lundi 31 mars 2014

31 mars, Le tombeau du géant

"Pèlerin de retour, déposant le manteau, les sabots, le bâton et la chaîne embaumée devant les ailes saintes de la repentie, Forêt adorable en toi, je m'agenouillerai pour l'accomplissement sacré de ma venue ; alors, afin de me permettre un monument digne de mon destin, Forêt, tu donneras à ma transfigurée l'enchantement de tes orgues profondes, et comme pointe au fin roseau cueilli par le poète aux lèvres d'un ruisseau, Forêt, tu donneras le bec épanoui de ton sublime rossignol." 

Saint Pol Roux, "Au seuil des Ardennes"


Dans les Ardennes belges, il existe une petites vallée, la Semois dont les méandres entrelacent avec grâce, l'Histoire, les légendes et la Nature de l'Europe dont le coeur semble avoir trouvé une châsse pour battre ici au secret des forêts païennes...

Léon Joseph Marie Ignace Degrelle, est né dans cette vallée à Bouillon, à l'ombre du château du chevalier Godefroy premier souverain du  Royaume de Jérusalem. Cinquième enfant de Edouard et Degrelle et Marie Louise Boevert son épouse, Le jeune Léon est éduqué dans un catholicisme fervent et participe aux mouvement de jeunesse.  
Militant catholique, européen passionné, Léon Degrelle, il initie un mouvement, "Rex" qui deviendra le 2ème parti politique de la Belgique (21 députés et 11 sénateurs), ouvertement anticommuniste et anticapitaliste. 


Degrelle se rapproche des mouvements fascistes rencontre Mussolini puis Adolf Hitler.Lorsque la guerre éclate, Léon Degrelle qui demandait à la Belgique de rester neutre, est arrêté et transféré dans un camp de prisonniers dans le sud de la France. Après la défaite en 1940, il rallie la Belgique et tente de participer au gouvernement socialiste collaborationniste de Henri de Man et d'y apporter son projet politique. Mais la Flandre, naturellement plus proche de l'Allemagne fait de l'ombre aux ambitions du chef de "Rex" qui décide alors de s'engager plus loin dans l'action et porter les couleurs de la "Grande Bourgogne" historique sur les remparts orientaux de l'Europe attaquée par les armées soviétiques de Staline.  

"Rex" rallie le grand projet européen mené par le IIIème Reich d'Adolf Hitler.


En Juin 1941, Léon Degrelle, créée un Corps Franc qui devient rapidement la Légion Wallonie et s'y engage comme simple soldat, sous les ordres de Lucien Lippert. Pour Degrelle, cet engagement n'est pas pour le Reich mais pour l'Europe, comme "cet uniforme qui n'est plus celui de l'Allemagne mais celui de l'Europe".
Engagée en Ukraine au plus fort des combats, les volontaires wallons subissent de lourdes pertes. Degrelle est blessé une première fois sur le Dniepr (croix de fer 2ème classe) dans la région de Donetz, avant de se faire remarquer lors de l'offensive sur le Caucase en 1942, d'où il reviendra avec à peine 180 survivants (croix de fer 1ère classe).

La légion Wallonie a fait ses preuves et même  force le respect des responsables nazis comme Heinrich Himmler qui reçoit alors avec bienveillance les revendications du chef de "Rex", qui peut alors lancer le projet de restauration de  la "Grande Bourgogne" dont il sera le chancelier. Mais son engagement sur le front de l'Est place les rexistes dans les objectifs prioritaires des résistants qui organisent des attentats ciblés qui iront même assassiner Edouard, le frère de Léon Degrelle, pourtant étranger au mouvement.


En juin 1943, La légion Wallonie, forte de 8000 hommes intègre le corps de bataille des Waffen SS, dans un premier temps, 5ème Brigade d'assaut  au sein de la Division Viking avant de former la 28ème division d'infanterie SS Wallonie. Entre décembre 1943 et février 1944, La division SS Wallonie est engagée au plus fort des combats dans le "chaudron de Tcherkassy" et réussira, au prix de très lourdes pertes, à éviter l'encerclement de l'armée allemande. Léon Degrelle qui a été nommé SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel) en janvier 1945, est décoré par Adolf Hitler, le 20 février 1944 de la Ritterkreuz, une des plus hautes distinctions militaires allemandes.

Beaucoup veulent réduire la vie et la pensée de Degrelle a cette poignée de main avec Adolf Hitler serait une grave erreur, car cet homme, qui a certes collaboré, a toujours  défendu sa patrie et l'Europe avant l'Allemagne. De plus, il ne s'est jamais rendu personnellement coupable de crimes de guerre sur le front ou responsable de représailles en Belgique. Seules dérangent ses idées, son charisme, son talent d'orateur et peut-être surtout sa fidélité au chef et à la parole donnée...


En août 1944, la Division Wallonie est engagée en Estonie dans le IIIème corps blindé Steiner, puis en Poméranie, au sein du du groupe de division Müller, où les survivants wallons, renforcés par des volontaires espagnols de la division SS Azul se battent sur l'Oder (Pologne) jusqu'à leur capitulation le 3 mai 1945.

Pendant ce temps là Léon Degrelle, bousculé par la contre offensive des Ardennes, s'est réfugié dans le nord de l'Europe à Oslo, d'où il s'envole à bord d'un avion qu'Albert Speer lui procure. Réfugié en Espagne, Degrelle, qui est condamné à mort par contumace par un tribunal improvisé et sans aucune preuve à charge n'ait été apportée, va vivre dans la clandestinité pendant plusieurs années sous le nom de José León Ramírez Reina, avant de réapparaître et raconter son histoire...

Dans son exil, Léon Degrelle semblait avoir arrêté l'horloge du temps et avec obstination, maintenant le cap de son engagement politique, il a risqué un enfermement idéologique nostalgique. Cependant, le jeune journaliste de l'Avant Garde qu'il fut dès l'age de 15 ans, continuait à l'interroger sur les événements du monde et force est de constater que ses critiques de la décadence morale de la société et de la désintégration éthique de la politique sont souvent pertinentes.

Après la prescription juridique, Degrelle tente plusieurs fois d'obtenir son retour en Belgique, mais le gouvernement promulgue une "Lex Dregrelliana" qui le maintiendra en exil, jusqu'à sa mort à Malaga le 31 mars 1994, à l'âge de  87 ans.


Léon Degrelle, n'a jamais renié son engagement politique, militaire mais aussi son amour pour sa patrie charnelle. Dans son testament, il souhaitait que ses cendres soient dispersées sur le "Tombeau du Géant", haut lieu de son enfance chargé d'histoire et de légendes. Le gouvernement belge, paniqué a alors émis en urgence un décret ridicule étendant la "Lex Dregelliana" aux cendres funéraires de l'ancien "Volksfürher", rajoutant ainsi la lâcheté à l'abjection. C'était sans compter sur les anciens camarades du commandeur restés fidèles eux aussi à leur chef, au delà du temps de l'Histoire et de l’opprobre des Hommes...

Pour ma part, peu me chaut de savoir si les cendres de celui qui inspira le personnage "Tintin", ont été répandues secrètement par le "Dernier Carré" des ses anciens camarades, à Berchtesgaden ou Bouillon... 

Car la légende Degrelle elle, est toujours là, et repose sur l'exemplarité d'un engagement total et passionnel d'un homme charismatique qui a enflammé les foules entraînant des milliers d'hommes a bâtir un rêve européen inachevé, mais toujours vivant. 

Erwan Castel, le 31 mars 2014


"Seule l'âme compte et doit dominer tout le reste.
Brève ou longue, la vie ne vaut que si nous n'avons pas à rougir d'elle 
à l'instant où il faudra la rendre. "

Léon Degrelle, "Les âmes qui brûlent" 

"NOUS AVONS RÊVÉ"
video

Beaucoup d'ouvrages de Léon Degrelle sont des témoignages historiques ou politiques engagés, je les trouve intéressants mais partiales (tout comme ceux de l'historiographie officielle d'ailleurs) Ils ont le mérite de rééquilibrer le sens critique soumis à la dictature de bien pensance (Aux armes pour l'Europe, La cohue de 1940, La campagne de russie, Hitler pour 1000 ans etc...)

Celui que je préfère et qui d'ailleurs diffère des autres livres par sa dimension philosophique, est sans conteste "Les âmes qui brûlent", testament spirituel et humaniste exceptionnel, et certainement l'oeuvre la plus dérangeante car sincère et dénuée de toute forme d'idéologie "politiquement incorrecte"...

L'interdiction administrative de ce livre est tout simplement une honte pour notre prétendue "Patries des droits de l'Homme" !

Jugez par vous même...

