vendredi 31 janvier 2014

La croix de Birgit

La célébration d'Imbolc



"Après quarante jours en intimité avec son nouveau-né,
la Dame enfin sort de sa retraite et retrouve le monde,
pour présenter avec fierté son rayonnant enfant,
le jeune soleil Mabon né au solstice d’hiver.

La Déesse qui par l’eau purifie,
aujourd’hui par le lait nourrit
le jeune enfant au visage serein
qu’elle porte contre son sein.

Grâce à son lait généreux et fourni,
le jeune soleil à son tour nourrit
la végétation renaissante de sa lumière croissante,
et nos cœurs reconnaissants de sa clarté bienfaisante.

Reprenant sa place dans le ciel et dans le temps de nos journées,
Le jeune Mabon nous baigne de la joie du jour retrouvé.
La campagne tout entière vibre de l’énergie dispensée,
qui peu à peu éveille jusqu’aux creux des terriers.

Merci Brigitte, Brigantia, Belisama !
Longue vie à toi et au soleil qui croît !"

Yvanna


Février s'ouvre chez les chrétiens par les célébrations traditionnelles de la "purification de la vierge" appelées aussi "présentation de l'enfant Jésus au temple"...

Cette fête plus connue sous le nom de "chandeleur" est en vérité et bien au delà de sa récupération chrétienne, un hymne païen à la lumière annonçant le retour prochain du printemps. Cette célébration solaire, particulièrement importante chez les celtes, est appelée Imbolc (du viel irlandais i mbolg qui signifie dans le ventre) et liée à la déesse Birgit qui incarne le principe féminin au coeur de la mythologie à travers ses fonctions de fille de Dagda (le dieu bon), mais aussi de mère, épouse et sœur de Lug (le dieu primordial), Dagda (le dieu druide), Ogme (le dieu guerrier), Diancecht (le dieu médecin), Nuada (la royauté) et Mac Oc (la jeunesse). Par ses fonctions multiples, Birgit est la déesse-mère par excellence associée aux cycles de la fécondité et fertilité et de la roue solaire. Elle apparait sous les traits de Bragana (Portugal), Bregenz (Autriche), Brig (Valais, Suisse), Brega (Irlande), Braint, Barrow ou Brent (GB); et son culte est associée à celui de Minerve, la garbde déesse de la Rome antique.

Plus tard les chrétiens récupéreront la symbolique et les rituels de la foi native européenne pour évangéliser les peuples soumis, allant jusqu'à "inventer" la sainte homonyme Brigitte, dont la fête est... le 1er février !. 


ET POURTANT TOUT EST LIE DANS UNE COHÉRENCE SOLAIRE ET LUNAIRE...

Février par exemple, était pour les romains le mois de la purification, de la sortie de l'hiver et de la fin de l'obscurité. Cette période symbolique donnait lieu à plusieurs célébrations : le 2 février était consacré à Cérès, déesse des moissons qui alluma des torches pour rechercher dans le monde obscur des enfers, sa fille Prosperine enlevée par Pluton. Puis aux ides de février les "Lupercalias" commémorant le souvenir de Romus et Romulus. Puis il y avait les "Amburbales" etc... Au cours de ces fêtes, des rituels expiatoires symbolisant à la fois la pureté et la fécondité, étaient réalisés autour des feux.

Chez les celtes, on retrouve la même symbolique de purification, à travers des lavements corporels ritualisés, et un culte voué à Birgit, dont le nom signifie 'Altesse". La symbolique païenne solaire est donc présente dans ces rituels et traditions populaires même après leur christianisation. Ainsi des crêpes de la chandeleur, ou de la croix de sainte Brigitte en Irlande qui représentent la roue solaire, la svastika, universellement reconnue dans toutes les civilisations indo-européennes et qu'il serait temps de débarrasser de sa réduction injuste au nazisme pour la réhabiliter

Réaliser une vraie chandeleur pour notre âme européenne, rallumer les feux de la connaissance et éloigner l'obscurantisme qui règne depuis 2000 ans sur notre vieille Europe voilà le vrai défi à relever pour restaurer nos libertés.


Erwan Castel, Cayenne le 31 janvier 2014


POUR EN SAVOIR PLUS :

- "Les traditions d'Europe" Alain de Benoist Le labyrinthe 1982
- "Symboles païens et inscriptions runiques", le lien : ICI (les thèmes sont repérables à partir des albums photos)
-  le poème d'entête est extrait du blog "Yvana sur le chemin", le lien : ICI


Le tétraskéle appelé croix de sainte Brigitte
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30 janvier, le dimanche sanglant

"Les larmes coulent lentement le long de mon visage
Et mon coeur s'embrase par tant de douleur
Repensant tristement à ce jour où la bêtise fit un ravage
Et pointant l'armée Britannique d'un doigt accusateur" 
(extrait d'un poème de "Bloody sunday 013 sur : Forum "je poème")


Les premiers "Bloody sunday" de 1887 et 1920


Londres 1887
Le chemin vers la liberté des irlandais est borné de journées sanglantes dont plusieurs, qui se déroulèrent le dimanche reste dans les mémoires comme des "bloody sunday"

Le premier est une dispersion violente d'une manifestation organisée le 13 novembre 1887 par la "Social Democratic Federation" et l'"Irish National League". La charge de la police montée londonienne fit  deux morts et cent-cinquante blessés dans les rangs des ouvriers venus réclamer pacifiquement une amélioration de leurs conditions de travail.


