mercredi 29 janvier 2014

Le naufrage linguistique de la pensée

Article publié initialement sur Facebook le 29 janvier 2014


A Pierre Cervantès, un ami de Guyane, amoureux de la langue française et dont l'accent occitan orne comme un panache la noblesse d'une liberté de pensée aux cathares accents.


Réflexions éparses autour de l'accent...


"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement  
Et les mots pour le dire arrivent aisément." 
Nicolas Boileau-Despréaux 1674

De retour de villages sur l'Oyapock, l'accent artificiel des médias américanisés polluait encore mes souvenirs de ces rencontres auprès des communautés sous influence de la Guyane française. Et pour échapper à cette globalisation rampant même jusque sous les carbets amérindiens aux toitures de palmes, j'ouvrais au bord du fleuve guyanais... la connexion internet ! Un comble !

Allant comme d'habitude me ressourcer sur la page du Groupement de Recherche et d'Etudes pour la Civilisation Européenne, remarquablement bien animée (le lien : ICI), je lisais un article partagé de Georges Feltin Tracol sur la disparition récente de Maurice Rollet, et dans lequel un poème de ce dernier est présent, et chantant la diversité des accents... 
Il n'y a pas de hasard... et cette coïncidence m'encouragea à ces quelques réflexions éparses.



L'uniformisation du monde, cette "idéologie du même" dénoncée par Alain de Benoist est effrayante ! Quand bien même serait-elle qualitative que je la refuserais avec véhémence... Une grande partie de la jeunesse de nos patries charnelles est en train de sombrer dans une médiocrité banale, misérable écho consommé d'une culture superficielle étrangère et déracinée.

La Guyane est un territoire unique, possédant une diversité naturelle et humaine extraordinaire ! Imaginez: pas moins de 22 langues sont présentes dans cet arc en ciel de communautés partageant une destinée commune dans une nature majestueuse préservée.

Mais, peut-on encore parler de diversité culturelle et linguistique ?

Car, si le visiteur peut être étonné d'entendre le guyanais passer parfois avec une facilité déconcertante du français au portugais, du portugais au srana tongo (langue des descendant des esclaves fugitifs hollandais), du"taki taki" au créole etc... force est de constater (comme ailleurs) un appauvrissement vertigineux de la maîtrise de ces langues par les jeunes locuteurs, hypnotisés par l'image et lobotomisés par la novlangue étasuniennes, expressions d'une pensée unique liberticide.

Le "style" des rappeurs envahit l'univers de la jeunesse au point d'en devenir la référence unique donc dangereuse. Une gestuelle réduite, mécaniquement adoptée, ou la mode du pantalon abaissé stupide jusqu'à handicaper la marche, sont des exemples d'imitations mécaniques soumises au phénomène de mode sur fond de consommation hystérique et dont l'origine délétère voire grossière échappe même à leurs perroquets...

Mais revenons à la langue parlée : avec la bénédiction des programmes maçonniques de l'éducation nationale, elle s'est vidée de ses origines historiques, de sa richesse syntaxique et de la diversité de son vocabulaire. 
Je n'ose même pas aborder ici la langue écrite qui, abandonnée par le peuple s'est élitisée dangereusement, offrant ainsi un contrôle plus facile des pensées libres et diverses à travers les médias audiovisuelles soumises à la censure du pouvoir.
La jeunesse dérive donc vers un appauvrissement des connaissances, une disparition du sens critique et un barbarisme langagier qui s'accompagnent, non sans effet de causalité, par un ensauvagement des comportements sociaux.

Tout devient uniforme, médiocre et surtout déraciné, l'homme n'est plus qu'un consommateur cloné, à l'esprit et aux comportements conditionnés par une addiction consumériste narcissique; et le monde virtuel des écrans et des portables devient une sorte d'exil paradisiaque artificiel. Il n'y a plus d'autres humains, dans le sens de la différence de soi, juste des consommateurs autres...  
Et l'autre d'ailleurs est soit évité soit violemment affronté car son incompréhension génère au mieux la gène ou la fuite au pire, la peur, l'intolérance et la violence... Il n'y a qu'a regarder les activités puériles et égocentriques "partagées" sur Facebook par la plupart de ces jeunes, qui subissant  leur asservissement au monde moderne avec la satisfaction d'une insatisfaction permanente, en ont oublié d'être de vrais rebelles, au sens jüngérien du "recours aux forêts". Le ghetto devient mondial...