Le lien ici :   Les âmes qui brûlent


Autre liens : 

Le Site des amis de Léon Degrelle le lien ici : Rex libris

Les autres articles de ce blog sur Léon Degrelle les liens ici :  L'agonie du siècle
                                                                                                   - Les âmes qui brûlent


dimanche 30 mars 2014

29 mars, ô capitaine, mon capitaine !

"Mait'Jean"

L'Histoire de l'Europe des patries charnelles, compte des héros et des capitaines, qui tous par leurs actes et leurs pensées, nous ont laissé à la fois un héritage et un chemin à suivre...

Le 29 mars 2006, disparaissait Jean Mabire, à l'âge de 79 ans...  



Le site "Les Amis de Jean Mabire" le lien ici : Jean Mabire

« Au milieu d’un monde à la dérive, nous sommes seuls. Nous sommes tragiquement seuls. Nous n’avons rien à voir avec toutes les formules commodes qui permettent toujours d’entrer dans une des chapelles bien étiquetées de l’échiquier politique. Nous naviguons sur une mer inconnue et personne ne peut comprendre vers quels continents nous cinglons. Nous ne sommes à l’aise nulle part. Mais si chaque parti nous est étranger, chaque militant reste notre frère. Un véritable activiste refuse toutes les formations de l’heure mais il accepte tous les hommes de courage. Et c’est pourquoi nous sommes joyeusement seuls.

C’est justement parce que nous refusons toutes les compromissions et toutes les manœuvres que nous serons le plus pur métal de l’alliage de demain. »

Jean Mabire : L’écrivain, la politique et l’espérance.


"O capitaine, mon capitaine"
video
Extrait du film "Le cercle des poètes disparus"


Il fut beaucoup plus que cela
Préface de Dominique Venner
à la bibliographie de Jean Mabire réalisée par Alain de Benoist


« J’entends quelqu’un qui vient… » Ce fut l’un de ses derniers traits d’humour. Jean était hospitalisé une nouvelle fois. Il souffrait et savait qu’il touchait à la fin. Mais il était capable de rire de la mort qui le tirait par les pieds.

« Non, ce n’est pas ce que tu crois… » Ajouta-t-il en retenant un fou-rire. « Je ne suis pas comme le vieux Maurras. J’entends quelqu’un qui vient, mais c’est l’infirmière… »

Les initiés savent qu’en novembre 1952, la veille de la mort de Charles Maurras, dans une clinique de Tours, après une longue détention, de pieuses personnes avaient prêté au vieux maître de l’AF ces mots sibyllins : « J’entends quelqu’un qui vient… ». Elles suggéraient ainsi que le vieux mécréant, sur son lit de mort, dans sa complète surdité, aurait opéré un improbable ralliement de dernière minute au Dieu chrétien qu’il avait exécré toute sa vie (1).

Cette fable ne pouvait convaincre que de bonnes personnes ayant besoin de se rassurer. Mais elle amusait Jean Mabire qui n’était pas dupe.
Jean Mabire a écrit     
une centaine de livres : 

Un écrivain puissant, protéiforme et poétique

Tous ceux qui l’ont connu de près se souviennent de l’ami, du complice, drôle, narquois, entraînant, modeste, enthousiaste. Ils restent à jamais marqués par le souvenir de l’homme de convictions et de fidélité, généreux, ignorant la rancune et le ressentiment, incapable même d’inimitié. Pour eux, il ne fut que joie communicative et amitié.

Il fut aussi tellement plus ! Pour beaucoup de ses lecteurs il fut un éveilleur sans égal, celui qui, d’abord, donna vigueur et beauté à l’idée normande. Pour un très vaste public jeune, il éleva aussi les combats de la Seconde Guerre mondiale au niveau de l’épopée, sans choisir entre les camps, racontant avec le même enthousiasme l’aventure casquée de la Division Charlemagne, les volontaires de la Brigade Frankreich, ou les paras britanniques des Diables rouges attaquent. Avec le même talent romanesque, il a fait revivre Les Samouraï, les fusiliers-marins de La bataille de l’Yser, les chasseurs alpins de Narvik, les matelots à pompons de l’Eté rouge de Pékin, ou les cosaques du baron Ungern. Il s’intéressait moins aux situations historiques qu’aux hommes contraints de se surpasser dans les combats, les révolutions ou la dure vie du soldat.

Mais tout cela n’est qu’une part seulement de son talent d’écrivain et de journaliste incroyablement fécond qui a tant fait pour les auteurs et les poètes normands (2).

Personnellement, je place très haut l’extraordinaire galerie de portraits de plusieurs centaines d’écrivains, réunies sous le titre Que Lire ? Jean Mabire y révèle plus qu’ailleurs encore sa fibre poétique. Avec une extraordinaire empathie, il sait trouver chez chacun de ses auteurs, même les plus éloignés de lui, ce qui les relie à un terroir, une tradition. Suivant ses propres mots, « on peut aimer Aragon sans être communiste et Céline sans être antisémite ». Jamais personne n’avait entrepris un tel travail de mise en perspective de tant d’écrivains, avec cette liberté. Il n’était pas question pour Jean de mobiliser à titre posthume ces écrivains pour une cause qui n’était pas la leur. « Je cherche au contraire à élargir notre horizon en découvrant parfois chez l’écrivain les plus divers la présence et même l’exaltation des valeurs qui sont les nôtres (3). »

Jean Mabire fut et demeure un grand écrivain et aussi un grand journaliste protéiforme. C’est ce que révèle d’emblée l’importante bibliographie établie par Alain de Benoist, et c’est bien entendu ce qui fait la qualité première de ce travail méticuleux. S’y révèle toute la richesse d’une œuvre et d’un esprit dont l’absence pèse chaque jour à ceux qui l’avaient aimé.


La “Communauté de Jeunesse”

Ce qu’il y a d’étonnant chez ce fou de littérature, ce dévoreur de livres, c’est qu’il était le contraire d’un rat de bibliothèque. Jusqu’à ses toutes dernières années, il avait besoin de partir sac au dos, camper en pleine nature avec ses copains de la belle étoile, comme aurait dit Saint-Loup.

C’est ainsi qu’au lendemain de la guerre, trop jeune pour avoir pu y participer, dans une Auberge de la Jeunesse proche des Rochers de Fontainebleau, il fait la connaissance de Tristan Mandron, sympathique garçon aux cheveux courts, repérable à son sac à dos. Sur les courroies du sac étaient gravées des runes nordiques. « On ne s’est plus quitté » dira Mandron (4). Avec quelques copains, amateurs de randonnées et de feux de camp, ils se retrouveront chaque fin de semaine, dans un esprit très Wandervögel ou “Ajiste”. L’idée germe entre eux d’aiguiser leur “vision du monde”, leur Weltanschauung, comme on dit au-delà du Rhin. Une soirée hebdomadaire sera consacrée à des échanges enfiévrés. Chaque fois, un thème était creusé sous la direction d’un des participants. On mettait aussi des paroles françaises sur des chants venus de Germanie, qui vont conquérir bientôt l’armée française et quelques mouvements de jeunesse attirés par l’action. On préparait fiévreusement le prochain solstice d’été ou la prochaine virée en stop vers les Flandres ou l’Allemagne du Nord, pour y retrouver Fred Rossaert et d’autres garçons ou des filles aux genoux halés. Ainsi naquit la “Communauté de Jeunesse”, association sans statuts, mais grosse d’une longue postérité.

Jean Mabire a raconté cette époque et les interrogations qui l’ont conduit à l’idée normande : « Nous étions quelques garçons trop jeunes pour avoir affronté l’épreuve de la guerre et qui nous retrouvions, poissons sans eau sur un rivage que venait d’abandonner le grand raz-de-marée. Oui, c’était bien l’eau qui nous manquait. Mao parle du partisan “dans son peuple comme un poisson dans l’eau”… Quel peuple alors ? L’Europe, coupée en deux n’était plus qu’un mythe… Alors la France ? Elle vivait encore de ses guerres civiles, et si nous nous en faisions une « certaine idée, ce n’était ni celle des vainqueurs, ni celle des vaincus… Donc nous cherchions autre chose. Une patrie ou un peuple qui existassent par eux-mêmes, bien avant et bien après les sanglantes et folles convulsions de l’actualité… En m’enracinant en Normandie, je décidais de monter la garde sur quelque littoral sacré (5). »


Le ré-enracinement de la revue “Viking”

L’idée de ce ré-enracinement lui était venu, dira-t-il, de son aîné, le Breton Olier Mordrel, l’un des acteurs essentiels de Breiz Atao, le mouvement nationaliste breton, fondateur de la revue Stur. « Cette revue émergeait de l’océan celtique comme un iceberg irradiant de lumière ». Cette aventure, précise Mabire, s’arrêta davantage en 1939 qu’en 1945. Les quatre numéros de Stur parus pendant la guerre « n’ont pas la fulgurance de ceux des années trente ». Peu après 1945, justement, un ami de Jean lui prête une collection de Stur. « Grâce à cette quinzaine de numéros, j’ai vécu pendant quelques mois dans une totale communauté d’idées et d’instincts avec Mordrel. Même Drieu ne m’avait pas procuré un tel éblouissement ». Jean venait de découvrir l’importance décisive de certaines revues pour la naissance d’un mouvement d’idées.