Au cours de la guerre d'indépendance de l'Irlande, entre 1919 et 1921, l'armée républicaine irlandaise (IRA) a mené une guerre de libération de son sol contre le "Royal Irish Constabulary". La couronne britannique décidé à anéantir la rébellion forma des troupes paramilitaires, les Black and Tans et la Auxiliary Division appelé Auxiliaries ou Auxies.  
Dublin 1920

Le dimanche 21 novembre 1920 à Dublin, des "Auxies", en représailles d'assassinats d'agents britanniques menés par l'IRA, envahissent un stade où se déroule un match de football gaélique devant des milliers de personnes. Ils tirent sur la foule qui cherche à évacuer le stade Le bilan est 14 personnes tuées et 65 blessés. L'horreur du massacre secoua l'opinion publique jusqu'au roi lui même et entacha l'honneur de la couronne britannique.



En 1921, les Irlandais obtiennent une partition de l'île et un statut d'autonomie pour la partie sud. Mais la guerre civile continuera jusqu'à l'obtention de l'indépendance en 1937, tandis que l'Irlande du Nord, restée attachée à la couronne britannique allait continuer a être le théâtre d'affrontements violents entre les Irlandais catholiques et les orangistes protestants.


Le "Bloody sunday" de 1972

Mais le "Bloody sunday" que l'Histoire et surtout les mémoires irlandaises retiendront concerne le massacre à Derry le 30 janvier 1972.

Derry dans les années 1970
Après la partition de l'île les britanniques qui avaient conservé les comtés les plus riches, ont mis en place une politique ségrégationniste pénalisant lourdement les irlandais catholiques vivant dans l'Ulster. Au début des années 1960, au milieu des affrontements et attentats qui secouent régulièrement l'Irlande du Nord, l'Association nord-irlandaise pour les droits civiques (NICRA) se constitue pour essayer de défendre pacifiquement les droits des irlandais. Les manifestations se multiplient alors mais les rassemblements des irlandais catholiques sont rapidement l'objet d'attaques de plus en plus violentes de la part des loyalistes protestants, et en 1969 une parade dégénère en  Bataille du Bogside qui dure 3 jours sous le regard de la police royale de l'Ulster.

L'armée britannique est appelée en renfort et se déploie en Irlande du Nord mais rapidement l'escalade de la violence va reprendre en 1971, lorsque la neutralité des soldats va être mise en cause. Les manifestations et rassemblements sont interdits tandis que les attaques et les attentats se multiplient dans tout l'Ulster et principalement à Derry, le coeur des affrontements ou l'IRA a même réussi à organiser avec des réseaux de barrages un zone de non droit : le "free Derry"
Manifestation de la "NICRA" en 1972

L'Association nord-irlandaise pour les droits civiques planifie malgré l'interdiction, une manifestation pacifique à Derry le 30 janvier 1972 pour protester contre l’internement administratif, décidé par le Parlement nord-irlandais le 9 août 1971.

Les britanniques vont tendre un pièges aux nationalistes : ils autorisent la manifestation mais empêchent les participants d'atteindre "le Guildhall" comme prévu provoquant la colère de groupes de jeunes irlandais. C'était le signal pour qu'intervienne le 1er bataillon du régiment parachutiste positionné depuis le matin sur les côtés du parcours. 
Rapidement des tirs à balles réelles vont être réalisés sur les manifestants désarmés. Plus d'une centaine de cartouches vont être ainsi tirées en direction d'une foule paniquée, et coincée par les barrières de l'armée.

14 irlandais vont être ainsi assassinés de sang froid en quelques minutes par les forces d'occupation britanniques.


John (Jackie) Duddy (17 ans). Abattu d'une balle dans la poitrine sur le parking des appartements de Rossville. Quatre témoins ont déclaré que Duddy n'était pas armé et était en train de fuir les parachutistes quand il fut tué. Trois d'entre eux ont vu un soldat viser délibérément le jeune homme lorsqu'il courait. Il est l'oncle du boxeur irlandais John Duddy.

Patrick Joseph Doherty (31 ans). Abattu par derrière alors qu'il tentait de ramper pour se mettre à l'abri sur le parking des appartements de Rossville. Doherty a fait l'objet d'une série de photographies, prises avant et après sa mort par le journaliste français Gilles Peress. Malgré le témoignage du «Soldat F» qui avait tiré sur un homme tenant et utilisant un pistolet, John Widgery a reconnu que les photographies montraient que Doherty n'était pas armé, et que des tests médico-légaux sur ses mains pour les résidus de tir se sont révélés négatifs

Bernard McGuigan (41 ans). Tué d'une balle à l'arrière de la tête alors qu'il était allé aider Patrick Joseph Doherty, en agitant un mouchoir blanc pour indiquer aux soldats ses intentions pacifiques

Hugh Pious Gilmour (17 ans). Touché au coude droit, la balle est ensuite entrée dans sa poitrine pendant qu'il courait d'où se trouvaient les parachutistes sur Rossville Street. John Widgery a reconnu qu'une photographie prise quelques secondes après que Gilmour a été touché corrobore les dires de témoins affirmant qu'il n'était pas armé, et que des tests de résidus de tir ont été négatifs

