samedi 15 février 2014

15 février, le rêveur casqué

Je ne cherche ici, ni a provoquer (quoique...) ni à faire l'apologie d'une idéologie qui a marqué au fer rouge les peuples d'Europe et stigmatisé en le détournant, le rêve européen pour longtemps (je n'ai pas écrit toujours...) Non ici je cherche à réhabiliter l'Histoire, cette mère de la connaissance prise en otage par des idéologies manichéennes et dogmatiques et qui réduisent les hommes qui l'ont faite à la vision théologique simpliste d'un combat entre le Bien et le Mal.

Car la complexité de l'âme humaine conduit les hommes depuis des millénaires à entreprendre des "questes" de Graal extérieur et intérieur. Et cet engagement de l'Homme, aux frontières de la passion et de la folie, de l'amour et de la haine, mais toujours au delà de lui-même m'a toujours fasciné car c'est de lui que dépend la destinée de ce bipède étrange et fragile sorti de l'obscurité de la préhistoire et se lançant à la découverte des étoiles.


DE L'ENGAGEMENT DE LA JEUNESSE...

Le 15 février 2006, disparaissait Christian de la Mazière, un honnête homme que la bien pensance voua aux gémonies non pas parce qu'il avait défendu l'idée d'une Europe jusque dans le dernier carré d'un Berlin stigmatisé, mais parce qu'il  avait témoigner quelques années plus tard de cet engagement passionnel, sans jamais renier son rêve de jeunesse.

La SS fut un ordre institué par le IIIème Reich, mais aussi une institution militaire qui, dès l'entrée en guerre contre le bolchevisme, pris rapidement pris une dimension extra nationale, incarnant pour des millions de jeunes un idéal européen par delà l'idéologie politique dominante. Des milliers de jeunes s'engagèrent alors des fjords christianisés aux calanques islamisées pour faire revivre le rêve européen proposé alors et redonner à l'Europe une unité forte de sa diversité  
Cette dimension légionnaire de la SS ne doit pas être ignorée et les crimes commis par certaines de ses  unités ne doivent pas être cachés pas plus qu'ils ne doivent réduire l'engagement de plus d'un million d'hommes à la folie d'un seul.


Le rottenfürher Christian de la Mazière est né la même année que le commandant Hélie de Saint Marc. A l'âge de 18 ans,ils ne veulent pas rester sur les berges du torrent de l'Histoire. Il se jettent alors tous deux avec la fougue de leur jeunesse dans la tourmente. Ils auraient pu combattre côte à côte comme des frères d'armes mais le Destin va les séparer, l'un dans la Résistance française face à l'occupant nazi, l'autre dans la Résistance européenne face à l'invasion bolchevique. 

Nous vivons aujourd'hui une bien étrange période où le nouvel ordre mondial individualise les identités et les valeurs collectives et généralise les actions et les pensées individuelles.

Il est facile et surtout lâche aujourd'hui de juger les combattants à l'aune de la victoire. Si le criminel doit être condamné pour ses actes, les vaincus ne peuvent l'être au nom du simplisme de n'avoir pas gagné. 
Car l'Histoire n'est pas un western hollywoodien, où les gentils bons affrontent les affreux méchants. L'Histoire fait l'Homme mais elle est aussi faite par lui, et le Combat, dimension indissociable de sa Liberté, en est le moteur fragile et puissant à la fois.  
La guerre est donc à la croisée de toutes les passions humaines, faite par des hommes de chair et de sang, qui acceptent, "dans des territoires où rôde la Mort de se hisser à la pointe d'eux mêmes" et souvent de "faire le mal pour éviter le pire", affrontant la peur mais aussi l'inconnu de leur destinée.

De Saint Marc, de la Mazière : deux fils de France, deux frères d'Europe dressés l'un contre l'autre dans le vent de l'Histoire, mais qui partagent cependant de nombreuses valeurs humaines, tel que l'honneur, le sacrifice, et la fidélité, et le prix de la Liberté.


LA TENTATION CRIMINELLE DE LA GUERRE JUSTE

On peut ici souligner l'absurdité de la guerre Et cela est certainement vrai. Mais cette absurdité n'est qu'un autre mot pour désigner la complexité de la nature humaine, composée d'obscurité et de lumière indistinctes. L'absurdité selon moi réside plus dans la définition idéologique de la guerre, qui dépasse le cadre de sa réalité technique pour prendre une dimension métaphysique dont l'ampleur détruit la conception même du monde élaborée depuis des millénaires...