En ce temps-là, Jean étudiait à l’Ecole des Métiers d’Arts (section vitrail) de la rue de Thorigny. Peu après, en 1949, il fonde sa propre revue devenue mythique, Viking, consacrée à la culture des pays normands. À cette époque lointaine, les tracts et les petites revues étaient tirés à la ronéo, invention disparue. Il fallait taper les textes à la machine, en ôtant le ruban, sur un “stencil”, sorte de pellicule opaque qui devenait ainsi perméable à l’encre. C’était déjà tout un travail. Mais pour dessiner sur stencil, il fallait être un artiste d’une habileté rare. Comme pour la gravure sur cuivre, l’exercice ne permettait pas l’erreur. Une jeune femme blonde, qui allait devenir la première Mme Mabire et la mère d’Halvard, Nordahl et Ingrid, encadrait et illustrait ainsi Viking d’images d’une mystérieuse beauté, runes et roues solaires, transposant dans cette technique l’art des miniaturistes médiévaux (6). Tristan Mandon avait acheté aux Puces une ronéo Gestetner à manivelle. Avec elle, il a “tourné” les seize premiers numéros de la revue qui a imposé le fait culturel viking, complètement inconnu des Français, fussent-ils Normands.


L’expérience de la guerre d’Algérie

Nous sommes alors au milieu des années cinquante, et bientôt au début des années soixante. Plusieurs faits nouveaux vont inscrire leur marque dans l’itinéraire de Jean Mabire. Tout d’abord son travail de journaliste professionnel à la rude école d’un quotidien de province, La Presse de la Manche, publié à Cherbourg. Il y a travaillé de l’automne 1956 à l’été 1963 (7), avec une interruption d’un an, d’octobre 1958 à octobre 1959, période de son rappel en Algérie comme officier de réserve, à la tête d’un commando de chasse comptant une majorité de harkis.

Cette expérience de la petite guerre devait imprimer son empreinte à jamais. Elle ne sera pas seulement à l’origine d’un roman très personnel, Les Hors la loi (1968), republié plus tard sous le titre Commandos de chasse. Elle établira un lien de forte solidarité avec la génération de la guerre d’Algérie. Elle lui fera connaître Philippe Héduy, bientôt son ami, auteur inspiré du magnifique roman Au lieutenant des Taglaïts. Héduy l’attirera fin 1962 dans l’aventure de L’Esprit public. Ce journal, conçu par Jacques Laurent, Roland Laudenbach et Raoul Girardet, était en quelque sorte la façade légale de l’OAS. Ce n’est pas ce qui intéressait Jean Mabire. Il se sentait solidaire des “soldats perdus”, tout en tenant à distance les idées politiques dites de l’Algérie française. Il s’en expliquera très clairement dans son essai Drieu parmi nous, publié en 1963 à la Table Ronde.

La présentation de ce livre (4e de couverture) en campait la logique : « À l’automne de la guerre d’Algérie, un journaliste revenait à Cherbourg après avoir été rappelé pendant un an comme officier de réserve. Au retour de cette expérience […], il trouva dans la lecture de La Comédie de Charleroi [de Drieu la Rochelle] une fraternelle résonance… » Ainsi est établi le lien entre le Normand Drieu et les souvenirs personnels de Mabire qui affleurent ici et là dans son essai. Il faut se souvenir que celui-ci fut écrit à chaud, au début de 1963, quelques mois après l’indépendance de l’Algérie. C’est ce qui donne tout leur prix à certaines pages : « Nous sommes sans doute peu nombreux, écrivait Jean, pour avoir refusé au cours de la guerre d’Algérie les slogans de l’un et l’autre bord. L’Algérie française nous paraissait aussi dérisoire que l’Algérie arabe, mais la lutte de la France en Algérie était une épreuve et un creuset. Elle a permis de distinguer les courageux de l’un et l’autre camp, les opportunistes des deux bords, les camarades et les salauds… (8) » Pensant aux soldats français morts durant celle guerre, il écrit encore : « Et nous savons bien qu’ils sont morts finalement ni pour une patrie ni pour une idée, mais pour eux-mêmes, pour ne pas céder, pour ne pas subir, parce qu’il n’y a pas d’autre issue que le courage… (9) »


L’aventure fondatrice d’Europe Action

Cette façon de voir, et la grande liberté de ton adoptée par Mabire dans ses articles de L’Esprit public à l’égard des poncifs de la vieille droite, soulevèrent l’indignation de ceux qui s’en réclamaient. À l’inverse, les positions “révolutionnaires” du journaliste normand entraînaient l’enthousiasme des lecteurs les plus jeunes. On était au printemps 1965. L’aventure de presse de L’Esprit public touchait à son terme. Elle avait eu le mérite de faire connaître le nom de Jean Mabire à un public neuf qui ne cessera de s’étendre. Une autre aventure allait commencer, celle d’Europe Action. Une aventure d’une intensité et d’une portée qu’il n’est pas encore temps de mesurer.

J’avais fait la connaissance de Jean Mabire en avril 1965. Nous avions tous les deux vécu la guerre d’Algérie, suivie pour ma part d’engagements pugnaces. Je lui proposai de devenir le rédacteur en chef de la revue Europe Action, fondée en janvier 1963, peu après ma sortie de prison. Là s’est forgée notre amitié, notre estime commune, notre complicité. Il m’est difficile d’en parler aujourd’hui en faisant taire mon émotion. Je préfère céder la parole à Jean. Avec ses propres mots, il a su parler de cette expérience unique vécue en commun : « Je n’ai rencontré Dominique Venner qu’au printemps 1965. Tout de suite “Dom” et très vite “tu”. Il venait d’avoir trente ans, le bel âge. J’en avais trente-huit. […] Entre juin 1965 et novembre 1966, nous avons vécu, côte à côte, en responsables et militants tout ensemble cette singulière aventure. Seize mois embarqués à bord du même brick corsaire. Lui directeur politique et moi rédacteur en chef. Mais aussi soutiers, pilotes, galériens, toutes les corvées et toutes les joies (10)… »

« Il fallait sortir le journal tous les mois, dans une atmosphère de pauvreté franciscaine qui nous allait bien au teint. Pauvreté, certes. Mais aussi richesse. Richesse d’un courage, d’une amitié que je n’avais pas connus depuis bien longtemps et que je ne suis sans doute pas près de retrouver. J’ai rarement été si enthousiaste et si “croyant”. »

Ce fut écrit, on peut le souligner, en novembre 1994. Jean poursuivait : « Je croyais qu’on pouvait gagner. Non pas prendre le pouvoir comme l’imaginaient les naïfs. Mais former les cadres révolutionnaires de demain… Quelques centaines de garçons et quelques dizaines de filles ont participé à cette aventure. Ceux de la Fédération des Etudiants nationalistes, notre FEN à nous, et des Cahiers Universitaires. »

Jean détaillait les particularités de ce militantisme : « Les amis d’Europe Action, braves petits soldats politiques, qui avaient tiré toutes les leçons d’un activisme voué à l’échec, constituaient une élite. Je dirais même un Ordre. Ils étaient le creuset d’où allaient surgir pas mal d’initiatives ultérieures, impasses ou réussites, peu importe […]. Pour moi, l’aventure d’Europe Action reste fondatrice. Idéologiquement et humainement. Nous avons marqué des hommes pour la vie en leur faisant découvrir une école de courage, de lucidité, d’esprit de sacrifice. »


D’autres aventures et les “Oiseaux migrateurs”

Pour Jean Mabire, d’autres aventures suivront, différentes bien entendu. Sa vie sera scandée de stances successives et, si l’on y songe, parfaitement cohérentes. Aventure de la participation aux travaux et activités du Groupement de Recherche pour la Civilisation Européenne (GRECE). Aventures professionnelles de l’édition avec les premiers grands récits de guerre pour la collection Corps d’Elite aux Editions André Balland où je l’avais entrainé. Simultanément, il amorçait une longue collaboration de presse au journal Minute de la grande époque où l’avait fait entrer Philippe Héduy. Et, bien plus tard, après la publication d’innombrables livres à succès, précisément au printemps 1991, il entamera pour plusieurs années la publication chaque semaine dans l’hebdomadaire National Hebdo ses extraordinaires portraits d’écrivains réunis ultérieurement en plusieurs volumes sous le titre Que Lire ?
Les aventures n’étaient pas terminées, loin de là. Tout en poursuivant le travail titanesque de Que Lire ? et en publiant toujours de nouveaux récits, Jean apportait son soutien enthousiaste et compétent au mouvement des “Oiseaux Migrateurs”, créé par des jeunes las de l’activisme lors du solstice d’hiver de 1991. Aucune initiative n’était mieux faite pour lui. Elle réveillait le souvenir de la “Communauté de Jeunesse” d’autrefois, avec un dynamisme remarquable et une nouveauté de taille puisqu’il s’agissait d’un mouvement mixte (11). Les participants étaient tous jeunes, garçons et filles. Je peux témoigner du choc admiratif que fut ma première rencontre avec eux. J’étais venu présenter un exposé à la demande de Jean, “Maît’Jean”, comme l’appelaient désormais ses jeunes disciples. C’était à l’occasion d’une “Haute Ecole Populaire” (12). Remarquable initiative qui lui était due.