Kevin McElhinney (17 ans). Abattu par derrière alors qu'il tentait de ramper pour se mettre à l'abri à l'entrée des appartements de Rossville. Deux témoins ont déclaré que McElhinney n'était pas armé

Michael Gerald Kelly (17 ans). Touché à l'estomac alors qu'il se tenait près des décombres de la barricade en face des appartements de Rossville. John Widgery admis que Kelly n'était pas armé

John Pius Young (17 ans). Touché en pleine tête alors qu'il se tenait près des décombres de la barricade. Deux témoins ont déclaré que Young n'était pas armé
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William Noel Nash (19 ans). Touché à la poitrine près de la barricade. Des témoins ont déclaré que Nash n'était pas armé et venait en aide à une autre personne touchée quand il a été tué
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Michael M. McDaid (20 ans). Touché au visage à la barricade, alors qu'il était en train de quitter à pied le lieu où se trouvaient les parachutistes. La trajectoire de la balle a indiqué qu'il pourrait avoir été tué par des soldats placés sur les murs de Derry

James Joseph Wray (22 ans). Blessé puis abattu à bout portant alors qu'il était couché sur le sol. Les témoins qui n'ont pas été appelés devant le Tribunal de Widgery ont déclaré que Wray criait qu'il ne pouvait pas bouger ses jambes avant qu'il soit mortellement touché la deuxième fois

Gerald Donaghy (17 ans). Touché à l'estomac tout en essayant de courir pour se mettre à l'abri entre Glenfada Park et Abbey Park. Donaghy a été amené dans une maison voisine par des passants, où il a été examiné par un médecin. Ses poches ont été fouillées afin de l'identifier. Plus tard, la photo du cadavre de Donaghy a montré des bombes à clous dans ses poches. Ni ceux qui fouillèrent ses poches dans la maison, ni l'officier médical de l'armée britannique (Soldat 138) qui le déclara mort peu après disent avoir vu des bombes. Donaghy avait été un membre de la Fianna Éireann, un mouvement de jeunesse républicain lié à l'Armée républicaine irlandaise. Paddy Ward, un informateur de la police qui a témoigné lors de l'enquête de Saville, a affirmé qu'il avait donné deux bombes à clous à Donaghy plusieurs heures avant qu'il soit abattu
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Gerald (James) McKinney (34 ans). Touché juste après Gerald Donaghy. Des témoins ont déclaré que McKinney courait derrière Donaghy, s'est arrêté et a levé les bras en criant « Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! », quand il a vu tomber Donaghy. On lui a ensuite tiré dans la poitrine

William Anthony McKinney (27 ans). Touché par derrière lorsqu'il a tenté d'aider Gerald McKinney. Il avait quitté la zone de couverture afin d'essayer d'aider Gerald

John Johnston (59 ans). Touché à la jambe et à l'épaule gauche sur William Street 15 minutes avant que le reste de la fusillade a commencé. Johnston n'était pas dans la marche, mais sur son chemin pour rendre visite à un ami à Glenfada Park. Il est mort 4 mois et demi plus tard ; sa mort a été attribuée à des blessures qu'il a reçues ce jour-là. Il fut le seul à ne pas mourir immédiatement ou peu de temps après avoir été touché


Les suites du massacre

En avril 1972, tandis que l'Irlande enterre ses enfants, l'enquête immédiate conclut à une riposte légitime à des tirs de l'IRA, blanchissant l'armée..

En mai 1997, des témoignages anonymes d'anciens soldats viennent confirmer la culpabilité de l'armée et le désarmement des manifestants, l'enquête est rouverte.

En juin 2010, le premier ministre David Cameron présente ses excuses aux familles leur demandant de "tourner la page", tandis que le rapport, dans un climat de normalisation des rapports entre les deux communautés conclut à un "psychodrame" individualisant la responsabilité sur des soldats qui auraient (juste) "pété les plombs" 

Depuis, une enquête judiciaire incriminant une vingtaine d'anciens soldats britanniques, âgés aujourd'hui de soixante dix ans environ et qui ont tous d'ores et déjà obtenu l'immunité, est en cours. Aucun résultat communiqué à ce jour...




"Est-ce qu’il y a besoin de faire appel à la loi 
pour dire à dix mille personnes ce qu’elles ont vu?"

Car les témoignages et les éléments de l'enquête portent à confirmer a préméditation de l'armée qui pensait dans une violence exemplaire faire peur aux nationalistes. Telle que le confirme par exemple le type inhabituel de munitions distribuées avant la manifestation, ou cette note de service du général Robert Ford, commandant des forces terrestres en Irlande du Nord au moment des événements. Adressée au général sir Harry Tuzo, son subordonné, elle a été écrite environ trois semaines avant le Bloody Sunday : “Je parviens à la conclusion que le minimum de force requis pour restaurer la loi et l’ordre, c’est d’abattre certains meneurs du DYH [Derry Young Hooligans, des casseurs qui s’en prenaient aux commerçants protestants du centre-ville] après avoir émis des sommations claires.”

Et tandis que les preuves accusant l'armée et le gouvernement s'accumulent, la justice britannique, pourtant si prompte a conclure pour les crimes commis par Saddam Hussein ou Bachar El Assad fait piétiner l'enquête cherchant ainsi dans un déroulement extrêmement long une sorte de catharsis thérapeutique pour les témoins des événements.

