lundi 19 août 2013

Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.

Le loup : Puissance, Beauté et Liberté !


Le loup n'est pas seulement un animal accompli dans la Nature, c'est aussi et surtout un mythe dans nos coeurs et nos esprits, il incarne la Puissance, la Beauté et la Liberté qu'il partage dans son royaume forestier avec le païen fidèle aux mêmes valeurs éthiques et esthétiques naturelles.

La philosophe Simone Weil (1909-1943) disait un jour: « Le chrétien est un mauvais païen, converti par un mauvais juif.  »
Saint Hervé, est un personnage étrange de l'hagiographie bretonne, sa vie mythique est un entrelacs de symbolisme chrétien, celtique, et d'Histoire où la réalité se perd dans le brouillard de la légende. Hervé en effet illustre cette période charnière où les croyances celtiques anciennes et la religion nouvelle fusionnaient parfois dans la foi des populations païennes. Le Barde celtique Hoarvian au crépuscule de sa vie rêve à plusieurs reprises qu'il s'unit à une jeune fille qui alors est recherchée et retrouvée, il s'agit de Rivanone, une jeune nonne chrétienne. La prémonition s'accomplit, et Rivanone demande à son Dieu que l'enfant conçu dans la trahison de ses voeux ne voit pas le jour... Hervé va ainsi naître aveugle en 525 et plus tard dans la tradition de l'Eglise chrétienne primitive celtique s'engage sur les chemins pour évangéliser l'Armorique avec une charrette tirée par un âne (ou labourant la terre selon d'autres versions)... Hervé fonde notamment, les monastères de Plouvien et Lan-Houarneau où il meurt en 575.

Statue de Hervé et son loup à Carnoët
Or, un jour qu'il pérégrine dans le creux d'un chemin, un loup surgit, attaque son âne et le dévore. Hervé, parle et dompte le loup qui remplace l'âne et se met à l'attelage de la charrette transportant les symboles chrétiens.  
Cette légende serait restée un conte naïf si n'intervenait la symbolique de l'âne et du loup, qui lui confère ici une fonction descriptive des mentalités existantes à l'époque dans le domaine de la foi et un témoignage sur le prosélytisme des premiers chrétiens issus des populations païennes. En effet, l'âne et le loup, sont ici les prolongements zoomorphiques de la dualité chrétien/païen déjà personnalisée par l'ascendance parentale d'Hervé: L'âne symbole d'humilité, de patience et de courage apparaît souvent dans les représentations allégoriques du christianisme, et il porte le christ solaire. Le loup quant à lui, symbole de force, de courage de protection,  tantôt protégeant la vie, tantôt la menaçant, est associé à la guerre et aux cycles lunaires (voir l'article ci dessous).

Cette légende atteste de la stratégie prosélyte des premiers évangélisateurs en Armorique dont beaucoup étaient issus de communautés druidiques et qui détournèrent la foi païenne, christianisant les lieux de culte, fontaines et mégalithes (qui, point positif, échappèrent ainsi à la destruction ordonnée en 789). Cette parabole est a rapprocher de celle de saint François d'Assise, lui aussi influencé fortement par un panthéisme ancien et qui subjugua le loup de Gubbio

Le loup est donc un des symboles forts des païens, hier comme aujourd'hui, car comme eux, il a survécu aux persécutions et au massacres, s'adaptant, se réfugiant dans des sanctuaires secrets à partir desquels il va enfin pouvoir, demain, revenir en toute liberté sur son territoire et dans le coeurs des Hommes libres.