Au cours d’une fin de semaine, le groupe se réunissait dans un logis campagnard normand, faisant alterner randonnée, chants, veillée et formation de l’esprit. Les deux journées étaient scandées par un rituel strict et souriant. Les garçons étaient en pull marin, knickers bruns et vestes de chasse. Les filles – très jolies, ma foi - en jupes longues accordées aux tenues masculines. Visages clairs et toniques, ambiance énergique et joyeuse. Des conférenciers venaient traiter à titre amical une grande diversité de sujets. Jean participait aux activités de ses “Oiseaux” sur un strict pied d’égalité, appliquant à la lettre son idée d’un “socialisme européen”, en rupture complète avec la ségrégation sociale de la bourgeoisie française, partageant sa gamelle avec les camarades.


Il a fait vivre un rêve

La rusticité ne lui avait jamais pesé. Durant une longue période des années 70 et 80, il s’était déplacé de gîte en gîte à bord d’un break aménagé en bibliothèque. Il pouvait même y dormir. À cette époque, j’avais planté ma tente entre mes livres et mes fusils de chasse dans une vieille maison à la jonction des forêts de Compiègne et de Retz. En marchant vers l’ouest, on grimpait un raidillon sablonneux dans un décor de buissons secs qui me rappelait la maison fortifiée d’Aïn Zana, au temps de la guerre d’Algérie et de mes vingt ans. Il nous fallait veiller sur la frontière tunisienne par où s’infiltraient les fels. Le « barrage » n’était pas encore édifié, que Jean connaîtra plus tard à la tête d’un commando de chasse. Mais de ces histoires d’anciens combattants, nous parlions peu. Nous avions tant à dire sur l’avenir que nous voulions bâtir !

Souvent, Jean venait travailler et se détendre dans mon repaire. Je me pliais à l’horaire de sa journée. Début du travail tôt le matin. Et cela durait jusqu’en fin de journée, avec une pause rapide pour déjeuner. Quand sa machine à écrire cessait de crépiter, nous chaussions bottes ou chaussures de marche pour de longues ballades en forêts. Je lui faisais découvrir la silhouette fugace d’une biche ou d’un chevreuil. Puis retour au logis pour une soirée devant la cheminée. Des saucisses grillaient sur les braises, le vin nous réchauffait l’âme. Nous parlions du présent, du passé et de l’avenir. Jean avait toujours une nouvelle anecdote comique à sortir de sa besace. Il racontait avec gourmandise, se retenant de rire jusqu’à la conclusion.

- Tu sais ce qu’Anna de Noailles disait de Dieu ?

- Je sens que tu vas me le dire. J’ai seulement retenu que cette païenne résolue, auteur d’innombrables poèmes un peu oubliés, était une grande bavarde.

- Tout juste. Elle déclare un jour à un ami : « Si Dieu existait, je le saurais. Je m’adresse à lui chaque jour, et il ne m’a jamais répondu… » Réplique de l’ami : « C’est peut-être que vous ne lui avez pas laissé placer un mot. »

Nous mêlions à ces blagues les sujets plus graves qui nous tenaient à cœur. Pour Jean, littérature et politique ne pouvaient être séparées. Mais il ne faut pas se tromper sur les mots. Quand il disait “politique”, il n’entendait pas la cuisine médiocre qui alimente les journaux de potins. Pour lui, politique signifiait “vision du monde et de la vie”. Il en avait gardé le sens qu’on lui donnait souvent durant la première moitié du XXe siècle, quand la politique se faisait religion et que l’on pouvait mourir pour elle.

Jean Mabire n’a pas fabriqué un système, il a fait vivre un rêve. Il a ouvert une voie et laissé un modèle : celui d’un homme qui a toujours vécu en accord avec ses idées. Ses talents lui auraient permis de faire une carrière enviée dans la presse et l’édition de son temps à condition de se renier. C’était pour lui impensable et infaisable. Il a choisi de rester fidèle aux réprouvés parmi lesquels il se sentait bien. Dans Drieu parmi nous (1963), il écrivait : « Nous avons juré de ne jamais devenir des conformistes ». C’est ce qui assurera sa pérennité.

Dominique Venner (1935-2013)


Notes :

1 On sait que Charles Maurras manifestait par ailleurs beaucoup de considération pour l’Eglise catholique, en tant qu’institution sociale et politique, libérée selon lui, par sa discipline hiérarchisée, des « poisons » contenus dans les Evangiles.

2 Dans la copieuse préface qu’elle a donnée au livre de Jean, Des poètes normands et de l’héritage nordique (Editions Anthée, 2003), Katherine Hentic, sa deuxième épouse, a très bien dit ce que furent ses efforts constants en faveur de ces méconnus.

3 Jean Mabire, Avant propos au premier volume de Que Lire ? Editions nationales, Paris 1994, p. 13. Chaque portrait d’écrivain de la galerie des Que Lire ? est accompagné d’une copieuse bibliographie établie par Anne Bernet.

4  Tristan Mandron. Entretien recueilli par le Bulletin des Amis de Jean Mabire, n° 15, solstice d’été 2007.

5 Jean Mabire, Ce que je dois à Olier Mordrel, Éléments, Hiver 1985, p. 53.

6 L’illustratice de Viking repose depuis 1974 dans le petit cimetière normand d’Éculeville, où l’ont rejoint son fils Nordahl, qui a choisi de s’en aller en 2001, et Jean lui-même, après sa mort, le 29 mars 2006.

7 Certains articles écrits par Jean Mabire dans ce quotidien seront réunis en un volume sous le titre Pêcheurs du Cotentin (Editions Heimdal, Caen 1975). Ses souvenirs de journaliste seront le prétexte à un roman sur l’atmosphère pittoresque de la presse avant la révolution informatique, L’Aquarium aux nouvelles (Editions Maître Jacques, Caen, 2000).

8 Jean Mabire, Drieu parmi nous, La Table Ronde, 1963, p. 51.

9 Id, p. 241.

10 Jean Mabire, article publié dans le journal Présent du 26 novembre 1994 sous le titre Dominique le rebelle. Il s’agissait d’une longue évocation de mon essai autobiographique Le Cœur rebelle (Belles Lettres, 1994).

11 La fondation des “Oiseaux Migrateurs” et la participation de Jean Mabire à la vie de ce mouvement a été évoquée notamment par Benoît Decelle dans le Magazine des Amis de Jean Mabire, n° 26, Printemps 2010.

12 L’appellation “Haute Ecole populaire” avait été imaginée au XIXe siècle par Nicolas Grundtvig, sorte de prophète danois d’un retour au paganisme nordique, sans cesser d’être pasteur de l’Eglise luthérienne. Jean Mabire a longuement évoqué sa figure dans son livre Les grands aventuriers de l’histoire. Les éveilleurs de peuples (Fayard, 1982).

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Émission n°44 de Méridien Zéro (08-04-2011) 
"Un homme, un destin : Jean MABIRE"


Enregistrement de l'émission ici :
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Hommages à Jean Mabire par Pierre Vial

HOMMAGE A JEAN MABIRE
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A PROPOS DE "THULE"
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samedi 29 mars 2014

Réinformation

JT DES 26, 27, 28 MARS 2014

TV Libertés
Journal télévisé 26 mars 2014


Au sommaire de ce JT :

- Municipales / Fusions et effusions
- Municipales / Le pari de NKM
- Société / LGBT en plein Sciences-Po
- Société / Cologne : le genre tombe à l’eau
- Justice / Le trans se fait voler dans les plumes
- Justice / SOS Homophobie poursuit Minute
- Invité du jour : Olivier Vial, Porte-parole de l’Observatoire de la Théorie du Genre
- Armée / Coûteux Afghanistan
- Surveillance / 300 000 victimes des radars mobiles
- Société / Culture de mort en Angleterre
- Sciences / Nouveau vaisseau spatial européen
- Éphéméride : Beethoven donne son premier concert public à Cologne en 1778. Il avait 7 ans et demi.


