniâtreté, ayons l'orgueil d'affirmer partout et toujours, sans fausse honte, sans crainte, sans complexe aucun, ce que nous sommes: païens, païens et fiers de l'être.
Autour de nous sans aucun doute, les "Autres" porteront sur nous souvent un regard hostile ou parfois simplement curieux, c'est par notre vie exemplaire, à tous les niveaux, dans notre entourage familial, professionnel, social et civique que nous ferons taire les fâcheux et transformerons ces attitudes péjoratives et pour le moins ironiques en courants de sympathie et peut-être en sujets de réflexion interrogative.

En effet être païen n'est pas qu'une affirmation identitaire et folklorique, proférée deux ou trois fois par ans autour d'un feu de solstice ou après un repas trop bien arrosé, cela doit -être une expression de tous les instants, un comportement permanent, une manière d'être habituelle, un rapport aux autres jamais relâché et qui ignore tout sectarisme, tout jugement à priori, toute aversion primaire et épidermique... notre tolérance ne doit jamais être prise en défaut. J'ai dit "tolérance", je n'ai pas dit laxisme ou naïveté stupide, tolérants certes mais toujours lucides, ouverts mais inébranlables dans nos convictions et nos certitudes, accessibles aux arguments des Autres mais aussi intransigeants pour nous mêmes.

Nous devons avoir la fluidité intellectuelle de toute sagesse, et la rigueur de la fidélité à nos Dieux, soyons la fleur et le roc, soyons le vent et le chêne, soyons l'air et le feu... comme le disait Pierre Drieu de la Rochelle : 
"Redevenons des barbares en mal de formes neuves et inconnues. Et si nous sommes à bout de souffle nous savons que rien de renaîtra plus de nous dans les formes que nous connaissons, que la force de création ne reprendra en Europe qu'après de terribles dissolutions, mais nous savons aussi, qu'alors que le fleuve de notre civilisation est prêt de déboucher dans la mer qui boit tout, parcourant d'un trait le cycle récurent des évaporations, des nuages et des pluies, notre imagination se rejette vers les sources d'où sortira le fleuve nouveau. Nous rodons autour des abîmes parce que nous savons que nous y retombons mais que nous en ressortirons: nous sommes l'Esprit Européen, toujours vivant."



CONCLUSION

C'est en soulignant ces lignes de Pierre Drieu de la Rochelle que j'aborderai la conclusion de cet exposé, voyez c'est très court et nous passerons aux questions après, et qui aurait mérité sur certains points, de plus grands développements.

Etre païen, être "l'Esprit Européen toujours vivant" ne peut se concevoir que dans la perspective de l'avenir, et être païen tous les jours c'est ça.
Si nous avons le plus formidable socle traditionnel qui soit remontant, et, Robert nous l'a montré tout à l'heure sur son topo sur l'universalité du paganisme, c'est pas à 1 an, c'est pas à 1 siècle, 2 siècles, 3000 ans ça ne veut rien dire: il y a 10 000 ans que nous sommes païens, peut-être 15 000; donc un formidable socle traditionnel, ayons aussi la plus grande présence dans l'élan moderne qui porte nos peuples vers le futur.

Vivre notre Foi native au quotidien, ne doit pas s'appuyer seulement sur une Tradition richissime et plusieurs fois millénaire il y aurait là un défaut réducteur que nous pouvons déceler chez certains que je nommerai des "traditionalistes métaphysiques". Pour ceux là qui se définissent volontiers comme des disciples de Heidegger ou d'Evola, sans souvent même les avoir vraiment lus, l’obsession de la décadence et le passéisme dogmatique qu'ils induisent peut s'apparenter à du progressisme inversé, à une vision linéaire retournée de l'Histoire. Même disposition d'esprit, hérité du finalisme chrétien que toutes les idéologies progressistes modernes, pour eux l'Histoire n'est pas ascendante du passé vers le présent, mais descendante.

Notre Foi native, vécue au quotidien, doit s'écarter de ce type de traditionalisme métaphysique, qui par sa tendance à haïr, à dévaloriser tout ce qui est du temps présent ne traduit pas seulement chez ses auteurs une aigreur et une fatuité souvent injustifiables, mais révèle de graves contradictions qui rendent son discours incohérent parce qu' incrédible. Elle doit au contraire retrouver la véritable Tradition européenne qui conjugue de façon harmonieuse le sens de l'enracinement et le goût de l'action.

Ce qui caractérise la Tradition européenne, je fais ici référence à des propos tenus récemment par un ami que vous allez bientôt écouter, l'ami Guillaume Faye, c'est tout l'inverse de ce que défendent ces pseudos idéologues aujourd'hui réfugiés dans une droite antilibérale factice. Pour Guillaume Faye, et pour moi aussi, et pour tous j'espère, l'Esprit européen en ce qu'il a de plus grand et de plus civilisateur est optimiste et non pas pessimiste, extériorisé et non pas intériorisé et constructiviste et non pas seulement spiritualiste, philosophe et non pas théologien, bâtisseur de ses propres traditions et de ses formes conquérant et non pas contemplatif.

Comme lui, je pense que nous n'avons pas vocation à être des penseurs cloîtrés dans des monastères, mais des porteurs de flammes, des donneurs de sens, à jamais rebelles à tous les cultes venus d'Orient qui ont tenté et essayent encore de nous anéantir. Toutes leurs belles théories n'ont rien à faire chez nous, nous qui sommes des hommes libres et pour qui la crainte n'est pas un moteur dans la vie. 
A la peur, à la soumission d'un Dieu unique qui sanctionne, ils nous faut opposer l'Honneur d'appartenir à un clan et d’œuvrer pour son bien être; ils nous faut retrouver la fidélité à un héritage culturel et cultuel ancestral, pour l'enrichir et le projeter dans le millénaire qui s'annonce plutôt que de rester les spectateurs passifs d'un sacré insipide distribués par des incompétents. 
Je ne crois pas, mais je sais que nous sommes "l'Esprit européen toujours vivant" 

Je ne dis pas lorsque je crie plus que je ne chante, "je suis païen !" c'est là ma gloire, mon insolence et mon maintien, car :
Païen
"Cela fait 2000 ans que couronne d'épine
Vient me crever les yeux, qu'on me bat la poitrine
Qu'on me vole mon âme, soi-disant par amour
Alors que les bûchers assombrissaient le jour
Mais l'écume du temps me revient sur les lèvres
Comme un miel de l'Hymette, une bière au genièvre
Et les vagues du Nord crient mes dieux engloutis
Pour tout leur sang versé à blanchir les hosties
Cela fait 2000 ans que le vent du désert
Jette sur mes remparts ses bibliques colères
Cela fait 2000 ans qu'il me veut à genoux
Humble, honteux, serviteur de son maître jaloux
Les statues mutilées aux collines antiques
Tout l'orgueil effacé aux frontons des portiques
Et les femmes des sources dans les brasiers jetées
Apollon dans l'opprobre, voisin de Galilée
Mais le temps est venu de redresser la tête
Mais le temps est venu de refaire la fête
De danser le corps nu dans les temples au soleil
De l'Olympe endormi de chanter le réveil
D'orichalque et de bronze je me veux une armure
Retrouver dans les pierres mes propres écritures
Ne plus croire qu'en moi et non plus aux miracles
Cela fait 3000 ans qu'à Delphes nous attend l'oracle."

Maurice Rollet

"Païen" par Docteur Merlin, paroles de Maurice Rollet




2 commentaires :

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