Que ce soit dans la théologie de la repentance ou dans l'amnésie des crimes, l'Histoire reste manipulée par des intérêts politiques et économiques sans gène ni respect pour les victimes.

Concernant le "Bloody sunday", qui fut un moment crucial dans l'histoire des relations entre l'Irlande et la Grande Bretagne, les plaies ne se refermeront jamais dans le coeur d'un pays uni à ses familles,  tant que justice ne sera pas rendue.

Erwan Castel, Régina le 30 janvier 2014


Bloody Sunday par U2, avec les images du film de Paul Greengrass (2002)
video
Cet extrait du film commence avec la première victime 
du Bloody Sunday, Jackie Duddy, qui parmi la foule 
s'enfuyait aux côtés de l'évêque Edward Daly. 

I can't believe the news today
                                                      Je ne peux pas croire les nouvelles, aujourd'hui
I can't close my eyes and make it go away
                                                      Je ne peux pas fermer mes yeux et l'oublier
How long, how long must we sing this song?
                                                      Jusqu'à quand, jusqu'à quand devrons-nous chanter cette chanson ?
How long?
                                                      Jusqu'à quand ?


Tonight we can be as one, tonight
                                                      Ce soir, nous pouvons être unis, ce soir
Broken bottles under children's feet
                                                      Des bouteilles cassées sous des pieds d'enfants
Bodies strewn across a dead end street
                                                      Des corps répandus de part et d'autre d'une impasse
But I won't heed the battle call
                                                      Mais je ne veux pas faire attention à l'appel du combat
It puts my back up, puts my back up against the wall
                                                      Cela a poussé mon dos, cela a poussé mon dos contre le mur


Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche
Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche


And the battle's just begun,
                                                     Et le combat ne fait que commencer
There's many lost, but tell me who has won?
                                                     Il y a beaucoup de pertes, mais dites-moi qui a gagné ?
Trenches dug within our hearts,
                                                     Des tranchées creusées dans nos coeur
And mothers, children, brothers, sisters torn apart
                                                     Et des mères, enfants, frères, soeurs déchirés


Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche
Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche


How long, how long must we sing this song?
                                                    Jusqu'à quand, jusqu'à quand devrons-nous chanter cette chanson ?
How long?
                                                    Jusqu'à quand ?
Tonight we can be as one
                                                    Ce soir, nous pouvons être unis
Tonight, tonight
                                                    Ce soir, ce soir


Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche
Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche


Wipe the tears from your eyes
                                                    Sèche les larmes de tes yeux
Wipe your tears away
                                                    Sèche tes larmes
Wipe your blood shot eyes
                                                    Efface tes yeux injectés de sang


Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche
Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche


And it's true we are immune
                                                     Et c'est vrai que nous sommes immunisés
When fact is fiction and T.V. reality
                                                     Quand les faits sont de la fiction et la télé la réalité
And today the millions cry
                                                      Et aujourd'hui des millions d'appels
We eat and drink while tomorrow they die
                                                      Nous mangeons et buvons tandis que demain ils mourront
The real battle's just begun
                                                       Le vrai combat commence juste
To claim the victory Jesus won
                                                       Pour revendiquer la victoire, Jésus a gagné


Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche
Sunday, bloody Sunday
                                                     Dimanche, sanglant dimanche


Réinformation

TV Libertés 
Journal télévisé 01 du 30 janvier 2014




Au sommaire de ce JT :

- Marseille : campagne municipales sur fond d'insécurité à 1'13
- A propos de l'idéologie du Genre dans les écoles
- La manif pour tous se mobilise

TV Libertés - JT 01 du 30 janvier 2014

video
Le lien de la chaîne TVL : ICI

jeudi 30 janvier 2014

C'était Maurice Rollet

Merci à Aloys Durans pour le rappel de cette citation d'Homère

Par Georges Feltin Tracol

Article publié sur le site "Europa maxima" le 26 janvier 2014
Le lien ici : C'était Maurice Rollet

À la veille de ses 81 ans – il était de la fin de ce mois -, Maurice Rollet est décédé le mardi 21 janvier 2014 à Aix-en-Provence. Très affaibli par la maladie, il avait néanmoins tenu à assister, les 6 et 7 juillet 2013, aux quarante ans de la Domus Europa dont il présidait les destinées.

Né en 1933, Maurice Rollet fit des études de médecine. Il aurait pu mener une vie tranquille de notable s’il n’avait pas été appelé sous les drapeaux au moment de la guerre d’Algérie. Déjà père de famille nombreuse, il refuse d’effectuer son service militaire en Métropole. Il préfère traverser la Méditerranée et l’exercer dans des unités combattantes.

Dégagé de ses obligations militaires, cet amoureux de l’Afrique du Nord reste en Algérie. Il officie à l’hôpital de Bône. Dans cette période agitée, une telle passion ne laisse pas neutre ou indifférent. Maurice Rollet se lance vite dans l’activisme pro-Algérie française. Membre de l’O.A.S., il n’hésite pas à cacher des caisses d’armes, de grenades et de munitions sous le berceau de son dernier-né. Arrêté et transféré dans les geôles de Fresnes et de La Santé, il y rencontre certaines personnalités marquantes dont Dominique Venner. Au cours de ces dix-huit mois de détention préventive, il acquiert une culture politique, entame une terrible grève de la faim et se joint à une puissante mutinerie. Libéré, car aucune charge n’a été retenue contre lui, il s’installe à Marseille en tant que médecin généraliste. Pendant son séjour en prison, il s’est mis à écrire de la poésie dont les vers paraissent bientôt signés « François Le Cap », son pseudonyme, grâce aux Éditions Saint-Just, la maison éditrice d’Europe Action.