TV Libertés - JT 38 du 26 mars 2014 
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Journal télévisé 27 mars 2014

Au sommaire de ce JT :

- Emploi / Surprise : hausse du chômage !
- Municipales / La droite transforme l’essai
- Terrorisme / Djihad sur la Croisette
- Islam / God Save the Charia
- Islam / L’Irak sur la voie du prophète
- Chine / 18 milliards de contrats, et moi, et moi
- Économie / L’Agent Orange reconduit
- Politique / Duflot/Valls : dernier tango à Paris ?
- Énergie / L’Europe prend un gros coup de schiste

TV Libertés - JT 39 du 27 mars 2014 
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Journal télévisé 28 mars 2014

Au sommaire de ce JT :

- Municipales / Dernière ligne droite
- Politique / GAV, GPA : C. Taubira contestée
- Économie / Europe : les raisons du dumping social
- Surveillance / Turquie : la course à la censure
- International / Les dessous de la rencontre Pape François / B. Obama
- Société / Enfin un timbre pour tous !
- Sciences / Vers l’homme en boîte
- Politique / E. Binet ministre de la Famille : poisson d’avril ?
- Famille / Entretien avec M. Sigaut


TV Libertés - JT 40 du 28 mars 2014 - 1ère partie
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TV Libertés - JT 40 du 28 mars 2014 - 2ème partie
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Le lien pour accéder à la chaîne directement  ici : TVL

De la servitude moderne

« Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer. 
Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute. »
Jean François Brient


Plan :

1 /  Documentaire
2 /  Présentation 
3 / Texte
4 / Source


1 / DOCUMENTAIRE

Le documentaire (52'19") sur You tube, le lien ici : De la servitude moderne

De la servitude moderne - 1ère partie (26'27")
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De la servitude moderne - 2ème partie (26'06")
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2 / PRÉSENTATION DU DOCUMENTAIRE

De la servitude moderne est un livre et un film documentaire de 52 minutes produits de manière totalement indépendante ; le livre (et le DVD qu’il contient) est distribué gratuitement dans certains lieux alternatifs en France et en Amérique latine. Le texte a été écrit en Jamaïque en octobre 2007 et le documentaire a été achevé en Colombie en mai 2009. Il existe en version française, anglaise et espagnole. Le film est élaboré à partir d’images détournées, essentiellement issues de films de fiction et de documentaires.

L’objectif central de ce film documentaire est de mettre à jour la condition de l’esclave moderne dans le cadre du système totalitaire marchand et de rendre visible les formes de mystification qui occultent cette condition servile. Il a été fait dans le seul but d’attaquer frontalement l’organisation dominante du monde.

Dans l’immense champ de bataille de la guerre civile mondiale, le langage constitue une arme de choix. Il s’agit d’appeler effectivement les choses par leur nom et de faire découvrir l’essence cachée de ces réalités par la manière dont on les nomme. La démocratie libérale est un mythe en cela que l’organisation dominante du monde n’a rien de démocratique ni même rien de libéral. Il est donc urgent de substituer au mythe de la démocratie libérale sa réalité concrète de système totalitaire marchand et de répandre cette nouvelle expression comme une traînée de poudre prête à incendier les esprits en révélant la nature profonde de la domination présente.

D’aucuns espéreront trouver ici des solutions ou des réponses toutes faites, genre petit manuel de « Comment faire la révolution ? ». Tel n’est pas le propos de ce film. Il s’agit ici de faire la critique exacte de la société qu’il nous faut combattre. Ce film est avant tout un outil militant qui a pour vocation de faire s’interroger le plus grand nombre et de répandre la critique partout où elle n’a pas accès. Les solutions, les éléments de programme, c’est ensemble qu’il faut les construire. Et c’est avant tout dans la pratique qu’elles éclatent au grand jour. Nous n’avons pas besoin d’un gourou qui vienne nous expliquer comment nous devons agir. La liberté d’action doit être notre caractéristique principale. Ceux qui veulent rester des esclaves attendent l’homme providentiel ou l’œuvre qu’il suffirait de suivre à la lettre pour être plus libre. On en a trop vu de ces œuvres ou de ces hommes dans toute l’histoire du XXº siècle qui se sont proposés de constituer l’avant-garde révolutionnaire et de conduire le prolétariat vers la libération de sa condition. Les résultats cauchemardesques parlent d’eux-mêmes.

Par ailleurs, nous condamnons toutes les religions en cela qu’elles sont génératrices d’illusions nous permettant d’accepter notre sordide condition de dominés et qu’elles mentent ou déraisonnent sur à peu près tout. Mais nous condamnons également toute stigmatisation d’une religion en particulier. Les adeptes du complot sioniste ou du péril islamiste sont de pauvres têtes mystifiées qui confondent la critique radicale avec la haine et le dédain. Ils ne sont capables de produire que de la boue. Si certains d’entre eux se disent révolutionnaires, c’est davantage en référence aux « révolutions nationales » des années 1930-1940 qu’à la véritable révolution libératrice à laquelle nous aspirons. La recherche d’un bouc émissaire en fonction de son appartenance religieuse ou ethnique est vieille comme la civilisation et elle n’est que le produit des frustrations de ceux qui cherchent des réponses rapides et simples face au véritable mal qui nous accable. Il ne peut y avoir d'ambiguïté sur la nature de notre combat. Nous sommes favorables à l’émancipation de l’humanité tout entière, sans aucune forme de discrimination. Tout pour tous est l’essence du programme révolutionnaire auquel nous adhérons.

Les références qui ont inspiré ce travail et plus généralement ma vie sont explicites dans ce film : Diogène de Sinoppe, Étienne de La Boétie, Karl Marx et Guy Debord. Je ne m’en cache pas et ne prétends pas avoir inventé l’électricité. On me reconnaîtra simplement le mérite d’avoir su m’en servir pour m’éclairer. Quant à ceux qui trouveront à redire sur cette œuvre en tant qu’elle ne serait pas assez révolutionnaire ou bien trop radicale ou encore pessimiste n’ont qu’à proposer leur propre vision du monde dans lequel nous vivons. Plus nous serons nombreux à diffuser ces idées et plus la possibilité d’un changement radical pourra émerger.

La crise économique, sociale et politique a révélé la faillite patente du système totalitaire marchand. Une brèche est ouverte. Il s’agit maintenant de s’y engouffrer sans peur, mais de manière stratégique. Il faut cependant agir vite car le pouvoir, parfaitement informé sur l’état des lieux de la radicalisation de la contestation, prépare une attaque préventive sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. L’urgence des temps nous impose donc l’unité plutôt que la division, car ce qui nous rassemble est bien plus profond que ce qui nous sépare. Il est toujours très commode de critiquer ce qui se fait du côté des organisations, des individus ou des différents groupes qui se réclament de la révolution sociale. Mais en réalité, ces critiques participent de la volonté d’immobilisme qui tente de nous convaincre que rien n’est possible. Il ne faut pas se tromper d’ennemis. Les vieilles querelles de chapelle du camp révolutionnaire doivent laisser la place à l’unité d’action de toutes nos forces. Il faut douter de tout, même du doute. (source)

Jean-François Brient et Victor León Fuentes


3 / TEXTE 

Le texte en PDF, le lien ici : De la servitude moderne

Chapitre I : Épigraphe

"Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer.
Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute."



Chapitre II : La servitude moderne

"Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles."
William Shakespeare


La servitude moderne est une servitude volontaire, consentie par la foule des esclaves qui rampent à la surface de la Terre. Ils achètent eux-mêmes toutes les marchandises qui les asservissent toujours un peu plus. Ils courent eux-mêmes derrière un travail toujours plus aliénant, que l’on consent généreusement à leur donner, s’ils sont suffisamment sages. Ils choisissent eux-mêmes les maîtres qu’ils devront servir. Pour que cette tragédie mêlée d’absurdité ait pu se mettre en place, il a fallu tout d’abord ôter aux membres de cette classe toute conscience de son exploitation et de son aliénation. Voila bien l’étrange modernité de notre époque. Contrairement aux esclaves de l’Antiquité, aux serfs du Moyen-âge ou aux ouvriers des premières révolutions industrielles, nous sommes aujourd’hui devant une classe totalement asservie mais qui ne le sait pas ou plutôt qui ne veut pas le savoir. Ils ignorent par conséquent la révolte qui devrait être la seule réaction légitime des exploités. Ils acceptent sans discuter la vie pitoyable que l’on a construite pour eux. Le renoncement et la résignation sont la source de leur malheur.