Erwan Castel

Pour en savoir plus sur le symbolisme du Loup : 

Sur Wikipédia,  Les liens ici : Le loup dans la culture  et  Le loup dans la culture européenne

Le Symbolisme du loup

SOURCE : Groupe Facebook., article du 10 juin 2013  Le Lien ici : 
Symboles païens et inscriptions runiques (photos rajoutées dans l'article)


Loup de guerre, louve d’amour…


"Depuis des temps immémoriaux, le loup accompagne les êtres humains dans leurs rêves de grandeur et dans leurs craintes les plus profondes. Les anciens mythes en Europe nous parlent souvent du loup et de la louve , ce qui nous révèle d’entrée le rôle important que cet animal pouvait avoir pour nos ancêtres païens. Nous allons voir que depuis le début de l’histoire humaine, le loup possède un double aspect, tantôt bienfaiteur tantôt destructeur. Avec la christianisation de l’Europe, l’aspect négatif du loup fut certes accentué, car son objectif comme toujours était de faire disparaître ou de pervertir les symboles des traditions polythéistes  mais dans le cas du loup, il faut être juste, car la responsabilité du christianisme dans cet aspect négatif fut pour une fois très minime. 


Bien qu’on ait parfois en mémoire des histoires de loups solitaires, le loup est en fait un animal de meute, il vit en clan très fermé. Ce clan reflète la plupart du temps les lois du sang qui régissent la meute. Mais il existe aussi des cas où des loups étrangers finissent par être acceptés dans cette communauté de sang. Ces clans sont articulés autour d’une hiérarchie très stricte dirigée par un loup alpha et une louve alpha qui sont les seuls autorisés à se reproduire. Cette organisation sociale très marquée possède de nombreux avantages à l’heure de contrôler un territoire ou bien lorsqu’il s’agit de chasser. La gestion des ressources et l’élevage des louveteaux se fait ainsi d’une manière bien plus sûre et aisée. Cette organisation sociale de clan n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des humains du paléolithique. À cette lointaine époque pendant laquelle tout s’articulait autour du clan, de la chasse et de la cueillette, nos ancêtres avaient avec les loups de sérieux concurrents, ce qui ne fut pas sans causer des relations très compliquées et souvent conflictuelles. C’est à cette époque que furent apprivoisés les premiers loups, il y a quelques 14.000 ans, les tous premiers animaux de l’histoire à être apprivoisés. Ce sont ces loups là qui seront les ancêtres d’une nouvelle race animale : les chiens. L’être humain est donc depuis cette aube des temps fasciné par le loup, et s’instaure alors une véritable relation amour-haine entre les loups et les hommes. La concurrence faite par le loup à l’homme conjuguée au fait que les attaques contre des humains sont attestées depuis l’antiquité, ont favorisé bien-sûr l’image négative du loup, l’associant ainsi à un véritable démon. 

Le loup est un très bon chasseur nocturne, car il peut voir aussi bien le jour que la nuit. Ses yeux brillent dans la nuit et paraissent véritablement phosphorescents, ce qui donne à l’animal une inquiétante silhouette pour le voyageur égaré au détour d’une lisière de forêt. Cette caractéristique nocturne du loup nous fait entrevoir un premier aspect symbolique, celui qui le relie au pouvoir de la lune. Le loup, et surtout la louve d’ailleurs, partagent avec la lune ce côté mystérieux d’une force occulte favorisant la croissance et la fécondité. On peut sans doute aucun avancer que le loup au niveau symbolique est un animal lunaire lié aux aspects de fécondité et fertilité. Mais nous allons voir que son symbolisme est bien plus vaste car il est aussi un symbole guerrier que bien des sociétés païennes incluaient dans leurs rites d’initiation guerrière. Ces deux grands aspects symboliques, guerre et fécondité, couvrent bien cette double image du loup, celle qui donne la vie et celle qui menace la vie.

Un peu comme le lion, le loup en Europe est un symbole de la puissance de la nature qui peut soit protéger soit détruire. Il est fort probable qu’un dieu-loup ait existé à l’époque reculée du paléolithique et que certains clans aient fait remonter leurs lignées jusqu’à ce dernier. Il devait alors apparaître comme l’Esprit-Roi de la forêt ainsi qu’un grand guerrier grâce à son organisation véritablement militaire, à sa rage et à son ardeur au combat. 

