vendredi 21 février 2014

Poèmes de nuit, poèmes de jour

Pour la page "POÈTES"

Publié initialement sur Facebook

LE CHANT DE LA TERRE...

Les vrais sages sont certainement les paysans et les soldats, car ils connaissent le prix de la souffrance quand leurs mains dégoulinantes de sueur ou de sang, s'accrochent à cette glèbe aimée pour laquelle ils sacrifient leur vie.

La Bretagne, cette terre naissante au milieu des griffures océanes est le creuset par excellence de ces deux races de seigneurs. A Traoñ an Dour, en Trégor, a vécu une poétesse dont la sagesse n'avait d'égale que l'humilité.

Modernes de France, retenez son nom : c'est Angela Duval, la bretonne paysanne, car elle est une des plus belles voix du Chant de la Terre, celui qui peut-être, si l'on y prête attention nous sauvera de notre folie suicidaire...


Breman, e brezhoneg da gentan, mar plich !


Barzhonegoù-noz — Barzhonegoù-deiz

Ma skrivan ouzh skeud va c’hleuzeur
Gwerzennoù digampost ha goullo
Gant an ibil munut-mañ diasur em dorn skuizh
Ma skrivan da noz war gein goleier lizhiri
Barzhonegoù dister : brizhvarc’hadourezh
Na gaver enno nemet bleunioù gouez…
Hag ur vruzhunenn karantez.
Rak kement-mañ a ran evit ar re a garan.

Skrivañ ’ran, avat, barzhonegoù all
N’eo ket ouzh skeud ar c’hleuzeur
Met ouzh sked an heol
N’eo ket war gein goleier lizhiri
Hogen war vruched noazh an Hini a garan
War groc’henn noazh ar Vro a garan
N’eo ket gant un ibil o skrivañ
Hogen gant binvioù-dir
— Arabat soñjal e goaf pe gleze
Va binvioù zo binvioù a beoc’h hag a stuz

Ne skrivan ket gwerzennoù a zaouzek troad
’N ur gontañ war va bizied
Met a zaouzek-ugent troatad… hag ouzhpenn.
Va gwerzennoù, m’o skriv gant dir lemm va falc’h
Andell hag andell e blev melen va Bro
An Heol a ra ganto barzhonegoù frondus
A zaskagn din va buoc’hed en nozioù-goañv

Va gwerzennoù m’o skriv gant soc’h va alar
War gig bev va Bro-Vreizh, erv goude erv
— Enno e kuzhan greunennoù aour —
An Nevez-hañv ’ra ganto barzhonegoù :
Morioù emrodez o wagenniñ en aezhenn
An hañv ’ra ganto lennoù kenedus a doc’hed
Avel Eost a laka warno sonerezh
Ha bangor an dornerez o c’han din
D’an devezhioù gwrez an eizhvet miz
D’an devezhioù poan ha poultr ha dour sall.
Va Barzhonegoù sakr ha… disprizet !

hag e galleg :

Poèmes de nuit, poèmes de jour

Si j’écris à l’ombre de ma lampe
Des vers maladroits et creux
Avec ce petit outil mal assuré dans ma main lasse
Si j’écris le soir au dos d’enveloppes
Des poèmes humbles : camelote
Où l’on ne trouve que des fleurs sauvages…
Et quelques miettes d’amour.
Car tout cela je le fais pour ceux que j’aime.

Mais j’écris, moi, d’autres poèmes
Et ce n’est pas à l’ombre de ma lampe
Mais à la lumière du soleil
Ce n’est pas au dos d’enveloppes
Mais sur la poitrine nue de Celui que j’aime
Sur la peau nue du Pays que j’aime
Ce n’est pas avec un outil que j’écris
Mais avec des instruments d’acier.
Je ne parle pas de lance ou d’épée
Mes instruments sont de paix et de culture.

Je n’écris pas des vers de douze pieds
En comptant sur mes doigts
Mais de douze fois douze enjambées… et plus.
Mes vers, je les écris avec l’acier tranchant de ma faux
Andain après andain dans les cheveux blonds de mon Pays
Le soleil en fait des poèmes aromatiques
Que mes vaches ruminent pendant les nuits d’hiver

Mes vers je les écris avec le soc de la charrue
Dans la chair vivante de ma Bretagne, sillon après sillon
— J’y dissimule des graines d’or —
Le Printemps en fera des poèmes :
Mers d’émeraude ondulant dans la brise
L’été en fera des étangs d’épis
Le vent d’août les mettra en musique
Et le chœur de la batteuse me chantera
Les journées ardentes du huitième mois
Les journées de peine de poussière de sueur.
Mes Poèmes sacrés et… méprisés !

Janvier 1966
Angela Duval


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