Voilà le mauvais rêve des esclaves modernes qui n’aspirent finalement qu’à se laisser aller dans la danse macabre du système de l’aliénation.

L’oppression se modernise en étendant partout les formes de mystification qui permettent d’occulter notre condition d’esclave.
Montrer la réalité telle qu’elle est vraiment et non telle qu’elle est présentée par le
pouvoir constitue la subversion la plus authentique.

Seule la vérité est révolutionnaire.



Chapitre III : L’aménagement du territoire et l’habitat

"L’urbanisme est cette prise de possession de l’environnement naturel et humain 
par le capitalisme qui, se développant logiquement en domination absolue,
 peut et doit maintenant refaire la totalité de l’espace comme son propre décor."
La Société du Spectacle, Guy Debord.


À mesure qu’ils construisent leur monde par la force de leur travail aliéné, le décor de ce monde devient la prison dans laquelle il leur faudra vivre. Un monde sordide, sans saveur ni odeur, qui porte en lui la misère du mode de production dominant. 

Ce décor est en perpétuel construction. Rien n’y est stable. La réfection permanente de l’espace qui nous entoure trouve sa justification dans l’amnésie généralisée et l’insécurité dans lesquelles doivent vivre ses habitants. Il s’agit de tout refaire à l’image du système : le monde devient tous les jours un peu plus sale et bruyant, comme une usine. 

Chaque parcelle de ce monde est la propriété d’un État ou d’un particulier. Ce vol social qu’est l’appropriation exclusive du sol se trouve matérialisé dans l’omniprésence des murs, des barreaux, des clôtures, des barrières et des frontières… ils sont la trace visible de cette séparation qui envahit tout. 

Mais parallèlement, l’unification de l’espace selon les intérêts de la culture marchande est le grand objectif de notre triste époque. Le monde doit devenir une immense autoroute, rationnalisée à l’extrême, pour faciliter le transport des marchandises. Tout obstacle, naturel ou humain doit être détruit.

L’habitat dans lequel s’entasse cette masse servile est à l’image de leur vie : il ressemble à des cages, à des prisons, à des cavernes. Mais contrairement aux esclaves ou aux prisonniers, l’exploité des temps modernes doit payer sa cage.


« Car ce n’est pas l’homme mais le monde qui est devenu un anormal. »
Antonin Artaud


Chapitre IV : La marchandise

"Une marchandise paraît au premier coup d'œil quelque chose de trivial 
et qui se comprend de soi-même. Notre analyse a montré au contraire que 
c'est une chose très complexe, pleine de subtilité métaphysique et d'arguties théologiques."
Le Capital, Karl Marx


Et c’est dans ce logis étroit et lugubre qu’il entasse les nouvelles marchandises qui devraient, selon les messages publicitaires omniprésents, lui apporter le bonheur et la plénitude. Mais plus il accumule des marchandises et plus la possibilité d’accéder un jour au bonheur s’éloigne de lui.


« A quoi sert à un homme de tout posséder s’il perd son âme. »
Marc 8 ; 36

La marchandise, idéologique par essence, dépossède de son travail celui qui la produit et dépossède de sa vie celui qui la consomme. Dans le système économique dominant, ce n’est plus la demande qui conditionne l’offre mais l’offre qui détermine la demande. C’est ainsi que de manière périodique, de nouveaux besoins sont créés qui sont vite considérés comme des besoins vitaux par l’immense majorité de la population : ce fut d’abord la radio, puis la voiture, la télévision, l’ordinateur et maintenant le téléphone portable.

Toutes ces marchandises, distribuées massivement en un laps de temps très limité, modifient en profondeur les relations humaines : elles servent d’une part à isoler les hommes un peu plus de leur semblable et d’autre part à diffuser les messages dominants du système. Les choses qu’on possède finissent par nous posséder. 



Chapitre V : L’alimentation

"Ce qui est une nourriture pour l’un est un poison pour l’autre."
Paracelse


Mais c’est encore lorsqu’il s’alimente que l’esclave moderne illustre le mieux l’état de décrépitude dans lequel il se trouve. Disposant d’un temps toujours plus limité pour préparer la nourriture qu’il ingurgite, il en est réduit à consommer à la va-vite ce que l’industrie agro-chimique produit. Il erre dans les supermarchés à la recherche des ersatz que la société de la fausse abondance consent à lui donner. Là encore, il n’a plus que l’illusion du choix. L’abondance des produits alimentaires ne dissimule que leur dégradation et leur falsification. Il ne s’agit bien notoirement que d’organismes génétiquement modifiés, d’un mélange de colorants et de conservateurs, de pesticides, d’hormones et autres inventions de la modernité. Le plaisir immédiat est la règle du mode d’alimentation dominant, de même qu’il est la règle de toutes les formes de consommation.
Et les conséquences sont là qui illustrent cette manière de s’alimenter.

Mais c’est face au dénuement du plus grand nombre que l’homme occidental se réjouit de sa position et de sa consommation frénétique. Pourtant, la misère est partout où règne la société totalitaire marchande. Le manque est le revers de la médaille de la fausse abondance. Et dans un système qui érige l’inégalité comme critère de progrès, même si la production agro-chimique est suffisante pour nourrir la totalité de la population mondiale, la faim ne devra jamais disparaître.


« Ils se sont persuadés que l’homme, espèce pécheresse entre toutes, domine la création.
Toutes les autres créatures n’auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture,des fourrures, 
pour être martyrisées, exterminées. »
Isaac Bashevis Singer

L’autre conséquence de la fausse abondance alimentaire est la généralisation des usines concentrationnaires et l’extermination massive et barbare des espèces qui servent à nourrir les esclaves. Là se trouve l’essence même du mode de production dominant. La vie et l’humanité ne résistent pas face au désir de profit de quelques uns.



Chapitre VI : La destruction de l’environnement

"C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas."
Victor Hugo


Le pillage des ressources de la planète, l’abondante production d’énergie ou de marchandises, les rejets et autres déchets de la consommation ostentatoire hypothèquent gravement les chances de survie de notre Terre et des espèces qui la peuplent. Mais pour laisser libre court au capitalisme sauvage, la croissance ne doit jamais s’arrêter. Il faut produire, produire et reproduire encore.

Et ce sont les mêmes pollueurs qui se présentent aujourd’hui comme les sauveurs potentiels de la planète. Ces imbéciles du show business subventionnés par les firmes multinationales essayent de nous convaincre qu’un simple changement de nos habitudes de vie suffirait à sauver la planète du désastre. Et pendant qu’ils nous culpabilisent, ils continuent à polluer sans cesse notre environnement et notre esprit. Ces pauvres thèses pseudo-écologiques sont reprises en cœur par tous les politiciens véreux à cours de slogan publicitaire. Mais ils se gardent bien de proposer un changement radical dans le système de production. Il s’agit comme toujours de changer quelques détails pour que tout puisse rester comme avant.



Chapitre VII : Le travail

Travail, du latin Tri Palium trois pieux, instrument de torture.


Mais pour entrer dans la ronde de la consommation frénétique, il faut de l’argent et pour avoir de l’argent, il faut travailler, c'est-à-dire se vendre. Le système dominant a fait du travail sa principale valeur. Et les esclaves doivent travailler toujours plus pour payer à crédit leur vie misérable. Ils s’épuisent dans le travail, perdent la plus grande part de leur force vitale et subissent les pires humiliations. Ils passent toute leur vie à une activité fatigante et ennuyeuse pour le profit de quelques uns.

L’invention du chômage moderne est là pour les effrayer et les faire remercier sans cesse le pouvoir de se montrer généreux avec eux. Que pourraient-ils bien faire sans cette torture qu’est le travail ? Et ce sont ces activités aliénantes que l’on présente comme une libération. Quelle déchéance et quelle misère !

Toujours pressés par le chronomètre ou par le fouet, chaque geste des esclaves est calculé afin d’augmenter la productivité. L’organisation scientifique du travail constitue l’essence même de la dépossession des travailleurs, à la fois du fruit de leur travail mais aussi du temps qu’ils passent à la production automatique des marchandises ou des services. Le rôle du travailleur se confond avec celui d’une machine dans les usines, avec celui d’un ordinateur dans les bureaux. Le temps payé ne revient plus.

Ainsi, chaque travailleur est assigné à une tache répétitive, qu’elle soit intellectuelle ou physique. Il est spécialiste dans son domaine de production. Cette spécialisation se retrouve à l’échelle de la planète dans le cadre de la division internationale du travail. On conçoit en occident, on produit en Asie et l’on meurt en Afrique.



