jeudi 8 août 2013

Passant, va dire à Sparte...

"Fais ce que dois, advienne que pourra."

Spartiate, "Art of 300" par Alex Cooper
Pro Patria mori : mourir pour la Patrie

Au mois d'août de l'année 480 avant notre Jésus Christ, se déroula une des batailles les plus mythiques de l'Histoire, où dans le défilé des Thermopyles 300 hoplites secondés par des grecs et emmenés par leur roi Léonidas, résistèrent héroïquement face à une armée de plus de 200 000 combattants perses commandés par le roi Xerxés.
Au troisième jour de la bataille (le 10 ou le 19 août selon les chronologies), après avoir renvoyé les grecs loin d'une mort certaine réorganiser la défense des cités, les derniers spartiates tombent sur le mont Kolonos, massacrés sous un déluge de flèches tirées de loin par les perses qui n'osent s'approcher de ces combattants dont ils ne savent s'ils sont des Hommes ou des Dieux...

Ernst Jünger (1895-1998), ce combattant écrivain qui a traversé  le XXème siècle et la fureur des combats  rapportait dans "Le combat comme expérience intérieure" (1922) que :

"Il n'est rien de plus exquis que la bravoure virile. Le sang pétille dans les veines en étincelles divines, tandis qu'à travers champs on vole au combat dans un cliquetis d'armes, conscient de sa propre audace. Le pas de charge disperse au vent comme feuilles d'automne toutes les valeurs de ce monde. (...) Que peut-il être de plus sacré que l'Homme combattant ? Un dieu ? (...)

Bravoure est le vent qui pousse aux côtes lointaines, la clef de tous les trésors, le marteau qui forge les grands empires, le bouclier sans quoi nulle civilisation ne tient. Bravoure est la mise en jeu de sa propre personne jusqu'aux conséquences d'acier, l'élan de l'idée contre la matière sans égard à ce qui peut s'ensuivre.(...) Le Diable emporte une époque qui veut nous ravir la Bravoure et les Hommes ! (...)
Quant à nous, nous avons connu un temps où l'Homme brave était aussi le meilleur; et quand bien même il ne survivrait de ce temps que le souvenir d'un événement historique où l'Homme comptait pour rien car sa cause était tout, toujours nous serons fiers d'y reporter nos regards. (...)

Ainsi les guerriers s’abîmaient, titubants dans l'ivresse de la bataille, flèches que l'arc décochait dans le brouillard, danseurs au bal de l'incertain. (...) La bravoure n'est jamais que l'expression d'un savoir ancré au plus profond des consciences : que l'être humain renferme en lui des valeurs éternelles, indestructibles. Sinon comment y en aurait-il un seul pour marcher sciemment à la rencontre de la Mort ?(...)

La bravoure est le feu vivant qui soude les armées, elle passe avant toute autre chose même parée des noms les plus flatteurs.(...)
Le soldat a estimé de tout temps que le courage de son chef allait de soi. (...) Aussi pouvaient-ils perdre des batailles mais jamais le coeur de leurs Hommes. (...) La bravoure reconnaît la bravoure. (...) Le prince a le devoir de mourir dans le cercle de ses derniers fidèles. Les soldats innombrables qui l'ont précédé dans la mort sont en droit de le réclamer. C'est ce qu'exige l'idée pour laquelle tous se battent. (...) La bravoure est son propre salaire, le lien qui lie ensemble tous les égaux. (...)

Une dernière chose, l'Extase. (...) L'enthousiasme arrache l'âme virile au delà d'elle même, si haut que le sang bouillonne et bat contre les artères, submerge le coeur d'écume brûlante. C'est une ivresse au dessus de toute ivresse, un déchaînement qui fait sauter tous les liens. C'est une frénésie sans égard ni limite, comparable aux seules forces de la Nature. L'Homme est alors pareil à la tempête mugissante, à la mer en furie, au grondement du tonnerre. alors il est fondu dans le Tout, il se rue vers les sombres portes de la Mort comme un projectile vers sa cible. (...)"

Ernst Jünger, "Le combat comme expérience intérieure" -1922


La bataille des Thermopyles

video
Extrait du film "300" de  Zack Snyder (2006),
adaptation de la BD éponyme de Franck Miller 

Le contexte :

Les Perses ont depuis longtemps leur regard tourné vers les cités grecques et Darius 1er déclenche la première guerre Médique qui s'achève par sa défaite face aux athéniens lors de la célèbre bataille de Marathon en 490 avant J.C. Son fils Xerxés 1er lui succède et organise une deuxième expédition 10 ans plus tard. C'est la seconde Guerre Médique.

