jeudi 13 mars 2014

13 mars, Dien Bien Phu entre dans le Mythe

Dien Bien Phu, 13 mars 1954

"...à des milliers de kilomètres de leur patrie, dans une vallée oubliée du Haut-Tonkin, les hommes de Dien Bien Phu ont écrit avec leur sang une nouvelle geste qui renoue, par-delà les siècles, avec l’héroïsme de la chanson de Roland. Dans la plaine de Dien Bien Phu, comme à Roncevaux, des soldats, en se sacrifiant jusqu’au dernier, ont transmué un désastre en épopée…"

Jacques Chirac, extrait de l'allocution prononcée aux Invalides, le 7 mai 2004 


Les combats de Dien Bien Phu, ont la capacité de cristalliser à eux seuls toutes les 9 années de la  guerre d'Indochine. Mais si cette immense bataille qui précipitera la fin du conflit, fait toujours l'objet de polémiques quant à sa signification politique ou sa conduite stratégique, tous s'accordent à lui donner, au regard du sacrifice héroïque des soldats assiégés une dimension mythique.

Dien Bien Phu est situé dans une vallée orientée nord-sud, longue de 17 kilomètres et large de cinq à sept kilomètres. À l'est et au nord-est se trouve une zone de petites collines grimpant progressivement vers des sommets boisés qui s'étagent entre 1000 et 1300 mètres. La dénivellation entre la vallée et les cimes des montagnes varie de 600 à 700 mètres.
Ce chef lieu administratif relié à Hanoï par un aérodrome et les 500 km de la route provinciale 41, a une importance stratégique du fait de sa proximité avec les frontières chinoises et laotiennes. C'est le verrou du pays Thaï. 

Avant que ne commencent les combats, c'est une bataille logistique qui s'engage pendant de longs mois, pendant laquelle les belligérants organisent et renforcent leurs positions. D'un côté, l'opération "Castor" alimente par un pont aérien quotidien, la garnison de Dien Bien Phu qui va engloutir entre novembre et avril 1954, plus de 14 000 hommes, retranchés sur différents Centres de Résistance fortifiés (CR) et baptisés de prénoms féminins. De l'autre côté, et malgré les 600 km les séparant de leur bases logistiques, les vietminnhs réussiront a déployer et alimenter en vivres, et munitions un corps de bataille de 100 000 hommes, grâce à 75000 coolies. Les meilleures divisions d'assaut du général Giap enserrent le camp retranché, appuyées notamment par une division lourde équipée de 24 canons de 105 mm et d'une artillerie antiaérienne importante.

(Cliquez sur l'image pour agrandir la carte)

A 17h 00, ce samedi 13 mars 1954, une intense préparation d'artillerie ouvre le premier acte de la tragédie de Dien Bien Phu qui s’achèvera le 8 mai, après 56 jours de combats intenses entre bombardements et corps à corps incessants. 

L'objectif visé est le point d'appui "Béatrice" tenu par le 3ème bataillon de la la 13ème Demi-Brigade de la Légion Étrangère et contre lequel monte à l'assaut la Division Vietminh 316. 
Si les activités ennemies observées dans les jours précédents, présageaient d'une attaque imminente, la surprise fut immense pour la garnison française qui ne pensait pas que le vietmhin puisse acheminer et camoufler une artillerie puissante sur les collines environnantes.
Les légionnaires finissent par être submergés par les vagues incessantes ennemies, qui se sacrifient sur leurs défenses et après plusieurs heures de combat au corps à corps, la position est déclarée perdue au milieu de la nuit..

Le lendemain 14 mars, tandis que le 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens est largué en renfort sur Dien Bien Phu, la Division Vietminh 308 attaque à son tour le Centre de Résistance "Gabrielle" vers 20h00, après une nouvelle préparation intense d'artillerie. Cette position est tenue par le 5ème bataillon du 7ème Régiment de tirailleurs algériens. Les "Turcos", emmenés par le chef de bataillon de Mecquenem, se battent au corps à corps avec un courage inouï et réussissent malgré leur nombre à repousser au prix de lourdes pertes les vagues ininterrompues des vietminhs qui se replient à 02h30 du matin.

Une heure plus tard, les troupes fraîches de la Division Vietminh 312 montent à l'assaut après un nouveau pilonnage d'artillerie. Les survivants du 5ème bataillon, submergés,  sont contraints d'abandonner la position au petit matin, tandis qu'arrive, mais trop tard, la contre attaque menée par des éléments du 1er BEP* et du 5ème BPVN* (parachutés la veille !), appuyés par des chars du 1er RCC*. 

Après "Béatrice", c'est au tour de "Gabrielle" d'être considérée comme perdue le 15 mars 1954 à 8 heures du matin. Dans la journée l'artillerie de Giap neutralise la piste d'aviation. Le commandement est sous le choc, les pertes essuyées sont au deux tiers causées par une artillerie vietmihn invincible; et le colonel Piroth, commandant l'artillerie de Dien Bien Phu, honteux d'avoir sous estimé l'adversaire mais aussi surestimé sa capacité à le contrebattre se suicide le 15 mars dans son abri. 