Chapitre VIII : La colonisation de tous les secteurs de la vie

"C’est l’homme tout entier qui est conditionné au comportement productif par
l’organisation du travail, et hors de l’usine il garde la même peau et la même tête."
Christophe Dejours



L’esclave moderne aurait pu se contenter de sa servitude au travail, mais à mesure que le système de production colonise tous les secteurs de la vie, le dominé perd son temps dans les loisirs, les divertissements et les vacances organisées. Aucun moment de son quotidien n’échappe à l’emprise du système. Chaque instant de sa vie a été envahi. C’est un esclave à temps plein.



Chapitre IX : La médecine marchande

"La médecine fait mourir plus longtemps;"
Plutarque



La dégradation généralisée de son environnement, de l’air qu’il respire et de la nourriture qu’il consomme ; le stress de ses conditions de travail et de l’ensemble de sa vie sociale, sont à l’origine des nouvelles maladies de l’esclave moderne.

Il est malade de sa condition servile et aucune médecine ne pourra jamais remédier à ce mal. Seule la libération la plus complète de la condition dans laquelle il se trouve enfermé peut permettre à l’esclave moderne de se libérer de ses souffrances.

La médecine occidentale ne connaît qu’un remède face aux maux dont souffrent les esclaves modernes : la mutilation. C’est à base de chirurgie, d’antibiotique ou de chimiothérapie que l’on traite les patients de la médecine marchande. On s’attaque aux conséquences du mal sans jamais en chercher la cause. Cela se comprend autant que cela s’explique : cette recherche nous conduirait inévitablement vers une condamnation sans appel de l’organisation sociale dans son ensemble.

De même qu’il a transformé tous les détails de notre monde en simple marchandise, le système présent a fait de notre corps une marchandise, un objet d’étude et d’expérience livré aux apprentis sorciers de la médecine marchande et de la biologie moléculaire. Et les maîtres du monde sont déjà prêts à breveter le vivant.

Le séquençage complet de l’ADN du génome humain est le point de départ d’une nouvelle stratégie mise en place par le pouvoir. Le décodage génétique n’a d’autres buts que d’amplifier considérablement les formes de domination et de contrôle. Notre corps lui-aussi, après tant d’autres choses, nous a échappé.



Chapitre X : L’obéissance comme seconde nature

"À force d’obéir, on obtient des réflexes de soumission."
Anonyme



Le meilleur de sa vie lui échappe mais il continue car il a l’habitude d’obéir depuis toujours. L’obéissance est devenue sa seconde nature. Il obéit sans savoir pourquoi, simplement parce qu’il sait qu’il doit obéir. Obéir, produire et consommer, voilà le triptyque qui domine sa vie. Il obéit à ses parents, à ses professeurs, à ses patrons, à ses propriétaires, à ses marchands. Il obéit à la loi et aux forces de l’ordre. Il obéit à tous les pouvoirs car il ne sait rien faire d’autre. La désobéissance l’effraie plus que tout car la désobéissance, c’est le risque, l’aventure, le changement. Mais de même que l’enfant panique lorsqu’il perd de vue ses parents, l’esclave moderne est perdu sans le pouvoir qui l’a créé. Alors ils continuent d’obéir.

C’est la peur qui a fait de nous des esclaves et qui nous maintient dans cette condition. Nous nous courbons devant les maîtres du monde, nous acceptons cette vie d’humiliation et de misère par crainte.

Nous disposons pourtant de la force du nombre face à cette minorité qui gouverne. Leur force à eux, ils ne la retirent pas de leur police mais bien de notre consentement. Nous justifions notre lâcheté devant l’affrontement légitime contre les forces qui nous oppriment par un discours plein d’humanisme moralisateur. Le refus de la violence révolutionnaire est ancré dans les esprits de ceux qui s’opposent au système au nom des valeurs que ce système nous a lui-même enseignés.

Mais le pouvoir, lui, n’hésite jamais à utiliser la violence quand il s’agit de conserver son hégémonie.


Chapitre XI : La répression et la surveillance

"Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison."
La désobéissance civile, Henry David Thoreau



Pourtant, il y a encore des individus qui échappent au contrôle des consciences. Mais ils sont sous surveillance. Toute forme de rébellion ou de résistance est de fait assimilée à une activité déviante ou terroriste. La liberté n’existe que pour ceux qui défendent les impératifs marchands. L’opposition réelle au système dominant est désormais totalement clandestine. Pour ces opposants, la répression est la règle en usage. Et le silence de la majorité des esclaves face à cette répression trouve sa justification dans l’aspiration médiatique et politique à nier le conflit qui existe dans la société réelle.


Chapitre XII : L’argent

"Et ce que l’on faisait autrefois pour l’amour de Dieu, on le fait maintenant pour l’amour de l’argent, 
c’est-à-dire pour l’amour de ce qui donne maintenant le sentiment de
puissance le plus élevé et la bonne conscience."
Aurore, Nietzsche



Comme tous les êtres opprimés de l’Histoire, l’esclave moderne a besoin de sa mystique et de son dieu pour anesthésier le mal qui le tourmente et la souffrance qui l’accable. Mais ce nouveau dieu, auquel il a livré son âme, n’est rien d’autre que le néant. Un bout de papier, un numéro qui n’a de sens que parce que tout le monde a décidé de lui en donner. C’est pour ce nouveau dieu qu’il étudie, qu’il travaille, qu’il se bat et qu’il se vend. C’est pour ce nouveau dieu qu’il a abandonné toute valeur et qu’il est prêt à faire n’importe quoi. Il croit qu’en possédant beaucoup d’argent, il se libérera des contraintes dans lesquels il se trouve enfermé. Comme si la possession allait de paire avec la liberté. La libération est une ascèse qui provient de la maîtrise de soi. Elle est un désir et une volonté en actes. Elle est dans l’être et non dans l’avoir. Mais encore faut-il être résolu à ne plus servir, à ne plus obéir. Encore faut-il être capable de rompre avec une habitude que personne, semble-t-il, n’ose remettre en cause.



Chapitre XIII : Pas d’alternative à l’organisation sociale dominante

Acta est fabula
La pièce est jouée


Or l’esclave moderne est persuadé qu’il n’existe pas d’alternative à l’organisation du monde présent. Il s’est résigné à cette vie car il pense qu’il ne peut y en avoir d’autres. Et c’est bien là que se trouve la force de la domination présente : entretenir l’illusion que ce système qui a colonisé toute la surface de la Terre est la fin de l’Histoire. Il a fait croire à la classe dominée que s’adapter à son idéologie revient à s’adapter au monde tel qu’il est et tel qu’il a toujours été. Rêver d’un autre monde est devenu un crime condamné unanimement par tous les médias et tous les pouvoirs. Le criminel est en réalité celui qui contribue, consciemment ou non, à la démence de l’organisation sociale dominante. Il n’est pas de folie plus grande que celle du système présent.


Chapitre XIV : L’image

"Sinon, qu’il te soit fait connaitre, o roi, que tes dieux ne sont pas ceux que nous servons,
et l’image d’or que tu as dressé, nous ne l’adorerons pas."
Ancien Testament, Daniel 3 / 18


Devant la désolation du monde réel, il s’agit pour le système de coloniser l’ensemble de la conscience des esclaves. C’est ainsi que dans le système dominant, les forces de répression sont précédées par la dissuasion qui, dès la plus petite enfance, accomplit son œuvre de formation des esclaves. Ils doivent oublier leur condition servile, leur prison et leur vie misérable. Il suffit de voir cette foule hypnotique connectée devant tous les écrans qui accompagnent leur vie quotidienne. Ils trompent leur insatisfaction permanente dans le reflet manipulé d’une vie rêvée, faite d’argent, de gloire et d’aventure. Mais leurs rêves sont tout aussi affligeants que leur vie misérable.

Il existe des images pour tous et partout, elles portent en elle le message idéologique de la société moderne et servent d’instrument d’unification et de propagande. Elles croissent à mesure que l’homme est dépossédé de son monde et de sa vie. C’est l’enfant qui est la cible première de ces images car il s’agit d’étouffer la liberté dans son berceau. Il faut les rendre stupides et leur ôter toute forme de réflexion et de critique. Tout cela se fait bien entendu avec la complicité déconcertante de leurs parents qui ne cherchent même plus à résister face à la force de frappe cumulée de tous les moyens modernes de communication. Ils achètent eux-mêmes toutes les marchandises nécessaires à l’asservissement de leur progéniture. Ils se dépossèdent de l’éducation de leurs enfants et la livrent en bloc au système de l’abrutissement et de la médiocrité.