L’ancien détenu politique fréquente les jeunes militants de la F.E.N. (Fédération des étudiants nationalistes), soutient l’aventure d’Europe Action et s’investit dans le Mouvement nationaliste de progrès. En 1967, il se présente aux élections législatives dans les quartiers Nord de Marseille sous la bannière du R.E.L. (Rassemblement européen de la liberté). Il y obtient environ 3 % des voix, soit le deuxième meilleur résultat du mouvement en France. Mais l’échec électoral cuisant du R.E.L. entraîne le retrait définitif de l’action politique de Dominique Venner. Maurice Rollet se retrouve propulsé à la présidence du R.E.L. avec la lourde tâche de le dissoudre.

En novembre 1967, un noyau dur « post-vennerien » délaisse le terrain politique et entérine l’orientation culturelle. Maurice Rollet a relaté cette épisode guère mentionnée dans « Nous étions douze ». « Le 29 janvier 1968 […] Au 35 de la rue Ernest-Rouvier, au premier étage, dans mon appartement au-dessus de mon cabinet médical, à Mazargues, quartier sud de Marseille, nous sommes douze amis réunis, au prétexte de mon anniversaire… (1) » Ainsi se tient-il la première réunion fondatrice de ce qui allait devenir le G.R.E.C.E. (Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne). Ce membre fondateur suit avec intérêt cette incroyable aventure métapolitique même s’il aime se définir comme un « communautaire » et non comme un « intellectuel » ou un « militant » (les trois principales composantes psychologiques structurantes de cette communauté de pensée et d’action).

Quelques années plus tard, la nécessité de transmettre des principes essentiels et de les pérenniser l’incite à créer en compagnie de Jean-Claude Valla et de Jean Mabire le mouvement scout Europe Jeunesse. Il accompagne les premiers camps d’été et versifie des pages entières qu’il récite ensuite le soir en veillée autour du feu… moins connu que les dirigeants successifs de la « Nouvelle culture européenne » d’expression française, Maurice Rollet appartient cependant à ses cadres primordiaux. En 1988, son ami Roger Lemoine, premier président du G.R.E.C.E., se décharge de sa fonction de chancelier qui lui revient tout naturellement à Maurice Rollet. Jusqu’à la fin, il assumera cette fonction considérable. il n’est pas anodin que dans les annexes qui suivent le Manifeste pour une renaissance européenne, dans la rubrique consacrée aux responsables fédéraux du G.R.E.C.E. arrive en premier le Chancelier. Celui-ci « est responsable de l’accueil des nouveaux adhérents lors de l’Assemblée générale et de l’animation des fêtes communautaires de l’association (2) ».


Travaillant dans une clinique de l’Ouest parisien, Maurice Rollet se retrouve médecin personnel de Jean-Marie Le Pen et de ses filles. En outre, sa venue dans la capitale le conduit à entrevoir une seconde carrière complémentaire dans le spectacle et le cinéma. En 1980, il joue dans Le Rebelle, un film de Gérard Blain. En 1987, il composera la musique d’un autre long métrage de ce réalisateur, Pierre et Djemila. C’est par la composition musicale qu’il investit le monde de la variété française, ce qui lui permet de côtoyer quelques vedettes de la chanson hexagonale. Mais ne maîtrisant pas tous les codes et connu pour sa franchise qui déstabilise ses interlocuteurs, il abandonne vite cette ambition et se recentre sur son activité médicale.

Parfois aux marges de la politique, il aurait pu y retomber en particulier au moment de l’irruption du F.N. Mais populiste, anti-libéral, révolutionnaire et pro-européen, Maurice Rollet s’en détourne vite. Son sens élevé de l’amitié qu’il cultivait en homme libre le fait secourir au milieu des années 1980 un vieil ami atteint d’un cancer, en cavale depuis 1977 : Albert Spaggiari. Sous un nom d’emprunt, Maurice Rollet l’inscrit dans sa clinique et essaye de le soigner. Il rendra publique son soutien à « Bert » à l’occasion d’un long reportage diffusé sur M6, puis au cours d’une invitation à un plateau télévisé de Marc-Olivier Fogiel quand sortit en 2008 le film de Jean-Paul Rouve Sans arme, ni haine, ni violence. En butte à la malfaisance médiatique et fort agacé par la prestation pitoyable de l’animateur et des autres invités, son retour nocturne à Marseille se solda par un grave accident automobile.

À la fin de la décennie 1980, il quitte la clinique francilienne, se réinstalle à Marseille et redevient médecin généraliste dans les quartiers Nord où sa prestance, son fort tempérament et sa connaissance de l’arabe le font vite respecter de ses patients. Dans le même temps, il prend la présidence de l’association Domus Europa laissée en déshérence depuis la disparition de Jacques Fulaine. lointaine héritière du Cercle européen de Provence des années 1970 qu’animait déjà Maurice Rollet, elle s’occupe du château de Roquefavour, un grand mas de l’arrière-pays aixois.

