mardi 28 janvier 2014

Paganisme et monothéismes, tolérance et prosélytisme...

A propos de l'article " La haine des "nuques roides" "

L'article initial le lien : ICI

L'article publié le 27 janvier, a donné lieu sur Facebook à un échange de vues entre des amis chrétiens et païens prolongeant en quelque sorte par la querelle amicale une position revendiquant la légitimité de leur foi, sur le territoire européen. Je me suis permis une réponse précisant le fond de ma pensée de païen libre ayant reçu une chrétienne éducation :

Commentaires complémentaires à l'article 

Charles de Kermenguy, Laura Keffelec, Renato Iellina, je profite d’une pause pour parcourir les échanges réalisés et intéressants et vous répondre rapidement. Tout d'abord merci de participer avec passion à cet intéressant débat Je suis d'accord pour crever la polémique, surtout lorsqu’elle se crispe sur le passé. L’Histoire doit servir pour expliquer l’évolution des idées mais surtout permettre d'aborder le présent avec audace et l’avenir avec prudence. Pour ma part et sans revenir sur les agissements hégémoniques de l'église dans le passé, qui ne peuvent qu'être fermement condamnés par tous (et c’était le but de mon article sur les « nuques roides »,  je me positionne aujourd’hui sur deux réalités.

L'EUROPE PAÏENNE EST AUSSI  D'EXPRESSION CHRÉTIENNE

La première est historique et prend en compte la réalité d'une influence chrétienne dans l'histoire des derniers siècles européens, tant dans le domaine de la politique, de la pensée que des arts. Cette influence si elle peut (et doit) être critiquée et condamnée, elle est là, et participe aussi à notre héritage européen. La nier serait comme rejeter le créole au nom d'un anticolonialisme. 


LA PENSÉE PAÏENNE EST A LA FOIS TOLÉRANCE SACRÉE ET PENSÉE IDENTITAIRE

La deuxième réalité est plus d'ordre métaphysique et concerne les expressions stratifiées de la foi : ce sont les domaines du sacré, de la religion et de l'église. Or j'ai l'impression que la foi, dynamisme universel de la nature humaine connaît une "spéciation" avec les religions et une "définition" avec les églises...mais reste une expression spirituelle qui peut faire l'objet de longs débats théologiques passionnés et passionnants.  Je suis personnellement convaincu de la dimension native de la foi dans son expression nationale qui est adaptée à un territoire et  participe à l’identité culturelle de ses habitants.  Mais ici n’est pas mon propos. 
Non pour moi le plus important dans tous ces débats, la pierre d'achoppement si je puis dire mais qui peut devenir la pierre d'angle de nos positions modernes et convergentes, c'est LA TOLÉRANCE !

Les païens ont souffert d’une intolérance violente inouïe par le passé, et qui se prolonge souvent aujourd’hui par un mépris moderne, ensauvagent et archaïsant les pensées préchrétiennes et dont l’actualité relève plus d’une crispation anachronique stérile que d’une réalité vécue. Car si le christianisme ne doit son expansion que par rapport aux croyances païennes récupérées et combattues à la fois, ces dernières en revanche, antérieures aux monothéismes et n’ont  pas besoin d’exister par rapport à leur opposition ou imitation. 

Les plus grandes avancées universelles réalisées dans  le domaine de la pensée sont païennes, y compris dans le domaine de la connaissance scientifique (à l’époque ou science et sacré fusionnaient) Cette universalité n’a été possible que par un travail de compréhension et d’acceptation de la diversité sacrée de la vie, consécutive d’une tolérance intrinsèque. 
Si l’arrivée des monothéismes et de leurs églises en revanche est marquée du sceau du « dieu jaloux » et de l’ambition universaliste de ses clercs, je me refuse à verser dans cette intolérance dogmatique et cléricalisation de la foi, car comme le disait le regretté Maurice Rollet : « IL N’Y A PAS DE PAGANISME, IL N’Y A QUE DES PAIENS » .


