samedi 8 mars 2014

Hypatie d'Alexandrie

Devant l'errance de la société moderne, j'avoue humblement refuser d'habitude de me soumettre au rituel de ces journées commémoratives et normatives imposées... 
Car, à l'exception des journées nationales en hommage aux morts des guerres, et qui imposent le respect et le souvenir du sacrifice réalisé pour nos libertés, j'avoue que les journées de la musique, de la trisomie, de l'autisme, de l'engagement bénévole, du fromage, de la sécurité routière, de l’herpès, ne suscitent en moi aucune émotion supplémentaire que celle que je peux déjà éprouver éventuellement pour les thèmes défendus.

Au contraire même, ces journées, par leur profusion et leur inégalité symbolique m'invitent plus à garder une distance vis à vis de ces commémorations aux apparences consuméristes...

Et pourtant, j'oserai ici la contradiction avec moi même ! 

La femme radieuse et souveraine


Car à l'heure du féminisme égalitariste, de la  laide hystérie des "femen", j'ai envie, par réaction, de rendre hommage, moi aussi à la femme, la païenne, celle qui, différencialisée de l'homme, incarne la souveraine beauté de la vie...

La "théorie du genre", qui est loin d'être le produit imaginaire d'une droite radicale, mais bel et bien, comme le prouvent de très nombreux textes et déclarations récentes, le fantasme d'une gauche décadente, veut tout simplement détruire le féminin (comme le masculin d'ailleurs). 

Cette idéologie nihiliste est en fait le dernier avatar débile d'une réaction logique au sexisme institutionnalisé dans les sociétés monothéistes (alors qu'initialement, un féminisme différentialiste proposait au contraire une libération, par revalorisation équitable et complémentaire, de la femme).

Le principe féminin est païen

Quand on étudie les sociétés païennes, on découvre bien souvent que la femme y occupe en fait une place privilégiée: à travers les divinités majeures incarnant la Terre, les cycles naturels et agricoles, le principe féminin dans le paganisme européen, est également intimement associé à la guerre, à la connaissance aux sciences et aux arts. 
Cette représentation sacrée se retrouve tout naturellement déclinée dans la vie quotidienne des sociétés traditionnelles, et l'importance souveraine de la femme ne se limite pas aux pythies sacrées des temples grecs ou aux reines guerrières celtes. La femme, c'est surtout le personnage central du foyer, (le "poto mitan" comme on dit en créole), car si elle transmet la vie par nature, c'est elle aussi qui transmet la connaissance et incarne la Tradition du clan. Cette fonction s'est perpétuée jusqu'à nos jours par exemple, dans la transmission habituelle des chants traditionnels qui, s'ils sont souvent chanté en public par des hommes, sont quasiment toujours recueillis auprès de femmes...

Mais les prêtres, serviteurs et "à l'image" d'un Dieu unique, masculin et jaloux, imposèrent par la hache et le feu,il y a 2000 ans, une société phallocratique universaliste. 
Le féminin sacré se réfugia alors au secret des forêts anciennes, essayant d'échapper aux bûchers condamnant les "sourcières", ou il a survécu dans les légendes chevaleresques de l'amour courtois, et jusque dans la symbolique du culte marial ou de l’hagiographie chrétienne (comme avec Sainte Anne par exemple)...

C'est ce féminin sacré et initiateur, incarné au XIV° siècle par la Béatrice de Dante, qui éclaire des sommets de la connaissance, le chemin du poète dans sa recherche d'une vie nouvelle....

"Le souffle de Platon dans le corps d'Aphrodite" 
Leconte de Lisle


Alors pour illustrer un hommage à la Femme, je choisis d'évoquer Hypatie d'Alexandrie, car selon moi elle incarne, magnifiquement et héroïquement, ce principe féminin, pierre angulaire et divine de l'harmonie et de la beauté de la Tradition.
De plus, cette philosophe, qui symbolise à la fois par sa vie la sagesse antique, et par son martyr l'intolérance chrétienne, a été assassinée très exactement il y a 1599 ans, pendant cette période dite de "carème" de l'année chrétienne 415.

J'ai déjà évoqué dans un précédent article, l'histoire de cette jeune païenne d'Alexandrie, astronome et philosophe, et que les obscurantistes chrétiens massacrèrent au nom de la religion d'amour. (Voir le lien ci après)

Voici pour commencer une évocation magnifique de cette sagesse ancienne incarnée respectant l'ordre naturel et diffusait alentour Hypatie d'Alexandrie.
Cet hommage est réalisée sur "Le journal de personne", site étonnant et détonnant, animé par une artiste libre non moins exceptionnelle,  femme au talent lumineux que je salue ici .