Le "jus in bello", où l'ennemi est défini par rapport à des actes menaçant une intégrité physique, territoriale ou un intérêt économique, engageant un état de guerre; a été remplacé progressivement par le "jus ad bellum", où l'ennemi est défini en fonction par rapport à une idéologie jugée contraire à des principes...
Cette "guerre juste" est devenue le socle idéologique légitimant par exemple les attaques "préventives" des USA à travers le monde.

L'interrogation quant à la définition intrinsèque de la guerre existe depuis l'antiquité, mais la sagesse des anciens, retenant l'impossibilité de définir une "causa justa" permanente dans le temps et l'espace avait refusé cette tentation idéologique de "guerre juste". 
Ce sont les pères de l'Eglise chrétienne, notamment Augustin d'Hippone, ce manichéen converti, qui légitiment l'idée d'une guerre juste "in principio" dans laquelle sa vision théologique du bien et du mal non seulement autorise mais légitime la violence. 
Ce principe aurait pu se limiter à une définition théologique de la guerre si ces mêmes pères de l'Eglise ne l'avaient subordonné à l' "auctoritas principis" qui accorde aux actions de la puissance publique, alors intimement liée au pouvoir religieux, une dimension sacrée.

Entremêlant alors leurs pouvoirs et leurs intérêts, "la maison de Dieu" et "la maison des hommes" fusionnent alors l'"ecclesia" et le "ratio" et les croisades sont menées aussi bien contre les "infidèles" que contre les opposants aux régimes.

Tant que le monde était encore composite, et les ambitions nationales, cette notion de "guerre juste" était limitée, par le principe de l'emploi de la force comme ultime recours ("ultima ratio") et d'une intention réelle déclarée et non cachée ("intentio recta"). Par ailleurs la guerre limitée dans l'espace et le temps s'achevait sur une paix dont les accords devaient être équitables pour toutes les parties ("Jus post Bellum")

La sécularisation de l'universalisme chrétien de la pensée, son prosélytisme, ont entraîné une illimitation de l'idéologie politique, et une dogmatisation de la raison d'Etat. L'ennemi humain a disparu de notre horizon et le mal incarné l'a remplacé dans le seul but de diviniser notre vision du monde. Après le nazisme, le communisme, c'est au tour du terrorisme (mot d'autant plus vague qu'il désigne un mode opératoire plus qu'une idéologie) de justifier une vision bipolaire du monde où celui qui ne partage pas la pensée unique doit se soumettre ou être exterminé.

Et lorsqu'une "juste justification" intervient, la condamnation alors se prolonge bien au delà de la victoire, et la qualification sans appel est redistribuée aux ennemis suivants, comme par exemple l’appellation de "terroristes" donnée tantôt aux guérillas de libérations, tantôt aux armées nationales défendant leurs territoires, selon les alliances du moment.


LE TERROIR, ANCRAGE DES RACINES ET DE L'ENGAGEMENT

L'Histoire des vainqueurs aime a rapporter une dimension idéologique élevée de l'engagement guerrier, cherchant ainsi, soit à justifier, soit à condamner une violence  pourtant partagée. Il n’empêche que la plupart des hommes et des femmes  s'engagent dans la guerre non par idéologie politique, mais lorsque leur sanctuaire est violé. Ainsi des pacifistes français qui partent défendre héroïquement  les tranchées en 1915, ou du communiste Staline qui appelle à défendre la "Sainte Mère Patrie" en 1942.  
Ce rapport à la terre de ses ancêtres et de ses enfants est peut-être la seule dimension métaphysique réelle, de l'engagement de l'Homme dans la guerre. si ce sentiment est universel, en revanche son expression est locale car elle ne défend pas des intérêts, mais d'abord des valeurs fondatrices d'une identité collective territoriale. 
Ce sentiment que l'on appelle le patriotisme domine à la guerre tous les autres, et parfois justifie l'inacceptable.

L'Honneur et la Fidélité ne sont pas des valeurs qui se déclinent selon les résultats des actes ou la couleur des drapeaux, elles nourrissent l'âme humaine et protègent l'Homme de sa faiblesse comme de sa force... 

"Honneur et Fidélité" sont le mortier de la dignité humaine, et tous les hommes, vainqueurs ou vaincus, engagés sur cette voie difficile méritent le respect.


Erwan Castel, à Cayenne le 15 février 2014


" Vous savez, je crois que quand on a 18 ans, il y a deux catégories de jeunes : il y a ceux qui ne veulent pas rester étrangers aux bouleversements  auxquels ils assistent,  et  ceux qui veulent tout simplement disons-le "se planquer; moi, par tempérament, par tradition familiale je faisais partie de la première catégorie. 