Le prélude :

Devant l'ampleur de l'armée Perse en marche, les Grecs dépassent leurs luttes intestines et s'engagent pour une défense commune des cités. Leur plan est de stopper l'armée perse dans le défilé des Thermopyles (les « Portes Chaudes »), défilé montagnard très étroit et accidenté qui diminuera les forces perses au contact. Tandis que les forces navales sont confiées à Eurybiade, les troupes terrestres quant à elles sont confiées à Léonidas roi de Sparte et ses hoplites experts dans le combat d'infanterie. 

Au début de la campagne, les dieux semblent être du côté des grecs car une terrible tempête détruit une grande partie de la flotte de Xerxés dans l'Artémision. Ce dernier, malgré une écrasante majorité conservée, ne peut plus diviser ses troupes. La rencontre des 2 armées se déroulera donc sur un seul front, au niveau des "Portes chaudes"... Et en août -480, accrochés au défilé escarpé,  6000 grecs attendent de pied ferme plus de 200 000 perses qui se ruent à leur rencontre.

La bataille :

La muraille des hoplites soudée par la discipline et l'armement (Photo tirée du film "300",de Zack Snyder, 2006)
Malgré leur nette infériorité numérique les grecs ont l'avantage du terrain et des armes. Xerxés ne peut engager que des petits effectifs dans les défilés étroits des Thermopyles, et dont les défenseurs en armure, solidement ancrés à leur longue lances se trouvent hors d'atteinte  des courtes armes perses. De plus la vaillance grecque est impressionnante, portée par Léonidas et ses trois cent guerriers d'élite regroupés autour de lui et qui sont le fer de lance de l'armée grecque. Les pertes sont immenses dans les rangs perses qui s'écrasent sur cette phalange spartiate soudée, prolongement mortel de la falaise qu'elle défend, et les assauts refluent à un par un, au milieu des corps qui font oublier la couleur de la terre. 

A ce moment là, l'espoir d'une victoire renaît au sein de l'armée grecque, mais c'est alors que Léonidas est trahi par un certain  Éphialtès, qui guide les Perses sur le sentier d’Anopée, contournant le défilé infranchissable..Pris en tenaille, Léonidas décide alors de se sacrifier avec ses 300 Spartiates, ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies, pour laisser à l'armée grecque le temps d'évacuer ses troupes et de réorganiser une ligne de défense. 

Le combat héroïque des spartiates, derniers carré grec va durer encore une journée. Le corps du roi Léonidas, mortellement blessé est récupéré lors d'un dernier assaut désespéré de ses hommes, qui se replient ensuite sur le mont Kolonos où les perses prudents et craintifs malgré leur masse écrasante, vont confier à leurs archers la mission de les massacrer jusqu'au dernier.

Les conséquences

D'après Hérodote les perses perdirent aux Thermopyles plus de 20 000 homes en trois jours de combat contre environ 1000 pour les grecs (dont les 300 spartiates).
Xerxés ordonna la décapitation de la dépouille de Léonidas et promena sa tête parmi les rangs de son armée pour rassurer ses soldats impressionnés par la bravoure des spartiates. Les perses continuèrent leur offensive et pillèrent Athènes, mais le combat des Thermopyles était déjà entré dans la légende et contribua à réunir les cités face à la déferlante perse qui fut battue 1 an plus tard en -379, devant Platée, vengeant ainsi le sacrifice des 300 et achevant définitivement le cycle des guerres médiques.
Si Hérodote, le "père des historiens" est le premier qui rapporte dans le détails ce combat tragique, sa dimension héroïque fait qu'il est très rapidement chanté, notamment par Simonide de Céos, le premier poète à avoir ainsi fait rentrer des hommes, dans le panthéon mythique des Héros et des Dieux. Plus tard un mausolée sera érigé sur le mont Kolonos à l'endroit précis où succomba le dernier carré des braves.

L'héritage

La mort au combat de 300 spartiates il y a près de 2500 ans, dépasse aujourd'hui le cadre historique de la bataille des Thermopyles, épisode de la seconde guerre Médique, pour devenir un acte héroïque fondateur de l'identité européenne. Le dénouement tragique de la bataille, ancré dans la mémoire des peuples célèbre depuis le courage et le sacrifice du guerrier pour sa Patrie, mais aussi, il symbolise la résistance de l'Homme face au joug du plus grand nombre...  

"ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι"
Distique élégiaque attribué à Simonide de Céos et gravé sur une pierre du monument commémoratif aux Thermopyles

« Ceux qui sont morts aux Thermopyles
Connaissent et la gloire et le sort le plus beau,
Car ils ont des autels et non pas des tombeaux,
Non pas des larmes, mais des hymnes,
Nos louanges au lieu de nos gémissements,
Et la rouille ou le temps qui toute chose mine
N’attaque pas ce monument. »

Simonide  de Céos


DOCUMENTAIRE (Arte)

"300, Quand la Réalité dépasse le Mythe" 

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