Ainsi parla la femme...
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Il n’y a aucune raison de se mettre à genoux
Quand on peut tenir debout
Ce n’est pas parce que vous savez
Que c’est la terre qui tourne autour du soleil
Que vous avez plus de chance de vous faire entendre…
Les yeux continueront de voir le soleil rôder autour de la terre.
Car les illusions sont tenaces.
Ne l’avez-vous donc pas encore compris ?
Que la voie est sans issue parce que nos voix sont discordantes.
Notre incapacité à nous accorder est affligeante…
Nous ne sommes même pas d’accord pour reconnaître nos désaccords.
Que sommes-nous devenus ?
Des clavecins sans cordes…
Pitoyable musique. Pitoyable politique…
Impitoyable course contre la montre… tous à la recherche du temps perdu….
Parce qu’il n’y a plus de temps à perdre… on a déjà perdu… la raison…
Parce que le monde, nous envie. Sans raison.
Parce que le monde nous en veut. Sans raison.
De raison – je n’en vois qu’une et une seule : L’amour
Non je ne récite pas les évangiles
Avant l’amour du Christ… on en avait découvert un autre…
Qui ne s’agenouille pas, ne se prosterne pas… ne prie pas
L’amour de la sagesse…
Pour les fous que nous sommes devenus…
C’est la seule véritable porte de salut.
Lis… pense… réfléchis …
C’est par ici la sortie…
Parce qu’il s’agit d’astronomie ou de philosophie
Car je vous le dis, en toute humilité
Pour vivre il faut apprendre à ouvrir un livre
Un livre qui désacralise les astres
Un livre qui relativise les désastres
Un livre qui vous délivre de vous-même
Car avant de faire l’amour
Il faut aimer le faire.
En fouillant les entrailles de la terre
En en ouvrant toutes les veines
On a toutes les chances de faire jaillir le ciel !

Le lien ici : Ainsi parla la femme...


Hypatie d'Alexandrie

Portrait de femme égyptienne du Fayoum

L'histoire des hommes n'aurait jamais dû retenir le nom de cette philosophe et mathématicienne d'Alexandrie, car après son meurtre par les chrétiens, son corps dépecé fut brûlé et répandu à travers la ville pour que rien ne puisse en témoigner ni perpétuer son souvenir. 

Mais Hypatie a survécu à la "damnatio memoriae", et son souvenir qui a résisté au mépris de l'église catholique jusqu'à nos jours (1) témoigne du début de la décadence d'Alexandrie qui fut certainement l'un des centres culturels et religieux les plus importants du monde antique, mais surtout symbolise l'opposition de la raison de la sagesse païenne à l'obscurantisme du dogmatisme chrétien.

Car cette cité aux "4000 palais et 400 théâtres, où se côtoyaient juifs, grecs, égyptiens, byzantins, africains, était dénuée de toute ambition civilisatrice. La tolérance et la sagesse y rayonnaient depuis des siècles, jusqu'à l'arrivée des chrétiens... 




Élevée à la lumière d'Athènes,

Hypatie, est née vers 370, c'est la fille de Théon le mathématicien, philosophe célèbre qui enseigne au musée d'Alexandrie. Adolescente, elle effectue un séjour en Grêce et s'initie à la sagesse et aux sciences néo-platoniciennes. Plus tard de retour à Alexandrie, Hypatie devient l'élève et la continuatrice de son père, maîtrisant principalement les mathématiques, la philosophie mais aussi l'astronomie.
Elle va étudier notamment les travaux d'Apollonius de Perga (2), de Diophante d'Alexandrie (3) et de Ptolémée de Thébaïde (3), dont elle organise la diffusion des œuvres.

Mais surtout cette initiatrice aux "mystères" des sciences, laissera le souvenir de sa grande sagesse et tolérance et d'un rayonnement intellectuel qui s'étendra au delà des frontières impériales. 
Cette philosophe, s'inscrit dans la pure tradition platonicienne, s'entourant chez elle de disciples venus de tous les horizons, de toute l'Égypte, mais aussi de Syrie, de Cyrène et de Constantinople, et y compris des chrétiens comme Synésios de Cyrène, futur évêque de Ptolémaïs et qui atteste dans sa correspondance de la grande sagesse de cette femme. 

