jeudi 6 mars 2014

La tentation d'une paix chaude...

Dessin de Pinel pour "Les Echos"
La crise ukrainienne rallume les passions, nationales ou impériales, et dans les débats qui animent les réseaux sociaux, beaucoup se renvoient la balle sans offrir une analyse alternative car ils utilisent souvent les mêmes postulats que les pressions économiques américaines et les pressions militaires russes critiquées.

Depuis plusieurs jours, j'observe les débats, qui animent les européens sur fond de conflit ukrainien en y participant parfois lorsqu'ils ne s'enlisent pas dans une guerre de tranchées idéologique et figée sur un passé peut-être explicatif mais révolu.

Je tiens à préciser que selon moi, aucune position dans ce conflit est neutre, et peu sont réellement indépendantes, à commencer pas celle des indifférents, égoïstes ou stupides qui ne veulent même pas savoir où se situe l'Ukraine. Car dans leurs comportements individualistes, ils collaborent au conflit, car comme le remarquait Desmond Tutu, "Etre neutre face à une situation d’injustice c’est choisir le côté de l’oppresseur."  

Encore faut-il savoir qui est réellement l'oppresseur !

Il est clair que Vladimir Poutine n'est pas un "social démocrate" et que l'ex-officier du KGB remue encore certainement dans les pensées du Président de la Fédération de Russie (et en tout les cas dans ses méthodes ! )... 
Cependant, si nous pouvons doctement relever les nuances et les différences entre une vision eurasiste orientale défendue par Poutine et une vision européenne occidentale (je ne parle pas bien sûr de la mafieuse CEE (UE) qui usurpe son nom), il est important cependant que, pendant ce "débat socratique, cet art éminemment européen » comme le rappelait la nommée Claire Claire sur la page FB du GRECE, que la fenêtre du salon reste ouverte sur l’Histoire qui se joue en Ukraine.


LE VRAI CONFLIT CACHÉ

Car force est de constater, par-delà les enjeux et les menaces d’une géopolitique régionale, que se joue ici et là, en Syrie ou en Ukraine, en réalité, la grande confrontation (finale ?) entre deux visions du monde radicalement opposées, et déjà évoquées précédemment.

D’une part, celle, unipolaire qui défend un système libéral universaliste et qui veut imposer à tous les peuples de la Terre la pensée étasunienne, dans ses déclinaisons politiques, économiques et culturelles ; 

et d’autre part la vision multipolaire que veulent défendre les nations libres, attachées à leurs différences, à travers la cohabitation d'organisations fédérales préservant les identités traditionnelles.

Nous avons donc affaire en Ukraine à « une forêt qui se cache derrière un arbre » !


UNE ANALYSE FAUSSÉE 

Dans ce conflit ontologique mondialisé, la vision des néo-européens est selon moi doublement faussée : 

1/ Par l’histoire récente des deux guerres mondiales, et surtout de la guerre froide, qui a divisé l’Europe et nous a rallié logiquement au camp emmené par les USA.

2/ Par la prise en otage de l'UE, aux mains des intérêts économiques et géopolitiques internationaux dirigés par les USA.

Pour ces deux raisons principales, les analyses politiques et médiatiques officielles qui nous sont soumises quotidiennement, sont forcément partiales, car nous ne sommes plus que des vassaux de Washington, supplétifs d’un totalitarisme mondialiste.

Dans son obligation vitale de s’étendre indéfiniment pour ne pas s’effondrer, l’empire libéral arrive aujourd’hui devant les remparts de l’empire eurasiste, restauré par Poutine au milieu des ruines de l’ex URSS. 


UN EUROPÉISME INDÉPENDANT ET PRAGMATIQUE

Si la pensée dominante libérale nous impose une vision bipolaire, manichéenne et simpliste ou chaque obstacle qu’elle rencontre, est systématiquement diabolisé, nous devons retrouver la réalité historique de notre héritage européen et sa liberté de penser. 

Des dissidents européens, en 1620, n’ont pas seulement largué les amarres du Mayflower, mais également celles d’une Europe qu’ils refusaient. Et malgré leurs origines européennes, il est incongru et inadmissible que leurs descendants, malgré les sacrifices offerts pendant les guerres mondiales, veuillent exercer aujourd’hui une mainmise totale sur la destinée de notre civilisation multimillénaire et continentale.

Car n’oublions pas que l’Europe occidentale authentique s’est fondée sur une histoire continentale, aux côtés de l’Europe eurasiatique. La définition et l’équilibre géopolitique européen ont toujours été réalisés principalement, depuis la chute de l’empire Romain, autour d’un axe  traditionnel « Paris-Berlin-Moscou » 

Toute vision décentrée de cette Europe naturelle, amène à une fracture belligène de son identité.