Et en effet il suffit de peu de chose quand on a 18 ans, que l'on n'a pas une personnalité encore entièrement formée, que l'on est plein de ferveur et d'enthousiasme, il suffit de peu de chose, il suffit d'un professeur d'histoire, il suffit d'un chef scout, il suffit d'un grand frère ou d'un père, pour vous "balancer" pour le reste de votre vie, dans un sens ou dans l'autre. 

Moi ça été un hasard, je n'aimais pas l'occupation et je n'aimais pas les allemands, bien que lorsqu'ils sont arrivés a bordeaux, ils m'aient fascinés, cette armée tout a fait extraordinaire m'a fasciné... mais je n'aimais pas leur présence sur mon sol et j' étais indigné par la défaite, cet effondrement de beaucoup de choses auquel nous avions assisté a 18 ans "   

Hélie Denoix de Saint Marc






LES DERNIERS COMBATTANTS DE BERLIN


Honneur et Fidélité


Écusson de la 33° division
d'infanterie de la Waffen SS,
la "division Charlemagne"
" Ce sont des mots que tu connais bien, puisque tu les as naguère salués et jurés, les deux doigts unis sur le bord du casque d’acier. Et comme disait l’autre: le plus difficile, ce n’est pas la bravoure qui ne dure que quelques instants fulgurants, mais la fidélité, qui, elle, se prolonge même au-delà de la mort, où nous restons unis à jamais, «compagnons de jeunesse, témoins des temps meilleurs», comme le disait en une admirable traduction Jacques Benoist-Méchin.

Notre dernière rencontre aura été singulière. Au moment où j’apprenais ta disparition et m’apprêtais à rédiger la chronique d’usage, on venait frapper à ma porte: c’étaient des hommes en uniforme – deux hommes et une femme, en l’occurrence le métier a ses charmes. Ils appartenaient au corps des sapeurs pompiers municipaux et venaient m’arracher à mon écritoire fraternelle pour m’emmener à l’hôpital de Saint-Malo, où j’avais, paraît-il, un rendez-vous urgent qui ressemblait fort au tien.

Tu connais le cirque: girophares, sirènes deux tons, brancard, piqûres, oxygène (bas les masques!), morphine. Je croyais qu’on venait me chercher pour te rejoindre. Mais tu étais parti sans m’attendre. Impatient comme toujours, de ton long pas de guerrier essoufflé. On s’est pas manqué de beaucoup. Dommage. Il y a des voyages que j’aurais aimé effectuer en ta compagnie.

Tu m’avais tant fait rêver avec tes vagabondages poméraniens. Au fait, pour ceux qui ne le savent pas, je n’étais pas là-bas, avec toi, là-haut, dans les neiges de février. J’ai seulement essayé de revivre en historien très amateur et fort romantique cette fabuleuse aventure que tu avais connue en des temps où n’étaient pas si nombreux ceux qui mettaient leur peau au bout de leurs idées, selon la formule.

Quelques années de différence, quelques mois même, peuvent vous exclure à jamais d’une grande expérience d’un siècle où l’on a manqué, souvent par les caprices du dieu hasard, ce qui marque le bout de la route ou les premiers pas dans le temps des souvenirs.

Donc, tu étais pour moi, ce qu’on nommait un survivant et ce qu’il a bien fallu, peu à peu, appeler un «ancien». Nous nous étions même croisés sans nous voir alors chez notre ami Philippe Héduy, à Verderonne ou Hardancourt, si ce n’est un soir dans le salon de Gréco où m’avait entraîné Roger Nimier pour m’y parler de Drieu La Rochelle dans l’embrasure d’une fenêtre aux lourds rideaux sombres (ou plutôt cramoisis comme auraient dit Barbey et Astruc). Je ne t’avais pas interrogé dans ma longue course fiévreuse qui m’emmenait alors, de témoin en témoin, dans tous les repaires de l’Hexagone. Nous publiions pourtant chez le même éditeur, Robert Laffont, moi en 1968, Les Hors-La- Loi, et toi en 1972, Le rêveur casqué. J’ai seulement été, alors, un de tes premiers lecteurs.

Tu étais pour moi un personnage quelque peu mystérieux avec ce goût surprenant des lunettes aux verres teintés en plein hiver et des vestes de cuir en plein été. Et puis il y avait tes cigares, du style Rockfeller plus que Krukenberg sans nul doute. Avec le temps, ton personnage de play-boy allait céder la place à une tout autre silhouette: celle d’un garçon encore jeune qui sacrifiait toute sa carrière médiatique pour rappeler dans une longue interview du Chagrin et de la Pitié, ce qu’avait été sa manière de vivre dangereusement.