Bien qu’étant un animal lunaire, symbolisant la lumière nocturne, le loup fut associé chez les anciens Grecs au Dieu solaire Apollon. Ce Dieu de la lumière fut appelé Apollon Lycien ; ce terme de « lycien » est révélateur car il vient du mot grec « Lycos », mot qui désigne à la fois le loup et la lumière. Le loup accompagnait aussi le Dieu Apollon dans ses décisions de justice. Ils semblent ainsi former un « couple » luni-solaire. À ce titre l’origine du Dieu Apollon est également intéressante. Le dieu Zeus marié à la Déesse Héra eut une aventure avec Léto. Afin de préserver Léto de la jalousie de la Déesse Héra, le Dieu Zeus la transforma en louve et la conduisit sur l’île de Délos où elle donna le jour à deux enfants divins : la Déesse Artémis et le Dieu Apollon. Ces deux enfants élevés par une louve rappellent évidemment deux autres célèbres enfants mythiques, les fondateurs de Rome, Romulus et Rémus.

La Louve allaitant Romus et Romulus
La louve de Rome, chthonienne et lunaire à la fois, est un symbole de fécondité, elle est celle qui protège la vie des deux enfants mythiques, Rémus et Romulus. La louve joue ici le rôle de mère nourricière. Ce symbolisme se confirme lorsqu’on frottait de la graisse de loup sur la porte du foyer des nouveaux mariés, ceci afin de leur porter bonheur et prospérité. Deux images furent aussi associées à cette époque romaine, celles de la louve et celle du désir sexuel féminin. Cette conception a survécu par exemple en espagnol lorsqu’on dit à une femme qu’elle est « una loba » (une louve), ce qui revient à lui dire qu’elle est une mangeuse d’hommes. 
Mais à Rome, le loup était également le symbole du dieu de la guerre Mars. Dans ce cas précis, on retrouve donc l’aspect guerrier lié au symbolisme du loup, la bête de combat dont l’agressivité était légendaire et terriblement redoutée. Nous reconnaissons ainsi chez les Romains ce parfait double aspect lié à l’image du loup, protecteur et destructeur.

Chez les Celtes aussi on peut faire le même constat du double aspect symbolique du loup, l’un favorisant la vie, et l’autre la menaçant. Le futur roi Cormac Mac Airt, alors qu’il était enfant, fut emporté par une louve qui l’éleva avec ses propres louveteaux. Tout comme en Grèce et à Rome, c’est ici la louve nourricière et dispensatrice de vie qui prime. Mais d’un autre côté on retrouve l’aspect guerrier et menaçant du loup sur le fameux chaudron de Gundestrup, où l’on peut observer le Dieu Cernunnos qui défend le cerf sacré contre un loup qui cherche à l’attaquer. Cernunnos joue dans ce cas un rôle de médiateur entre les forces de croissance symbolisées par le cerf, et les forces de destruction symbolisées par le loup. 

Pierre runique représentant le 
loup Fenrir, Östergötland, Suède
Dans la culture germano-nordique, le loup tient un rôle fondamental. De nombreuses lignées de guerriers se disaient être les descendants d’un loup mythique. Il semblerait d’ailleurs que chez les Germains continentaux et les Nordiques, le loup fut principalement lié au symbolisme guerrier. On connaît les deux loups mythiques qui accompagnent le Dieu Wodan-Odin. Ces deux loups se nomment Geri (prononcer « guéri ») et Freki (vorace et violent). Ils sont une image de la force destructrice du dieu Odin et de son pouvoir guerrier absolu. Il est celui qui décide du sort des batailles. Mais le symbolisme de destruction totale est véritablement représenté par le célèbre loup Fenrir, le loup cosmique, fils de Loki. Il est une métaphore des forces du chaos, ce chaos qui menace les Dieux d’Asgard, ainsi que toute la société des hommes. Tout le destin des Dieux tourne d’ailleurs autour d’un objectif majeur : maintenir l’ordre cosmique menacé par le chaos. Plusieurs créatures mythiques représentent ces forces du chaos : les Géants, le serpent Jörmungandr, ainsi que les loups cosmiques. Le loup Fenrir n’est en effet pas le seul loup à menacer l’ordre cosmique, étant donné que le soleil et la lune eux aussi vivent sous la crainte permanente d’être dévorés par deux loups cosmiques du nom de Hati et de Sköll. La gueule du loup pourrait être dans ce contexte une parfaite image de l’obscurité totale qui engloutit toute source de lumière. En cherchant à briser les cycles naturels des lumières diurnes et nocturnes, ces deux loups sont, tout comme Fenrir, une menace pour l’ordre, un danger pour la vie elle-même. Avec ces quelques loups de la mythologie germano-nordique, on saisit bien toute la force destructrice qui était prêtée au loup. 