UNE TROISIÈME VOIE

Le conflit ukrainien, comme son cousin syrien, est symptomatique du dogmatisme idéologique bipolaire et de la guerre économique armée que le système libéral impose au monde. Il faut lutter selon moi en priorité et avant les revendications nationalistes, contre cette vision universaliste de notre avenir car elle est immédiatement liberticide et détruit à moyen terme la diversité vitale de l’humanité.

En effet, ce que nous voyons en réalité dans le déchirement de la nation ukrainienne, c’est un expansionnisme libéral mené par les USA et auxquels nous sommes économiquement menottés, et qui intervient sur l’espace vital eurasiatique défendu par la Fédération de Russie. 

Pour s’emparer de cet ancien glacis soviétique, la marionnette libérale CEE (UE) aux ordres de Washington, manipule les mentalités conditionnées à une vision bipolaire et russophobe du monde. Effectivement la mentalité d'une partie occidentale de la population ukrainienne et qui est  utilisée comme cheval de Troie par la propagande libérale, est logiquement entretenue par l'histoire tragique et récente du pays situé à la croisée des empires. 

Cette tentation d'un paix chaude, héritière de la guerre froide, n’aurait certainement pas éclaté violemment, si les gouvernements post soviétiques, médiocres et corrompus n’avaient provoqué d'abord une crise économico-politique majeure.

L’Ukraine est un pays indépendant et européen, il lui faut donc trouver une position nationale, indépendante de toute forme de vassalité politique ou économique (ce qui n’empêche pas des accords) et qui soit en harmonie avec sa nature européenne. Les agitateurs d’euro-maidan, ou les pros-russes de Crimée, devraient plutôt se rencontrer rapidement et construire une véritable souveraineté nationale indépendante, plutôt que de chercher la facilité d'un hommage-lige avec un puissant voisin...

Car, si le dialogue n’est pas restauré, l’Ukraine risque fortement une guerre civile, qui ne pourra être évitée, ou terminée le cas échéant, que par une partition du pays, cristallisant un nouveau déchirement fraternel des peuples d'Europe
Alors si la paix chaude s'installe en Europe, et seulement à ce moment là, le choix pragmatique pour défendre nos libertés sera de soutenir, mais sans allégeance toutefois, la position défendue par la Fédération de Russie. 


LA LIBÉRATION DE L’EUROPE

L’Europe, celle des patries charnelles, culturelles et politiques, est aujourd’hui menacée (de l'intérieur comme de l'extérieur) par le mondialisme libéral, qui use de pressions économiques (qu’elles soient blocus ou gavage) pour nous soumettre à une société de consommation universelle et robotisée.

Vladimir Poutine, défend une identité eurasienne qui n’est pas la mienne, plus occidentale…

Mais, il est aujourd’hui le leader incontesté d’une résistance au mondialisme suicidaire qui cherche à nous réduire en esclavage. Et sans crier "Vive Poutine", je me rallie librement à sa résistance. Si les USA nous ont offert dans le passé un bouclier efficace face au communisme, c'est paradoxalement la Russie, qui est aujourd'hui un  bouclier face au libéralisme étasunien, et qui nous offre la possibilité d'une réelle libération des peuples d'Europe...

Car la vision eurasienne est compatible : 

- avec l’Europe authentique, car elle est continentale, et partage par conséquent une histoire, une géographie et donc une destinée communes.

- avec l’Europe traditionnelle, car elle est fédérale, et respecte et protège les identités des peuples, organisés dans un monde multipolaire.  

Ce monde multipolaire doit exister dès maintenant, dans la diversité de résistance au Nouvel Ordre Mondial, et surtout se libérer du postulat manichéen qu’il nous propose depuis 2000 ans, pour réinventer la convergence impériale des libertés indépendantes…


Si la Russie est un rempart efficace au système mondialiste, les européens libres ne doivent pas pour autant lui confier leur âme mais créer équitablement avec elle, une nouvelle identité européenne multipolaire.

En attendant il me faudra peut-être par devoir, sortir du salon et participer à l'histoire plutôt que de la commenter. Et mon choix dans cette éventualité est fait :  je m’opposerai par tous les moyens, à ce monde financier unipolaire et déshumanisé, pour lui préférer un monde traditionnel et moderne, peut-être plus difficile à réaliser, mais surtout plus tolérant et poétique…

Quitte à coiffer une chapka le temps de la reconquête...

Erwan Castel, Cayenne le 5 mars 2014


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