Mais le rayonnement intellectuel de cette femme dépasse largement son cercle philosophique d'initiés, elle enseigne sur la voie publique, la sagesse ancienne et l'amour des sciences, et sa connaissance est servi par son charisme, son éloquence, sa grande beauté et sa probité exemplaires.


Elle s'oppose à l'obscurantisme chrétien

Hypathie n'est encore qu'une enfant, lorsque l'empereur Théodose impose le christianisme comme religion officielle de l'Empire. L'intolérance théologique de cette nouvelle église, armée des pouvoirs de l'Etat, va rapidement mettre fin à un millénaire de stabilité religieuse et de tolérance intellectuelle.

Les nouveaux évêques, confondant les pouvoirs théologiques et politiques provoquent de plus en plus de troubles à travers l'empire... De retour de Grèce, Hypatie, qui a obtenu un poste au musée d'Alexandrie, tout en continuant ses études et son enseignement, constate amèrement le rejet théologique des sciences par un courant chrétien intolérant et grandissant. 
En effet, le nouveau patriarche d'Alexandrie, l’évêque Cyrille, veut éradiquer de la ville toutes les autres formes de pensée religieuses ou philosophiques, qu'il considère comme des hérésies. Ainsi, de la philosophie et de l'astronomie jugées diaboliques du fait qu'elles veulent pénétrer les secrets de l'oeuvre créatrice divine. C'est ainsi que ce "père de l'Eglise" va jalonner l'histoire de sa vie de toutes sortes de procès, condamnations et persécutions qu'ils intente à tous ceux qui refusent son dogmatisme théologique. 

A Alexandrie, il va ainsi s'opposer avec violence à Oreste, dernier préfet impérial qui même après sa conversion, veut protéger la tolérance multiconfessionnelle de la ville et la séparation des pouvoirs. Ce conflit dégénère en troubles publics de plus en plus importants, fomentés par une communauté qui veut se venger des persécutions anti-chrétiennes menées par Dioclétien un siècle plus tôt.

Hypatie qui compte parmi ses amis et ses disciples, des chrétiens, des juifs et des païens bénéficie de la protection de l'administration dirigé par le préfet Oreste, un ami fidèle.
Mais ce dernier devant la violence de plus en plus importante, doit quitter la ville en mars 415, après un attentat chrétien commandité par Cyrille, et dont il réchappe de justesse.

Dès lors, l’évêque a les mains libres et va pouvoir augmenter les persécutions contre les non chrétiens, et cette jeune femme scientifique, lettrée et capable de défaire avec intelligence l'irrationalité simpliste des arguties chrétiennes, devient son ennemie principale, qui plus est, habillée d'une beauté diabolique... 


Et devient une martyre païenne...

Vouloir comprendre l'univers aux yeux du dogmatisme chrétien, c'est vouloir défier Dieu; et la belle et sage Hypatie, pour qui la science élève l'esprit et réunit tous les hommes par delà leurs différences, est alors déclarée "ennemie de la foi".

Alors, dans cet antique phare de la sagesse humaine, la lumière décroît rapidement:  dans les rues de la cité on s'épie, les sabotages alternent avec les attentats et les émeutes assiègent le musée d'Alexandrie. Hypatie, convaincue que la science n'est pas incompatible avec l'exercice de la foi, continue imperturbable ses cours et ses expériences, persuadée que la raison va revenir dans la cité.

Mais Cyrille, dans sa folie meurtrière a fait d'Hypatie son ennemie jurée, une sorte d'incarnation diabolique qu'il lui faut détruire. Sur son ordre, une meute de moines fanatiques s'empare de celle qui porte ombrage au pouvoir de l’évêque. Ils vont la séquestrer dans une église pour la torturer et la massacrer de la manière la plus lâche qu'il soit.

L'historien, Socrate le Scolastique, bien que chrétien, horrifié, rapporte dans son Histoire ecclésiastique (vers 440) le martyre subie par cette sagesse incarnée :