Assisté des amis de bonne volonté, Maurice Rollet fait renaître la Domus en y organisant fêtes traditionnelles et réunions fréquentes. Il relance en particulier les universités d’été du G.R.E.C.E. : souvent la dernière semaine d’août riche en conférences, en travaux pratiques, en vie communautaire et en découvertes patrimoniales locales. Très vite, ces universités d’été connaissent un franc succès avec des délégations européennes venues de Flandres, d’Italie, d’Allemagne, du Portugal, d’Autriche, de Grande-Bretagne, de Wallonie, d’Espagne, de Roumanie, de Croatie, du Danemark, soit près de cent trente participants, ce qui posa parfois de graves problèmes d’intendance et de logistique.

Pendant cette intense semaine, le Chancelier exerçait en outre la redoutable fonction de « prévôt » afin de garantir le bon déroulement de l’intense programme des activités. Il n’hésitait pas, s’il le fallait, à rugir depuis sa chambre surtout après l’extinction des feux à 22 h 00. Il tançait alors les inévitables noctambules qui discutaient encore vivement à minuit dans la nuit fraîche provençale sous ses fenêtres…

Entre deux universités d’été annuelles, Maurice Rollet déploie une vive activité éditoriale avec L’Âtre, le bulletin du cercle provençal en faveur des « activités de Tradition et de Renaissance européenne » et en parrainant la revue Roquefavour. Il intègre bientôt le comité de rédaction du trimestriel Éléments et est fait membre d’honneur du mouvement Terre et Peuple de son ami Pierre Vial.  Par ailleurs, Maurice Rollet s’affaire en faveur de la reconnaissance des religions ethniques et autochtones d’Europe : le paganisme qu’il préfère nommer « foi native ». En 1991, il publie un recueil de poésie (3) dans lequel on  retrouve cet esprit européen, rebelle et païen qui interpelle immédiatement n’importe quel lecteur sensible. Patrick Peillon, à l’époque patron d’émission à Radio Courtoisie, l’invite une heure et demie durant à exposer cette spiritualité méconnue. Éblouissant et charmeur, Maurice Rollet déclenche néanmoins une bronca d’auditeurs quand il se met à chanter au micro « Louise », son hommage à Louise Michel, une sympathique provocation à l’égard de l’auditorat résolument conservateur de la radio. C’était un anti-bourgeois conséquent.

Au début des années 2000, des contacts s’établissent entre la Domus et des cercles païens d’Europe (de Lituanie, de Scandinavie et d’Islande). S’organise une coordination païenne européenne qui débouche sur le W.C.E.R. (Congrès mondial des religions ethniques). Païen, cet ami de Robert Dun l’est pleinement. Il se revendique fièrement polythéiste et conçoit sa foi native comme une manifestation écologiste, harmonieuse, esthétique, tolérante, régionale et européenne. Ses poèmes ainsi que les textes qu’il a donnés au Dr Merlin pour qu’il les chante dans Soleil de Pierre (1993), soulignent cette permanence charnelle et enracinée. Son paganisme (il détestait ce terme) explique son régionalisme provençal qui ne coïncidait pas avec l’occitanisme convenu.


Invité à Radio Courtoisie, le 16 mars 2010, au « Libre-Journal des Enjeux actuels » d’Arnaud Guyot-Jeannin pour une émission consacrée au « Régionalisme a-t-il un avenir vu des régions ? », l’auteur de ces lignes conclut la discussion en récitant peut-être le plus beau poème de Maurice rédigé dans l’urgence pour le n° 4 de Flamme en 1975 et qui fut repris bien plus tard par l’ami P.G.L. à l’occasion du repas de clôture d’une université d’été avec verve et brio, 

« L’accent » :

« Un arbre, une forêt, un val, un paysage
Les odeurs de la terre, mouillée après l’orage
Et la pente des toits, les lourds troupeaux paissant
C’est tout cela qu’on voit dans le chant d’un accent.

Un costume, une coiffe, des brocards, des dentelles
Des rubans et des robes, dansant avec des vielles
Bourrée, gavotte et ronde, ou bien hymne puissant
C’est tout cela qu’on dit dans le chant d’un accent.

Un drapeau, un emblème, les armes des Provinces
La légende et l’histoire, les héros et les princes
Ce que disent les pierres à l’étranger passant
C’est tout cela qui parle dans le chant d’un accent.

Des ancêtres connus, des racines antiques
Une lignée féconde, des noms sur un portique
Tout l’honneur de nos pères, l’héritage du sang
C’est tout cela qui vit dans le chant d’un accent. »

Toujours bienveillant envers ses cadets, Maurice Rollet aimait les stupéfier par de nombreuses anecdotes recueillies au cours d’une vie démultipliée. Il ne souhaitait pas, le moment fatidique venu, de pleurs, ni de chagrins. Plusieurs fois, il insista pour qu’il y ait au contraire de la bonne humeur, des rires et des chants. Désormais, ses cendres gisent sous ce Soleil de Pierre, gardien de la Domus.

Son président a rallié le vol des oies sauvages et rejoint près de l’Étoile polaire une phalange composée de Dominique Venner, Jean-Claude Valla, Jean Mabire, Roger Lemoine, Jacques Fulaine, Jacques Bruyas, Ferdinand Ferrand, Jean-Claude Jacquard… Maurice Rollet, à l’œil pétillant et malicieux, demeurera à jamais un exemple de maintien dans l’adversité de cet âge sombre. Comme le chantent les derniers mots des Oies sauvages :

« Murmure-nous si nous tombons
La dernière prière.  »

Maurice Rollet cingle maintenant aux mers lointaines…

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Maurice Rollet, « Nous étions douze », dans Collectif, Le Mai 68 de la nouvelle droite, Le Labyrinthe, Paris, 1998, p. 136.