Le fond et la forme sont indissociables de la pensée, constatait Boileau, et aujourd'hui dans cette société du paraître, l'être disparaît progressivement de la personnalité, seul compte le "style" réduit à une exhibition d'objets de consommation futiles et éphémères. Or fond et forme dans leur fusion harmonieuse s'enrichissent mutuellement et la disparition ou le recul de l'une appauvrit à terme l'autre, jusqu'au naufrage total de l'être.

Ainsi en est-il selon moi de la "novlangue"décadente de la jeunesse déracinée 

En Guyane, je suis effrayé lorsque, remontant le Maroni ou l'Oyapock sur plusieurs jours, j'entends ce faux accent new-yorkais envahir les conversations des jeunes, aux sujets limités sur des préoccupations futiles et égocentriques. Et tandis que la langue portée par la finesse grammaticale et cousue de sagesse populaire des "anciens" hommes libres, laisse la place aux borborygmes hachés des jeunes revenus en esclavage, je suis envahi par une nostalgie rageuse. 

Car me reviennent les souvenirs des accents qui fleurissaient les marchés de France et d'Outre mer, et qui dans une même langue adoptée, pendant un moment d'échange, proposaient aux locuteurs de partager la diversité et la beauté du monde.... L'accent pointu et chantant n'est pas qu'une broderie phonétique qui colore une langue, il l'enracine dans une personnalité plus grande que son locuteur ouvrant ainsi l'interlocuteur à une autre identité et perception du monde.

La survie d'une espèce dépend de sa capacité à s'adapter et cette dernière n'existe que si une diversité est maintenue. Cette évidence décrite par l'éthologie est valable aussi pour l'Homme, qui retrouve son évolution mentale et même physique mises en danger par l'uniformisation du monde.

Mais revenons à la langue native et à son accent coloré et laissons au regretté Maurice Rollet le soin de les chanter : 


L'accent

« Un arbre, une forêt, un val, un paysage
Les odeurs de la terre, mouillée après l’orage
Et la pente des toits, les lourds troupeaux paissant
C’est tout cela qu’on voit dans le chant d’un accent.

Un costume, une coiffe, des brocards, des dentelles
Des rubans et des robes, dansant avec des vielles
Bourrée, gavotte et ronde, ou bien hymne puissant
C’est tout cela qu’on dit dans le chant d’un accent.

Un drapeau, un emblème, les armes des Provinces
La légende et l’histoire, les héros et les princes
Ce que disent les pierres à l’étranger passant
C’est tout cela qui parle dans le chant d’un accent.

Des ancêtres connus, des racines antiques
Une lignée féconde, des noms sur un portique
Tout l’honneur de nos pères, l’héritage du sang
C’est tout cela qui vit dans le chant d’un accent. ». 

Maurice Rollet 


Certains me traiteront de "vieux blanc réac", et pourtant ce n'est pas un retour en arrière que je réclame, bien au contraire, mais une révolution conservatrice restituant les valeurs garantissant à la fois nos identités mais aussi nos libertés et donc la richesse de nos échanges. Ces valeurs n'appartiennent à aucun passé, pas plus qu'à aucun avenir particulier, elles sont là tout simplement car natives d'un territoire défini naturellement, et auxquelles elles se sont adaptées. 

Ces valeurs éternelles, c'est la Tradition, ce que Dominique Venner appelait "le murmure des temps anciens et du futur" et qui traversant ainsi le temps, garantit la survie de l'Homme et son évolution dans la diversité de ses libertés. 

Erwan Castel, Saint Georges de l'Oyapock le 29 janvier 2014



Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont les bienvenus, à condition qu'ils ne soient pas diffamatoires et injurieux. Merci de respecter cette règle.