La mort d'Hypatie - Charles William Mitchell 1885
« Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu'elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l'école de Platon et de Plotin, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l'écouter. La réputation que sa capacité lui avait acquise, lui donnait la liberté de paraître souvent devant les Juges, ce qu'elle faisait toujours, sans perdre la pudeur, ni la modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. Sa vertu, toute élevée qu'elle était, ne se trouva pas au dessus de l'envie. Mais parce qu'elle avait amitié particulière avec Oreste, elle fut accusée d'empêcher qu'il ne se réconciliât avec Cyrille. Quelques personnes transportées d'un zèle trop ardent, qui avaient pour chef un Lecteur nommé Pierre, l'attendirent un jour dans les rues, et l'ayant tirée de sa chaise, la menèrent à l’église nommée Césaréon, la dépouillèrent, et la tuèrent à coups de pots cassés. Après cela ils hachèrent son corps en pièces, et les brûlèrent dans un lieu appelé Cinaron. Une exécution aussi inhumaine que celle-là couvrit d'infamie non seulement Cyrille, mais toute l'Eglise d'Alexandrie, étant certain qu'il n'y a rien si éloigné de l'esprit du Christianisme que le meurtre et les combats. Cela arriva au mois de Mars durant le Carême, en la quatrième année du Pontificat de Cyrille, sous le dixième Consulat d'Honorius, et le sixième de Théodose. »


Hypatie, même après sa mort a continué d'inquiéter l'Église, prouvant par là l'authenticité de sa puissante sagesse païenne, et peut-être, qui sait, un remord honteux et inavoué de l'orgueilleuse oligarchie romaine. Ainsi cette dernière au XV° siècle, persiste dans son intolérance, et ordonne au peintre Raphaël de retirer la représentation de celle qu'il considère comme "la plus fameuse de ses membres" dans un tableau dédié à l'École d'Athènes : "Enlève-la. La foi ne permet de rien savoir sur elle !" 
Aujourd'hui cette église chrétienne moribonde, fondée sur les cadavres de ses victimes, continue de célébrer leurs assassins, tel ce "Saint" Cyrille proclamé Docteur de l'Eglise en 1882 et honoré encore en 2007, par le pape Benoît XVI qui décide d'ignorer ses choix criminels !


Un symbole de connaissance et de liberté 

Hypatie incarne cette connaissance antique dispensée par les femmes et qui a engagé l'Homme vers une compréhension de l'univers dans le respect d'une sagesse se soumettant à l'ordre naturel. 

L'intolérance chrétienne, portée par le zélé Cyrille, a condamné l'amie d'Oreste, la païenne mais aussi la femme, cette belle pécheresse originelle qui osait défier l'intelligence des clercs et l'irrationalité des dogmes ! 

La violence des fanatiques chrétiens quant à elle, décuplée par les prêches folles d'un évêque avide de pouvoir a fait le reste.

De cette femme exceptionnelle, dont la beauté égalait la sagesse, il ne nous reste que quelques rares témoignages et correspondances, et les trois traités de mathématiques, philosophie et astrologie qu'elle a signés ont disparu avec l'ultime incendie de la bibliothèque.


Mais le plus important est qu'elle a allumé à jamais dans nos coeurs, cette flamme de la sagesse éternelle et tolérante donnée aux hommes par les dieux et cette Nature incréée, à laquelle nous appartenons et devons nous soumettre. 

Erwan Castel, Cayenne le 8 mars 2014




Hypatie dans la littérature

Deux exemples pris dans la littérature française pour illustrer ce q'inspire le souvenir d'Hypatie.

Dictionnaire philosophique
Par Voltaire

«Je suppose que Mme Dacier eût été la plus belle femme de Paris, et que, dans la querelle des anciens et des modernes, les carmes eussent prétendu que le poème de la Magdeleine composé par un carme, était infiniment supérieur à Homère, et que c’était une impiété atroce de préférer l’Iliade à des vers d’un moine; je suppose que l’archevêque de Paris eût pris le parti des carmes contre le gouverneur de la ville, partisan de la belle Mme Dacier, et qu’il eût excité les carmes à massacrer cette belle dame dans l’église de Notre-Dame, et à la traîner toute nue et toute sanglante dans la place Maubert; il n’y a personne qui n’eût dit que l’archevêque de Paris aurait fait une fort mauvaise action, dont il aurait dû faire pénitence.

Voilà précisément l’histoire d’Hypatie. Elle enseignait Homère* et Platon* dans Alexandrie, du temps de Théodose II. Saint Cyrille déchaîna contre elle la populace chrétienne: c’est ainsi que nous le racontent Damascius et Suidas: c’est ce que prouvent évidemment les plus savants hommes du siècle, tels que Brucher, La Croze, Basnage, etc.; c’est ce qui est exposé très judicieusement dans le grand Dictionnaire encyclopédique, à l’article Éclectisme. 