Nous avons vu avec les loups du Dieu Odin, Geri et Freki, qu’une partie du symbolisme du loup est aussi à relier à la guerre. Cet aspect purement belliqueux du loup a donné le jour à une célèbre caste guerrière, un véritable ordre traditionnel au sein de la classe guerrière. Depuis les guerres des Germains contre les Romains, jusqu’aux guerres menées par les Vikings, ces guerriers étaient connus et craints de tous. Ils avaient pour tradition de combattre légèrement vêtus, souvent couverts juste d’une peau d’animal. Après certains rituels guerriers parfois accompagnés d’une prise de substances hallucinogènes, ils entraient dans de véritables transes chamaniques qu’ils portaient sur le champ de bataille. Ils devenaient un animal-fauve. Ils en prenaient l’apparence en revêtant une peau d’animal, mais aussi par la transe qui faisait que leur « hamr », l’esprit-animal par lequel un chamane voyage dans le monde des Esprits, soit complètement transformé. La furie au combat de cette caste guerrière était telle que leurs ennemis étaient convaincus que ni le feu ni le fer pouvaient les blesser. Ils paraissaient invincibles. Tout en se lançant dans le feu de l’action, ils grognaient, hurlaient, et mordaient leurs boucliers. On les décrivait comme étant mi-homme mi-bête. On comprend la peur qu’on pu ressentir les Romains lorsqu’en pleine nuit et en pleine forêt, à la lumière de la lune, ces guerriers-fauves se jetaient sur eux sans crainte aucune de la mort. Ces guerriers sont de nos jours nommés d’une manière générique les Berserkers. Ce terme est en fait inapproprié ici, car ce mot désignait plus exactement les guerriers-fauves qui se transformaient en ours. Ceux qui se métamorphosaient en loup étaient nommés les Ulfhednar (« qui porte une peau de loup ») . Ils vouaient un culte tout particulier au Dieu Odin, et à ses deux loups Geri et Freki. Leur transes guerrières et leurs tactiques de combat reflétaient celles de l’ardeur du loup au combat. Sur le champ de bataille, ils étaient mi-homme mi-loup. 

Ces Ulfhednar ne furent d’ailleurs jamais complètement oubliés dans notre inconscient collectif vu qu’ils ont survécu d’une certaine manière dans le folklore jusqu’à nos jours au travers des loup-garous. Ces fameux loup-garous, également appelés « lycanthropes » sont connus pour se transformer les nuits de pleine lune. Ils deviennent alors mi-homme mi-loup, et sous l’emprise d’une frénésie incontrôlée, ils commettent de terribles méfaits. Le parallèle avec les Ulfhednar est évident. Ce n’est certainement pas dû au hasard si le mot français « loup-garou » vient en partie de langues germaniques. Car en effet la composante « garou », via le francisque picard « garvalf », vient du germanique « wariwulf », mot que l’on retrouve en allemand moderne « Werwolf » et qui signifie homme-loup. 

Ce rapide survol des différentes symboliques liées au loup et à la louve dans les nombreux mythes européens d’époque païenne, démontrent à quel point le symbole du loup est complexe et varié. Il en ressort tout de même une constante dont nous parlions au début, celle qui relie le loup à la guerre et au chasseur nocturne, puis la louve à la fécondité et la protection maternelle." 

Sources:
"Dictionnaire des Symboles" Jean Chevalier et Lain Gheerbrant
http://fr.wikipedia.org/wiki/Loup_gris
http://fr.wikipedia.org/wiki/Loup_dans_la_culture


"La Mort du Loup"

Alfred de Vigny


I

"Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles, 
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.


II

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. "

Alfred de Vigny

"La Mort du Loup" par Gérard Philippe enregistrement des années 50

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