samedi 25 janvier 2014

24 janvier, les barricades de la colère

La partie de "poker menteur" du général de Gaulle


Le 24 janvier 1960 commence à Alger un soulèvement qui durera jusqu'au 1er février. Appelée "la semaine des barricades", cette insurrection qui fera 22 morts et 150 blessés graves a été  provoquée par le rappel à Paris du Général Massu qui avait partagé l'inquiétude d'une grande partie de la population qui était opposée à l'éventualité d'un processus d'autodétermination et de sécession de l'Algérie.

"Quoi que l'on pense du bien-fondé de l'indépendance unilatérale de l'Algérie, personne ne pourra jamais justifier la comédie tragique des mois précédents le putsch, sur le plan de l'éthique élémentaire et de la responsabilité humaine. Pendant plusieurs mois, nous avons été les victimes d'un mensonge organisé, martelé et à mon sens, monstrueux. Les hommes d'appareils se plaisent bien sûr a répéter que les promesses n'engagent que ceux qui les croient. cependant, le double langage en Algérie atteignit à l'époque des sommets que l'on a du mal à restituer aujourd'hui. en 1960, le général De Gaulle, lui même nous a ainsi juré: "Moi vivant, jamais le drapeau vert et blanc du FLN ne flottera sur Alger !" alors qu'il avait déjà décidé d'engager des pourparlers avec le GPRA !" (Gouvernement provisoire de la République algérienne)

Hélie Denoix de Saint Marc
"Mémoires, les champs de braise" Perrin 1995

LA BATAILLE D'ALGER 

L'Algérie vit une mutation depuis plusieurs années sur fond de lutte armée menée par les indépendantistes qui se replient dans les villes et les attentats terroristes aveugles à partir de 1956. Pour pacifier Alger, victime de vagues d'attentats de plus en plus meurtrières, le 4 janvier 1957, le président du Conseil Guy Mollet décide de confier au général Massu les pleins pouvoirs civils et militaires.
C'est "la bataille d'Alger" où l'armée va combattre les poseurs de bombes jusqu'à user de méthodes certes que la morale réprouve mais qui s'avèrent rapides et efficaces. L'organisation algéroise du FLN, qui commet au printemps 1957 une moyenne de 800 attentats par mois est progressivement démantelée jusqu'à la mort de son dernier chef "Ali la pointe" en octobre 1957. L'Etat français reprend la main dans la question algérienne...

LE COUP D'ÉTAT DU 13 MAI 1958

Le gouvernement en France fragilisé par les opérations de Suez en Egypte et Sakiet Sidi Youssef en Tunisie traverse une grave crise et décide d'opter vers des négociations avec le FLN en nommant Pierre Pflimlin comme président du Conseil.
Le 13 mai 1958, un coup d'Etat est mené à Alger par le "groupe des sept" mené par le député Pierre Lagaillarde et soutenu par la division du général Massu. Un Comité de Salut public constitué d'européens et d'algériens est composé, la référence à De Gaulle réunit les différents protagonistes. Puis un deuxième Comité de salut public est formé en Corse, et la menace d'une opération militaire sur Paris incite le président René Coty a faire appel à De Gaulle à qui il transmet le pouvoir exécutif le 1er juin 1958, mettant ainsi fin à la IV° République. 

Le 4 juin 1958, De Gaulle en visite à Alger, promet le maintien de l'Algérie française (le fameux "je vous ai compris !") mais le 16 septembre 1959, il évoque le « droit des Algériens à l'autodétermination »... 

L'AFFAIRE MASSU

Une grande de la population algérienne, européenne et musulmane, ainsi qu'une grande partie de l'armée française engagée depuis 5 ans dans la lutte contre les terroristes du FLN se sentent trahis par le pouvoir. Le 18 janvier 1960, le Général Massu, rompt son devoir de réserve dans une interview officielle,  en mettant en doute l'efficacité de la politique du gouvernement en Algérie : « De Gaulle était le seul homme à notre disposition. Peut-être l'armée a-t-elle fait une erreur » Il est relevé de son commandement rappelé immédiatement à Paris.

Pierre Lagaillarde, député et officier parachutiste de réserve, dirige l'insurrection du 24 janvier au 1er février 1960 

LES BARRICADES

Sur place, où Massu est considéré comme le héros de la bataille d'Alger et du coup d'Etat de 1958, son limogeage provoque une insurrection.

Le 24 janvier, la manifestation mène les insurgés dans le centre d'Alger où ils dressent des barricades autour de l'Université tenues par Pierre Lagaillarde et de la Compagnie algérienne où Joseph Ortiz annonce que « L'Algérie doit choisir, être française ou mourir ».
Vers 18h00 une fusillade éclate rue Pasteur causant la mort de 14 gendarmes et 8 manifestants... L'arrivée du 1er REP met fin à la fusillade.

Paul Delouvrier, délégué général  et le général Challe, chef des Armées en Algérie cherchent une sortie de crise pacifique, évitant d'engager une armée qui marque une sympathie pour la cause des insurgés. Ils se replient sur la base aérienne de Reghaïa à l'Est d'Alger.

Le 29 janvier, le général De Gaulle intervient à la télévision exhortant l'armée à ne pas rejoindre l'insurrection. Les Unités territoriales quittent progressivement les barricades, l'épreuve de force laisse la place aux négociations. 

Le 1er février les derniers insurgés se rendent aux légionnaires parachutistes du 1er REP qui leur rendent les honneurs. Le procès des meneurs se tient à Paris au mois de novembre 1960 mais les accusés Pierre Lagaillarde et Joseph Ortiz s'enfuient à Madrid en Espagne où, en décembre,  ils fondent l'Organisation Armée Secrète (OAS)

L'ESCALADE

Cette semaine des barricades est décisive, pierre d'achoppement entre le coup d'Etat de 1958 et le Putsch de 1961, elle ouvre le dernier acte de la guerre d'Algérie et jette un désarroi au sein de la population algérienne et jusque dans les rangs de l'armée française qui se sentent légitimement abandonnées.


"Quelque chose de vital et de définitif s'est alors cassé en nous, qui ne revivra plus jamais. On peut discuter sans fin de l'indépendance. En soi elle ne me choquait pas, à condition de respecter les droits de chacun. Mais cette indépendance là fut plus douloureuse qu'une amputation. 
La France a laissé dans l'affaire une part de son âme et de son génie propre. Elle s'est abaissé à des actes monstrueux : non assistance à des hommes en danger de mort, livraison d'innocents, mensonges d'Etat. Elle a cru donner la liberté à un peuple en la donnant à un clan. elle a condamné l'Algérie aux convulsions des nations bâties sur un malentendu"

Hélie Denoix de Saint Marc
"Mémoires, les champs de braise" Perrin 1995


La fracture entre l'Algérie et la métropole est consommée, et la population d'Algérie déchirée s'apprête a son sacrifice ... 

Et aujourd'hui, sous le sel de la trahison, certaines blessures saignent toujours...


Erwan Castel, Cayenne le 24 janvier 2014


"Alger s'est levée contre l'abandon"

Jean Pax Méfret chante "Les barricades"
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