Les soldats français ont perdu dans les deux premiers jours de la bataille deux CR* importants, écrasés par une artillerie imprévue et à l'abri des contrebatteries de la garnison, et submergés par des unités supérieures en nombre et précédées par des vagues épuisantes de combattants sacrifiés . 

Mais Giap est peut-être le plus surpris dans ce début de la bataille, car la résistance acharnée des légionnaires et des tirailleurs algériens très inférieurs en nombre, lui a coûté des pertes immenses dans ses bataillons d'élites (entre 2000 et 3000 tués) et va l'obliger à faire une pause, et modifier ses plans, choisissant pour les deux semaines suivantes, une stratégie de harcèlement et d'asphyxie du camp retranché.

Le Commandement français qui a gravement sous estimé les moyens du général Giap, doit réorganiser rapidement en renforçant les défenses et le moral des assiégés. Des renforts sont acheminés sur le camp retranché, et, dans l’après midi du 16 mars c'est au tour du  6ème BCP* de sauter sur Dien Bien Phu. 

Dès son arrivée Bigeard incarne et anime la résistance de Dien Bien Phu dont il sera un des derniers défenseurs

A l'arrivée du "Bataillon Bigeard", l'espoir renaît dans les tranchées, car son chef "Bruno" (nom de son indicatif radio) est précédé par une renommée déjà mythique. 
Le Chef de Bataillon Marcel Bigeard, va rapidement devenir l'âme héroïque de Dien Bien Phu, dont il incarne la résistance jusqu'au coeur du dernier carré de ses défenseurs du 7 mai 1954.  

En attendant d'entrer dans la légende, et sous la lumière féerique de l'Asie, les hommes et les femmes de Dien Bien Phu, conscients du danger et du destin terribles qui se jouent de leurs vies, attendent désormais avec abnégation, dans le silence précédant la tempête, le grand choc de l'Histoire. 

Erwan Castel, 13 mars 2014


NOTES

* BCP : Bataillon de Chasseurs Parachutistes
* BEP : Bataillon Etranger de Parachutistes
* BPVN : Bataillon de Parachutistes Vietnamiens 
* CR : Centre de Résistance
* RCC : Régiment de Chasseurs à Cheval



4 commentaires :

  1. http://www.youtube.com/watch?v=qhX3M5eWzBU

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    1. Merci Philippe Delbauvre pour ce lien vers le filme magistral "Dien Bien Phu"
      de Pierre Schœndœrffer

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  2. "Les combats que j’ai connu de 1950 à 1953 au Vietnam furent d’une âpreté et d’une violence que je n’ai plus jamais retrouvées durant ma carrière militaire. J’ai compris à cette époque le jugement porté par Winston Churchill :
    «Quand j’étais jeune, la guerre me paraissait cruelle et amusante. Maintenant, elle me paraît toujours aussi cruelle, mais je sais qu’elle est abominable».
    Parfois, nous avions l’impression que c’était un cauchemar et que nous allions nous réveiller. Ceux qui prétendent aimer la guerre ont dû la faire loin du carnage des champs de bataille, des cadavres épars et des femmes éventrées.
    La guerre est un mal absolu. Il n’y a pas de guerre joyeuse ou de guerre triste, de belle guerre ou de sale guerre.
    La guerre, c’est le sang, la souffrance, les visages brûlés, les yeux agrandis par la fièvre, la pluie, la boue, les excréments, les ordures, les rats qui courent sur les corps, les blessures monstrueuses, les femmes et les enfants transformés en charogne. La guerre humilie, déshonore, dégrade. C’est l’horreur du monde rassemblée dans un paroxysme de crasse, de sang, de larmes, de sueur et d’urine.
    L’irruption du danger, l’entrée dans ces territoires où rôde la mort, oblige à se hisser à la pointe de soi-même. Lorsque tout peut se briser en une seconde, l’homme est nu. Il ne lui reste qu’à être un homme."
    Hélie de Saint Marc

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    1. plusieurs contrat ( comme contracteur , mercenaire ) en Croatie en Asie du sud est et pour finir au Kosovo avec l uck je peut vous dire que riens n et romantique se qui ma le plus choqué se sont les pertes brutes de personnes et la pertes d humanités jais le souvenir d un combattent étranger au Cambodge quand j étais au ordre du général ong sa pour le commerce d opium dans le triangle d or pour les khmer rouge ( Laos Birmanie Thaïlande ) ce combattent sud africain et mord en 76 h a cause d une coupure a la machette au mollet ( infection) l armée thaï nous avais mit en pièce et plus de d antibiotique jais perdu pas mal de camarade mais luis je peut pas l oublier

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