L’'ENNEMI AUJOURD'HUI C'EST LE PROSÉLYTISME DE LA PENSÉE LAÏQUE

C'est pour cela qu'il est important quelle que soit l'expression choisie de sa foi de lutter contre le prosélytisme théologique sous toutes ses formes. Car le passé, s'il ne doit jamais tomber dans l'oubli ou la manipulation, reste le passé...et c'est vers l'avenir que nos regards doivent se tourner. Car aujourd'hui si préserver et développer sa foi est d'abord un engagement individuel et personnel, lutter contre l'intolérance et la pensée laïque dogmatisée est le vrai combat du présent. Personnellement, je suis païen donc tolérant y compris vis à vis des autres pensées religieuses étrangères à mon sol, du moment où elles restent "in-time" et ne cherchent pas à imposer à ma société des modes de vie ou de pensée différentes. 

LE COMBAT PRIORITAIRE AUJOURD'HUI EST AILLEURS : Je pense en effet, que la violence de l'intolérance monothéiste (à part chez les intégristes qu’il faut continuer de dénoncer et combattre) est un virus qui a infecté la pensée laïque et la politique moderne... Le prosélytisme et les dogmes les plus dangereux se sont aujourd'hui laïcisés dans les nouvelles croisades comme l'exportation violente de la démocratie ou la nouvelle évangélisation des droits de l'homme ! C'est là que nous devons nous rejoindre pour porter nos pensées et nos efforts ! Car le mondialisme et l'individualisme s'ils ont indéniablement des origines dans la pensée monothéiste, utilisant même, ses postulats et méthodes colonialistes renforcés par une société de consommation qui se veut "illimitée". Nous avons affaire à une théologie politique comme décrit si bien par Alain de Benoist et les inquisiteurs aujourd'hui sont plus dans les hémicycles des parlements et dans les conseils d'administration des banques et des médias que dans les temples et les chapelles ! Ils sont aujourd'hui les ennemis les plus mortels de nos identités naturelles... Mais c'est un autre débat et celui-ci bien qu'intéressant est déjà long... 

Bien à vous tous !

Erwan Castel, à Régina le 28 janvier 2014

Je distingue avec acuité le sentiment sacré individuel existant, de l’exégèse et l'organisation des églises. Les institutions chrétiennes ont par le passé récupéré d'autant plus facilement les éléments de notre foi païenne que cette dernière était intrinsèque de la culture et de l'âme des européens. 


DISTINGUER LE SENTIMENT SACRE INDIVIDUEL DE SA MANIPULATION RELIGIEUSE

Je condamne fermement les agissements du passé mais aussi le discours exclusif et prosélyte actuel des monothéistes. Mais pour ne pas tomber dans l'utilisation des mêmes postulats qui ont criminalisé leurs clergés. Prenons un exemple, la compassion est un sentiment naturel humain et dont les expressions peuvent même se retrouver dans le comportement animal. Christianiser la compassion, c’est l'enfermer dans une théologie anthropocentriste, et il faut faire attention en détruisant la prison de na pas détruire son prisonnier, mais bien de le libérer. J'ai croisé des hommes et des femmes dont l'expression monothéiste quotidienne et individuelle de leur foi et leurs comportements vis à vis de la Nature et des hommes sont tolérants et "païens". S'ils restent chrétiens juifs ou musulmans, c'est souvent par réflexe traditionnel dans leur histoire personnelle. Je ne cherche pas ici à "me faire l'avocat du diable" (c'est bien la seule définition chrétienne que l'on peut d'ailleurs donner au Vatican !) mais si les dogmes intolérants de l'église l'ont autorisé à condamner et détruire les païens pendant 2000 ans, ces mêmes dogmes seront également, n'en doutons pas, la cause de sa disparition. Car un dogme par définition ne peut évoluer ni même être discuter et il ne peut générer que l'obscurantisme et son écrasement à terme par la roue de pierre qu'est le temps mu par l'ordre naturel de la vie.