Il y a des images pour tous les âges et pour toutes les classes sociales. Et les esclaves modernes confondent ces images avec la culture et parfois même avec l’art. On fait appel aux instincts les plus sordides pour écouler les stocks de marchandises. Et c’est encore la femme, doublement esclave dans la société présente, qui en paye le prix fort. Elle en est réduite à être un simple objet de consommation. La révolte elle-même est devenue une image que l’on vend pour mieux en détruire le potentiel subversif. L’image est toujours aujourd’hui la forme de communication la plus simple et la plus efficace. On construit des modèles, on abrutit les masses, on leur ment, on crée des frustrations. On diffuse l’idéologie marchande par l’image car il s’agit encore et toujours du même objectif : vendre, des modes de vie ou des produits, des comportements ou des marchandises, peu importe mais il faut vendre.



Chapitre XV : Les divertissements

"La télévision ne rend idiots que ceux qui la regardent, pas ceux qui la font."
Patrick Poivre d’Arvor


Ces pauvres hommes se divertissent, mais ce divertissement n’est là que pour faire diversion face au véritable mal qui les accable. Ils ont laissé faire de leur vie n’importe quoi et ils feignent d’en être fiers. Ils essayent de montrer leur satisfaction mais personne n’est dupe. Ils n’arrivent même plus à se tromper eux-mêmes lorsqu’ils se retrouvent face au reflet glacé du miroir. Ainsi ils perdent leur temps devant des imbéciles sensés les faire rire ou les faire chanter, les faire rêver ou les faire pleurer.

On mime à travers le sport médiatique les succès et les échecs, les forces et les victoires que les esclaves modernes ont cessé de vivre dans leur propre quotidien. Leur insatisfaction les incite à vivre par procuration devant leur poste de télévision. Tandis que les empereurs de la Rome antique achetaient la soumission du peuple avec du pain et les jeux du cirque, aujourd’hui c’est avec les divertissements et la consommation du vide que l’on achète le silence des esclaves.



Chapitre XVI : Le langage

"On croit que l'on maîtrise les mots, mais ce sont les mots qui nous maîtrisent."
Alain Rey


La domination sur les consciences passe essentiellement par l’utilisation viciée du langage par la classe économiquement et socialement dominante. Étant détenteur de l’ensemble des moyens de communication, le pouvoir diffuse l’idéologie marchande par la définition figée, partielle et partiale qu’il donne des mots.

Les mots sont présentés comme neutres et leur définition comme allant de soi. Mais sous le contrôle du pouvoir, le langage désigne toujours autre chose que la vie réelle.

C’est avant tout un langage de la résignation et de l’impuissance, le langage de l’acceptation passive des choses telles qu’elles sont et telles qu’elles doivent demeurer. Les mots travaillent pour le compte de l’organisation dominante de la vie et le fait même d’utiliser le langage du pouvoir nous condamne à l’impuissance.

Le problème du langage est au centre du combat pour l’émancipation humaine. Il n’est pas une forme de domination qui se surajoute aux autres, il est le cœur même du projet d’asservissement du système totalitaire marchand.

C’est par la réappropriation du langage et donc de la communication réelle entre les personnes que la possibilité d’un changement radical émerge de nouveau. C’est en cela que le projet révolutionnaire rejoint le projet poétique. Dans l’effervescence populaire, la parole est prise et réinventée par des groupes étendus. La spontanéité créatrice s’empare de chacun et nous rassemble tous.


Chapitre XVII : L’illusion du vote et de la démocratie parlementaire

"Voter, c’est abdiquer."
Élisée Reclus


Pourtant, les esclaves modernes se pensent toujours citoyens. Ils croient voter et décider librement qui doit conduire leurs affaires. Comme s’ils avaient encore le choix. Ils n’en ont conservé que l’illusion. Croyez-vous encore qu’il existe une différence fondamentale quant au choix de société dans laquelle nous voulons vivre entre le PS et l’UMP en France, entre les démocrates et les républicains aux États-Unis, entre les travaillistes et les conservateurs au Royaume-Uni ? Il n’existe pas d’opposition car les partis politiques dominants sont d’accord sur l’essentiel qui est la conservation de la présente société marchande. Il n’existe pas de partis politiques susceptibles d’accéder au pouvoir qui remette en cause le dogme du marché. Et ce sont ces partis qui avec la complicité médiatique monopolise l’apparence. Ils se chamaillent sur des points de détails pourvu que tout reste en place. Ils se disputent pour savoir qui occupera les places que leur offre le parlementarisme marchand. Ces pauvres chamailleries sont relayées par tous les médias dans le but d’occulter un véritable débat sur le choix de société dans laquelle nous souhaitons vivre. L’apparence et la futilité dominent sur la profondeur de l’affrontement des idées. Tout cela ne ressemble en rien, de près ou de loin à une démocratie.

La démocratie réelle se définit d’abord et avant tout par la participation massive des citoyens à la gestion des affaires de la cité. Elle est directe et participative. Elle trouve son expression la plus authentique dans l’assemblée populaire et le dialogue permanent sur l’organisation de la vie en commun. La forme représentative et parlementaire qui usurpe le nom de démocratie limite le pouvoir des citoyens au simple droit de vote, c'est-à-dire au néant, tant il est vrai que le choix entre gris clair et gris foncé n’est pas un choix véritable. Les sièges parlementaires sont occupés dans leur immense majorité par la classe économiquement dominante, qu'elle soit de droite ou de la prétendue gauche sociale-démocrate

Le pouvoir n’est pas à conquérir, il est à détruire. Il est tyrannique par nature, qu’il soit exercé par un roi, un dictateur ou un président élu. La seule différence dans le cas de la « démocratie » parlementaire, c’est que les esclaves ont l’illusion de choisir eux-mêmes le maître qu’ils devront servir. Le vote a fait d’eux les complices de la tyrannie qui les opprime. Ils ne sont pas esclaves parce qu’il existe des maîtres mais il existe des maîtres parce qu’ils ont choisi de demeurer esclaves.


Chapitre XVIII : Le système totalitaire marchand

"La nature n’a créé ni maîtres ni esclaves,
Je ne veux ni donner ni recevoir de lois."
Denis Diderot


Le système dominant se définit donc par l’omniprésence de son idéologie marchande. Elle occupe à la fois tout l’espace et tous les secteurs de la vie. Elle ne dit rien de plus que : « Produisez, vendez, consommez, accumulez ! » Elle a réduit l’ensemble des rapports humains à des rapports marchands et considère notre planète comme une simple marchandise. Le devoir qu’elle nous impose est le travail servile. Le seul droit qu’elle reconnait est le droit à la propriété privée. Le seul dieu qu’elle arbore est l’argent.

Le monopole de l’apparence est total. Seuls paraissent les hommes et les discours favorables à l’idéologie dominante. La critique de ce monde est noyée dans le flot médiatique qui détermine ce qui est bien et ce qui est mal, ce que l’on peut voir et ce que l’on ne peut pas voir.

Omniprésence de l’idéologie, culte de l’argent, monopole de l’apparence, parti unique sous couvert du pluralisme parlementaire, absence d’une opposition visible, répression sous toutes ses formes, volonté de transformer l’homme et le monde. Voila le visage réel du totalitarisme moderne que l’on appelle « démocratie libérale » mais qu’il faut maintenant appeler par son nom véritable : le système totalitaire marchand. L’homme, la société et l’ensemble de notre planète sont au service de cette idéologie. Le système totalitaire marchand a donc réalisé ce qu’aucun totalitarisme n’avait pu faire avant lui : unifier le monde à son image. Aujourd’hui, il n’y a plus d’exil possible.


Chapitre XIX : Perspectives
A mesure que l’oppression s’étend à tous les secteurs de la vie, la révolte prend l’allure d’une guerre sociale. Les émeutes renaissent et annoncent la révolution à venir.

La destruction de la société totalitaire marchande n’est pas une affaire d’opinion. Elle est une nécessité absolue dans un monde que l’on sait condamné. Puisque le pouvoir est partout, c’est partout et tout le temps qu’il faut le combattre.

La réinvention du langage, le bouleversement permanent de la vie quotidienne, la désobéissance et la résistance sont les maîtres mots de la révolte contre l’ordre établi. Mais pour que de cette révolte naisse une révolution, il faut rassembler les subjectivités dans un front commun.

C’est à l’unité de toutes les forces révolutionnaires qu’il faut œuvrer. Cela ne peut se faire qu’à partir de la conscience de nos échecs passés : ni le réformisme stérile, ni la bureaucratie totalitaire ne peuvent être une solution à notre insatisfaction. Il s’agit d’inventer de nouvelles formes d’organisation et de lutte.

L’autogestion dans les entreprises et la démocratie directe à l’échelle des communes constituent les bases de cette nouvelle organisation qui doit être antihiérarchique dans la forme comme dans le contenu.

Le pouvoir n’est pas à conquérir, il est à détruire


Chapitre XX : Épilogue

"O Gentilshommes, la vie est courte… 
Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois."

William Shakespeare





4 / SOURCE

Le site du documentaire le lien ici : De la servitude moderne