2 : Manifeste pour une renaissance européenne. À la découverte du G.R.E.C.E. Ses idées. Son histoire. Son organisation, G.R.E.C.E., Paris, 2000, p. 97.

3 : Maurice Rollet et Perig Kerys, Des Rimes et des Runes, Éditions Pyrene, préface d’Alain de Benoist, Saint-Avit Rivière, 1991.

La mort par Docteur Merlin
video

LA MORT
(Paroles et musique : Dr Merlin)

Si on parlait un peu de ma mort
Mes amis
Bien qu'il me reste des choses encore
A faire dedans ma vie
Ne laissez pas mes abattis
Pourrir sous une croix
S'il vous plaît mes amis
Faites ça pour moi

Refrain 1
Et faites de mon corps
Une grande flambée
Et versez sans remords
Le vin, les grains de blé
Mettez-vous à chanter
Et buvez de bons coups
Par tout ce que j'ai fait
Je reste parmi vous

On n'a pas le temps de s'aimer
On n'a pas le temps de vivre
Faut déjà penser à s'en aller
Déjà les blés sont semés
Déjà je les vois mûrir
Aurons-nous le temps de récolter ?

Déjà plusieurs de mes copains
S'en sont allés
Mais ils me tiennent par la main
Ils sont à mes côtés
Et tant qu'on parle d'eux
Ils sont toujours vivants
Place libre au milieu
Pour leurs enfants.

Refrain 2
On a fait de leurs corps
Une grande flambée
Et versé sans remords
Le vin, les grains de blés
On s'est mis à chanter
On a bu de bons coups
Par tout ce qu'ils ont fait
Ils restent parmi nous

Et chacun d'entre nous un jour
Va tout quitter
Le combat, les copains, l'amour
Il faudra tout laisser
Bien sûr c'est pas marrant
Oui mais en attendant
On peut mourir demain
On r'grettera rien

Refrain 3
Et faites de nos corps
Une grande flambée
Et versez sans remords
Le vin, les grains de blés
Mettez-vous à chanter
Et buvez de bons coups
Par tout ce qu'on a fait
On reste parmi vous.

Christophe Lespagnon alias "Docteur Merlin"



Voir aussi les autres articles de ou sur Maurice Rollet sur ce blog le lien : Libellé : Maurice Rollet

Voir aussi l'hommage sur le blog Alain de Benoist, le lien : Hommage à Maurice Rollet

mercredi 29 janvier 2014

Le naufrage linguistique de la pensée

Article publié initialement sur Facebook le 29 janvier 2014


A Pierre Cervantès, un ami de Guyane, amoureux de la langue française et dont l'accent occitan orne comme un panache la noblesse d'une liberté de pensée aux cathares accents.


Réflexions éparses autour de l'accent...


"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement  
Et les mots pour le dire arrivent aisément." 
Nicolas Boileau-Despréaux 1674

De retour de villages sur l'Oyapock, l'accent artificiel des médias américanisés polluait encore mes souvenirs de ces rencontres auprès des communautés sous influence de la Guyane française. Et pour échapper à cette globalisation rampant même jusque sous les carbets amérindiens aux toitures de palmes, j'ouvrais au bord du fleuve guyanais... la connexion internet ! Un comble !

Allant comme d'habitude me ressourcer sur la page du Groupement de Recherche et d'Etudes pour la Civilisation Européenne, remarquablement bien animée (le lien : ICI), je lisais un article partagé de Georges Feltin Tracol sur la disparition récente de Maurice Rollet, et dans lequel un poème de ce dernier est présent, et chantant la diversité des accents... 
Il n'y a pas de hasard... et cette coïncidence m'encouragea à ces quelques réflexions éparses.



L'uniformisation du monde, cette "idéologie du même" dénoncée par Alain de Benoist est effrayante ! Quand bien même serait-elle qualitative que je la refuserais avec véhémence... Une grande partie de la jeunesse de nos patries charnelles est en train de sombrer dans une médiocrité banale, misérable écho consommé d'une culture superficielle étrangère et déracinée.

La Guyane est un territoire unique, possédant une diversité naturelle et humaine extraordinaire ! Imaginez: pas moins de 22 langues sont présentes dans cet arc en ciel de communautés partageant une destinée commune dans une nature majestueuse préservée.

Mais, peut-on encore parler de diversité culturelle et linguistique ?

Car, si le visiteur peut être étonné d'entendre le guyanais passer parfois avec une facilité déconcertante du français au portugais, du portugais au srana tongo (langue des descendant des esclaves fugitifs hollandais), du"taki taki" au créole etc... force est de constater (comme ailleurs) un appauvrissement vertigineux de la maîtrise de ces langues par les jeunes locuteurs, hypnotisés par l'image et lobotomisés par la novlangue étasuniennes, expressions d'une pensée unique liberticide.