ABANDONNER LE CONCEPT LINÉAIRE DE L’HISTOIRE

Les monothéismes se distinguent et s’opposent aux polythéismes sur bien des points théologiques et pratiques, mais aussi sur une conception de l’Histoire différente et qui est une divergence fondamentale. De l’Histoire cyclique aristotélicienne ou la chronologie est infinie dans le passé comme dans l’avenir, nous avons été soumis à une définition finie et linéaire de l’Histoire coincée entre une naissance (année 0) et une parousie attendue et fatale.

Cette année 0 christique d’une histoire linéaire et divine, a imposé aux hommes un fatalisme et une amnésie historiques par plus de 1000 ans d’éducation scolaire religieuse (technique reprise depuis par l’école laïque de la république avec la Révolution française par exemple)

Or la vie est cycle et donc l’histoire est cyclique, depuis l’environnement jusqu’à la pensée humaine. Dire cela n’est pas fataliste, au contraire, car si l’histoire fait l’homme, c’est aussi l’Homme qui fait l’histoire ! Et il faut se libérer de cette conception linéaire, finie et surtout universalisée de l’histoire.
Chaque peuple à ses histoires et son Histoire, elle est ancienne et adaptée aux cycles du sanctuaire…

Nietzsche avait une vision sphérique de l’histoire échappant aux fatalismes antique ou chrétien, car il pensait que la volonté de l’Homme peut agir sur sa vie dans une direction choisie par lui. C’est toute la nuance entre destin et destinée…

Revenir à cette conception plurielle et naturelle de l’Histoire est nécessaire pour comprendre les idées et les faits qui nous ont construits mais surtout pour acquérir cette liberté de pensée qui nous permettra de donner un sens à notre avenir et notre vie.


« A CHACUN LA DÉCOUVERTE OU L’IGNORANCE » DE SON IDENTITÉ 

Ce qui fait la force de la foi païenne native c’est qu’elle est individuelle et libre pour sa définition, et nationale et localiste pour son aboutissement car le divin est autour de nous et l’âme individuelle et collective se gagne par des actes tout au long de sa vie , tout l’inverse du christianisme ou la définition de la foi est imposée par la communauté et son aboutissement est égoïste (notion du salut individuel) tandis que l’âme est un « don naturel « acquis de droit à la naissance . 
Les peuples avaient autrefois plusieurs dieux nationaux et la foi était une composante vitale de leur culture et de l’expression de leur identité. Avec les monothéismes les clercs ont voulu imposer un seul dieu pour toutes les nations. Le principe même est intolérant et individualiste, quant à son expression elle a été souvent intolérante et violente. Je ne reviendrai pas là-dessus, même si l’église (à l’inverse de beaucoup de chrétiens) refuse toujours de faire sa « mea maxima culpa ». 

Car si je ne veux ni combattre ni me soumettre sur le plan théologique, je cherche en revanche une cohérence identitaire dans mes pensées et mes actes, qui pour lutter contre le broyeur mondialiste recherchent dans les racines de ma terre ancestrale la force vitale libérant mon humanité asservie.
Or la prise de conscience identitaire (et je ne parle pas ici de recroquevillement sur soi, bien au contraire) nécessaire à retrouver une équilibre individuel par la restauration d’une identité collective en harmonie avec son territoire, ne peut exister sans une dimension métaphysique qui réunit dans une destinée commune l’ensemble du vivant (hommes et nature).

Cette métaphysiques de la vie sociale ne peut être que native pour ancrer une harmonie dans la pensée et les actes réalisées. Les croyances païennes sont les fruits d’une longue évolution de la pensée humaine basée sur le respect de la vie et du territoire où elle s’exprime. La forêt a ses dieux, l’océan a ses dieux, la plaine a ses dieux, c’est-à-dire la représentation (anthropomorphisée ou pas) de la relation respectueuse et vitale de l’Homme avec son environnement et lui-même. Voilà pourquoi je pense que le respect de ses racines demande un retour vers la foi native de son sol, et comme pour sa culture, à chacun le jour venu, « la découverte ou l’ignorance ».


Erwan Castel, à Régina le 29 janvier 2014

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