On a eu tort sans doute de vouloir faire de ton livre un bouquin de guerre, alors qu’il était, très exactement, ce que les jeunes écrivains allemands de l’époque romantique appelaient un «roman de formation», à savoir la découverte par un adolescent de la vie et surtout de la mort. Et on a eu encore davantage tort d’y voir une sorte de plaidoyer pour quelque idéal politique. La raison pour laquellle tu as rejoint au mois d’août 1944 la Waffen SS y apparaît noir sur blanc. Tu étais alors journaliste et tu racontes la visite d’un jeune ouvrier dans ta salle de rédaction. «C’est en lisant vos articles» t’avait-il dit «que j’ai compris où était le chemin d’un avenir plus propre».

Et tu concluais, avec une implacable logique à la Saint-Just (ou à la Charlotte Corday): «Après avoir suivi mes convictions, il les avait devancées. J’étais lié à son choix. Si je ne voulais pas, un jour, vivre dans la crainte et la honte, je devais rejoindre son exemple. Et je sentis soudain qu’en moi, tout était joué». Quand tu es arrivé au camp de Wildflecken, tu découvres ce que tu nommes si bien «l’exigence visà-vis de soi-même». Et le geste même du salut, devient au sens crucial du terme, la manière d’accéder à un ordre où rien n’était facile, mais où tout était plus pur».


Waffen SS français sur le front de l'Est

Il fallait que ces choses soient dites. Tu les as dites. Et écrites. Et répétées. Pourtant, jamais, chez toi, de cette caricature puérile de la fidélité méprisante, mâchoire serrée, les yeux sombres fixés sur la ligne bleue de la Baltique. «C’était un rêve immense. J’en sais, aujourd’hui, les illusions et je mesure notre naïveté. Avec le recul des années, toutefois, je vois combien il pouvait séduire un jeune garçon en mal de révolution. Et ce qui était extraordinaire, c’est que ce renouveau surgissait en plein désastre, comme si celui-ci avait réveillé les forces vives».

Ce qui est extraordinaire, dans ton aventure, c’est de ne t’être jamais réclamé de grandes visions héroïques mais de la simple fidélité à une voie choisie une fois pour toutes, même si tant de routes diverses vous y avaient conduits. Le grand problème, ensuite, était de savoir si tu resterais l’homme d’un seul livre ou s’il était possible de rêver d’une suite au Rêveur. Il a fallu attendre 2003. Trente ans après! Même Alexandre Dumas ne nous avait pas laissé patienter si longtemps.

Quand Bernard de Fallois publia enfin Le Rêveur blessé, j’y consacrai dans cet hebdomadaire un article qui me valut un de ces coups de téléphone qui vous paye de toutes les affres du métier de critique. Je t’avais touché au coeur. Tu fus si enthousiasmé que je voudrais bien aujourd’hui en sauver quelques lignes: «Christian est toujours resté ce qu’on aime: «un type bien», même si ses activités professionnelles et ses liaisons surprenantes pouvaient parfois étonner ceux qui le découvraient tête nue, après avoir jeté son casque d’acier au hasard d’un fossé poméranien. Comme il avait du talent, de la ténacité, de l’entregent, il devait devenir un des meilleurs attachés de presse du monde du cinéma, côtoyant producteurs et vedettes. C’était possible au début des années cinquante; ce ne le serait plus aujourd’hui où se confondent souvent, comme un même double devoir, la mémoire et la haine. Ce livre de souvenirs par un très émouvant retour en arrière nous en apprend beaucoup sur son père et sur sa mère — sa brisure —, sur ses enfances varsovienne et saumuroise. Il y a des pages admirables sur le destin d’un enfant pris entre deux êtres et deux horizons, ce qui pourrait expliquer tout… Sur la fin de sa carrière, il revint au journalisme mais à l’envers, si l’on peut dire, passant du gigantesque Figaro Magazine à la minuscule Révolution européenne, avec la joie sans prix de celui qui croit retrouver sa jeunesse. D’ailleurs, il n’a jamais quitté cet âge».

Salut à toi, Bel-Ami de tous les combats.

A bientôt.

Ne marche pas trop vite.

Attends-moi."
Jean Mabire

National-Hebdo n. 1130 – 16/22 mars 2006


Christian de la Mazière (1922-2006)


"Le chagrin et la pitié" (extrait)
Documentaire franco-suisse - Printemps 1969




SUR LES WAFFEN SS FRANÇAIS DU FRONT RUSSE : 

Les SS français
L'Histoire en direct - France Culture 1989


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