Le "style" des rappeurs envahit l'univers de la jeunesse au point d'en devenir la référence unique donc dangereuse. Une gestuelle réduite, mécaniquement adoptée, ou la mode du pantalon abaissé stupide jusqu'à handicaper la marche, sont des exemples d'imitations mécaniques soumises au phénomène de mode sur fond de consommation hystérique et dont l'origine délétère voire grossière échappe même à leurs perroquets...

Mais revenons à la langue parlée : avec la bénédiction des programmes maçonniques de l'éducation nationale, elle s'est vidée de ses origines historiques, de sa richesse syntaxique et de la diversité de son vocabulaire. 
Je n'ose même pas aborder ici la langue écrite qui, abandonnée par le peuple s'est élitisée dangereusement, offrant ainsi un contrôle plus facile des pensées libres et diverses à travers les médias audiovisuelles soumises à la censure du pouvoir.
La jeunesse dérive donc vers un appauvrissement des connaissances, une disparition du sens critique et un barbarisme langagier qui s'accompagnent, non sans effet de causalité, par un ensauvagement des comportements sociaux.

Tout devient uniforme, médiocre et surtout déraciné, l'homme n'est plus qu'un consommateur cloné, à l'esprit et aux comportements conditionnés par une addiction consumériste narcissique; et le monde virtuel des écrans et des portables devient une sorte d'exil paradisiaque artificiel. Il n'y a plus d'autres humains, dans le sens de la différence de soi, juste des consommateurs autres...  
Et l'autre d'ailleurs est soit évité soit violemment affronté car son incompréhension génère au mieux la gène ou la fuite au pire, la peur, l'intolérance et la violence... Il n'y a qu'a regarder les activités puériles et égocentriques "partagées" sur Facebook par la plupart de ces jeunes, qui subissant  leur asservissement au monde moderne avec la satisfaction d'une insatisfaction permanente, en ont oublié d'être de vrais rebelles, au sens jüngérien du "recours aux forêts". Le ghetto devient mondial...

Le fond et la forme sont indissociables de la pensée, constatait Boileau, et aujourd'hui dans cette société du paraître, l'être disparaît progressivement de la personnalité, seul compte le "style" réduit à une exhibition d'objets de consommation futiles et éphémères. Or fond et forme dans leur fusion harmonieuse s'enrichissent mutuellement et la disparition ou le recul de l'une appauvrit à terme l'autre, jusqu'au naufrage total de l'être.

Ainsi en est-il selon moi de la "novlangue"décadente de la jeunesse déracinée 

En Guyane, je suis effrayé lorsque, remontant le Maroni ou l'Oyapock sur plusieurs jours, j'entends ce faux accent new-yorkais envahir les conversations des jeunes, aux sujets limités sur des préoccupations futiles et égocentriques. Et tandis que la langue portée par la finesse grammaticale et cousue de sagesse populaire des "anciens" hommes libres, laisse la place aux borborygmes hachés des jeunes revenus en esclavage, je suis envahi par une nostalgie rageuse. 

Car me reviennent les souvenirs des accents qui fleurissaient les marchés de France et d'Outre mer, et qui dans une même langue adoptée, pendant un moment d'échange, proposaient aux locuteurs de partager la diversité et la beauté du monde.... L'accent pointu et chantant n'est pas qu'une broderie phonétique qui colore une langue, il l'enracine dans une personnalité plus grande que son locuteur ouvrant ainsi l'interlocuteur à une autre identité et perception du monde.

La survie d'une espèce dépend de sa capacité à s'adapter et cette dernière n'existe que si une diversité est maintenue. Cette évidence décrite par l'éthologie est valable aussi pour l'Homme, qui retrouve son évolution mentale et même physique mises en danger par l'uniformisation du monde.

Mais revenons à la langue native et à son accent coloré et laissons au regretté Maurice Rollet le soin de les chanter : 


L'accent

« Un arbre, une forêt, un val, un paysage
Les odeurs de la terre, mouillée après l’orage
Et la pente des toits, les lourds troupeaux paissant
C’est tout cela qu’on voit dans le chant d’un accent.

Un costume, une coiffe, des brocards, des dentelles
Des rubans et des robes, dansant avec des vielles
Bourrée, gavotte et ronde, ou bien hymne puissant
C’est tout cela qu’on dit dans le chant d’un accent.

Un drapeau, un emblème, les armes des Provinces
La légende et l’histoire, les héros et les princes
Ce que disent les pierres à l’étranger passant
C’est tout cela qui parle dans le chant d’un accent.

Des ancêtres connus, des racines antiques
Une lignée féconde, des noms sur un portique
Tout l’honneur de nos pères, l’héritage du sang
C’est tout cela qui vit dans le chant d’un accent. ». 

Maurice Rollet 


Certains me traiteront de "vieux blanc réac", et pourtant ce n'est pas un retour en arrière que je réclame, bien au contraire, mais une révolution conservatrice restituant les valeurs garantissant à la fois nos identités mais aussi nos libertés et donc la richesse de nos échanges. Ces valeurs n'appartiennent à aucun passé, pas plus qu'à aucun avenir particulier, elles sont là tout simplement car natives d'un territoire défini naturellement, et auxquelles elles se sont adaptées. 

Ces valeurs éternelles, c'est la Tradition, ce que Dominique Venner appelait "le murmure des temps anciens et du futur" et qui traversant ainsi le temps, garantit la survie de l'Homme et son évolution dans la diversité de ses libertés. 

Erwan Castel, Saint Georges de l'Oyapock le 29 janvier 2014