Un homme, dont les intentions sont sans doute très bonnes, a fait imprimer deux volumes contre cet article de l’Encyclopédie. (5)
Encore une fois, mes amis, deux tomes contre deux pages, c’est trop. Je vous l’ai dit cent fois, vous multipliez trop les êtres sans nécessité. Deux lignes contre deux tomes, voilà ce qu’il faut. N’écrivez pas même ces deux lignes. 

Je me contente de remarquer que saint Cyrille était homme, et homme de parti; qu’il a pu se laisser trop emporter à son zèle; que quand on met les belles dames toutes nues, ce n’est pas pour les massacrer; que saint Cyrille a sans doute demandé pardon à Dieu de cette action abominable, et que je prie le père des miséricordes d’avoir pitié de son âme. Celui qui a écrit les deux tomes contre l’Éclectisme me fait aussi beaucoup de pitié.» 

Voltaire

Hypatie

Par Leconte de Lisle, dans "Poèmes antiques" (1886)


Au déclin des grandeurs qui dominent la terre,
Quand les cultes divins, sous les siècles ployés,
Reprenant de l’oubli le sentier solitaire,
Regardent s’écrouler leurs autels foudroyés ;

Quand du chêne d’Hellas la feuille vagabonde
Des parvis désertés efface le chemin,
Et qu’au delà des mers, où l’ombre épaisse abonde,
Vers un jeune soleil flotte l’esprit humain ;

Toujours des Dieux vaincus embrassant la fortune,
Un grand cœur les défend du sort injurieux :
L’aube des jours nouveaux le blesse et l’importune,
Il suit à l’horizon l’astre de ses aïeux.

Pour un destin meilleur qu’un autre siècle naisse
Et d’un monde épuisé s’éloigne sans remords :
Fidèle au songe heureux où fleurit sa jeunesse,
Il entend tressaillir la poussière des morts.

Les Sages, les héros se lèvent pleins de vie !
Les poètes en chœur murmurent leurs beaux noms ;
Et l’Olympe idéal, qu’un chant sacré convie
Sur l’ivoire s’assied dans les blancs Parthénons.

Ô vierge, qui, d’un pan de ta robe pieuse,
Couvris la tombe auguste où s’endormaient tes Dieux,
De leur culte éclipsé prêtresse harmonieuse,
Chaste et dernier rayon détaché de leurs cieux !

Je t’aime et te salue, ô vierge magnanime !
Quand l’orage ébranla le monde paternel,
Tu suivis dans l’exil cet Œdipe sublime.
Et tu l’enveloppas d’un amour éternel.

Debout, dans ta pâleur, sous les sacrés portiques
Que des peuples ingrats abandonnait l’essaim,
Pythonisse enchaînée aux trépieds prophétiques,
Les Immortels trahis palpitaient dans ton sein.

Tu les voyais passer dans la nue enflammée !
De science et d’amour ils t’abreuvaient encor ;
Et la terre écoutait, de ton rêve charmée,
Chanter l’abeille attique entre tes lèvres d’or.

Comme un jeune lotos croissant sous l’œil des sages,
Fleur de leur éloquence et de leur équité,
Tu faisais, sur la nuit moins sombre des vieux âges,
Resplendir ton génie à travers ta beauté !

Le grave enseignement des vertus éternelles
S’épanchait de ta lèvre au fond des cœurs charmés ;
Et les Galiléens qui te rêvaient des ailes
Oubliaient leur Dieu mort pour tes Dieux bien aimés.

Mais le siècle emportait ces âmes insoumises
Qu’un lien trop fragile enchaînait à tes pas ;
Et tu les voyais fuir vers les terres promises ;
Mais toi, qui savais tout, tu ne les suivis pas !

Que t’importait, ô vierge, un semblable délire ?
Ne possédais-tu pas cet idéal cherché ?
Va ! dans ces cœurs troublés tes regards savaient lire,
Et les Dieux bienveillants ne t’avaient rien caché.

Ô sage enfant, si pure entre tes sœurs mortelles !
Ô noble front, sans tache entre les fronts sacrés !
Quelle âme avait chanté sur des lèvres plus belles,
Et brûlé plus limpide en des yeux inspirés ?

Sans effleurer jamais ta robe immaculée,
Les souillures du siècle ont respecté tes mains :
Tu marchais, l’œil tourné vers la Vie étoilée,
Ignorante des maux et des crimes humains.

Le vil Galiléen t’a frappée et maudite,
Mais tu tombas plus grande ! Et maintenant, hélas !
Le souffle de Platon et le corps d’Aphrodite
Sont partis à jamais pour les beaux cieux d’Hellas !

Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde,
Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos ;
Dors ! l’impure laideur est la reine du monde,
Et nous avons perdu le chemin de Paros.

Les Dieux sont en poussière et la terre est muette :
Rien ne parlera plus dans ton ciel déserté.
Dors ! mais, vivante en lui, chante au cœur du poète
L’hymne mélodieux de la sainte Beauté !

Elle seule survit, immuable, éternelle.
La mort peut disperser les univers tremblants,
Mais la Beauté flamboie, et tout renaît en elle,
Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs !

Leconte de Lisle

Hypatie au cinéma


En 2009, Alejandro Amenábar réalise "Agora" un péplum hispano-maltais où l'actrice britannique Rachel Weisz incarne d'Hypatie au cœur d'une ville d'Alexandrie magnifiquement reconstituée.

Hommage à Hypatie illustré par des images du film "Agora"
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Extrait du film : la séquence de l'épître de Saint Paul
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Hypatie dans la chanson


Hypatie d'Alexandrie chantée par Docteur Merlin
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HYPATIE
(Paroles : Maurice Rollet. Musique : Docteur Merlin)

Refrain 1
Elle était sage, elle était belle
Dans son cœur les dieux réunis
Murmuraient la chanson rebelle
Garde souvenir d'Hypatie.

1
Les airs, les nombres, les présages
Elle en comprenait les secrets
Elle avait le divin langage
De tout le savoir oublié.
2
Elle enseignait sous les portiques
La tolérance et la beauté
Mais Cyrille le fanatique
Ne pouvait la laisser parler.
3
Venait le temps des certitudes,
De la parole révélée
Temps de peine et de servitude
Aux lois venues de Galilée.
4
L'évêque courbé sous son étole
La bouche pleine de serpents
Éructait son flot de paroles
Contre la maîtresse des vents.
5
Une foule en rage est infâme
Plus rien ne peut la contenir
Qu'importe la grandeur de l'âme,
A coups de pierre l'ont fait mourir !
6
Mais elle survit éternelle
Au plus profond de notre esprit
Elle est la petite étincelle
Qui embrasera notre nuit.

Refrain 2
Elle était sage, elle était belle
Et rien ne fait pour qu'on l'oublie
Je chante ta chanson rebelle
Ô sainte, Ô très pure Hypatie.

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NOTES : 

1 - Voir par exemple l'apologie de Saint Cyrille d'Alexandrie l'instigateur de son assassinat, réalisé par le pape Benoit XVI, le 3 octobre 2007

2 - Apollonius de Perge (vers 262-190 av J.C.) était un géomètre et astronome grec. Il est célèbre pour ses écrits sur les sections coniques. C’est aussi lui qui donna à l’ellipse, à la parabole, et à l’hyperbole les noms que nous leur connaissons. On lui attribue en outre l’hypothèse des orbites excentriques pour expliquer le mouvement apparent des planètes et la variation de vitesse de la Lune. (source Wikipédia)

3 - Diophante d'Alexandrie (vers 200/214 - 284/298) était un mathématicien grec. Surtout connu pour son étude des équations diophantiennes, il est surnommé le « père de l'algèbre ». (source Wikipédia)

4 - Claude Ptolémée (vers 90 - 168) était un astronome et astrologue grec qui vécut à Alexandrie (Égypte). Il est également l’un des précurseurs de la géographie. L’œuvre de Ptolémée est un sommet et l’aboutissement à son époque d’une longue évolution de la science antique fondée sur l'observation des astres, les nombres, le calcul et la mesure (source Wikipédia)

5 - Il s'agit de Basnage : pasteur protestant

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Article précédent sur ce blog évoquant Hypathie le lien ici : La haine des nuques roides


Pour mieux connaître Hypatie d'Alexandrie :

- Maria Dzielska, "Hypatie d'Alexandrie", traduit en français par Marion Koeltz (Paris, Des Femmes/Antoinette Fouque, 2010)

- Pierre Chuvin, "Chronique des derniers païens" (Les Belles lettres)

SUR INTERNET

- Hypatie d'Alexandrie sur  Wikipédia le lien ici : Hypatie
- Un dossier sur Hypatie réalisé sur le site "Vouloir" le lien ici : Hypatia
- Une étude historique intéressante sur le personnage le lien ici : Hypatie , entre réalités et récupérations
- Un article intéressant lz lien ici : La beauté torturée, l'intelligence assassinée
- Hypatie sur Facebook la page officielle le lien ici : Hypatie officiel 


1 commentaire :

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