vendredi 7 mars 2014

Le triomphe de l'idiotie diplomatique

Publié initialement sur Facebook le 6 mars 2014

"Le triomphe de l'idiotie diplomatique !"...c'est ainsi que l'ancien diplomate de Gorbatchev, Vladimir Fedorovski,  un des acteurs essentiels de la fin du régime soviétique, résume les trois mois de crise qui ont enflammé l'Ukraine. Aujourd'hui, les négociations ont encore échoué, réveillant un bras de fer entre l'Est et l'Ouest qui s'était engourdi depuis 15 ans...

L'Union Européenne, après avoir méprisé la Russie dans les négociations avec l'opposition, après avoir soutenu une radicalisation violente des manifestations, en encourageant des ultras nationalistes à Kiev, qu'elle ostracise chez elle... , cette "UERSS" comme la surnomme l'ancien dissident Boukovski, après avoir joué l'apprenti sorcier pendant 3 mois, endosse aujourd'hui le rôle d'une vierge effarouchée lorsque la Russie protège une population menacée qui réclame son rattachement à elle.. 
L'UE, aux principes à géométrie variable oublie ici que son bras armé l'OTAN, occupe le Kosovo, ou Chypre par exemple... ou que l'Ecosse organise un référendum sur son éventuelle indépendance...
Comme d'habitude, voilà la vision partielle, partiale et malhonnête des banksters bruxellois ! 

Et comme en Syrie par exemple, l'incohérence des propos n'étouffent pas l'arrogance de ses diplomaties... légitimant une insurrection armée ici et condamnant un processus référendaire d'une région autonome ailleurs !


DES PROVOCATIONS CRIMINELLES ? 

On découvre par ailleurs, des zones d'ombre quant à l'identité de certains insurgés ou, la nature des tirs meurtriers de Kiev qui ont mis le feu aux poudre. Ainsi de cette conversation interceptée entre le ministre estonien Urmas Paet et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui ouvre la possibilité, comme en Syrie, d'une nouvelle manipulation occidentale de l'opinion par des "opérations sous faux drapeau" menées par des extrémistes. 
(ref : http://www.lesobservateurs.ch/2014/03/05/maidan-t-il-embauche-des-snipers-pour-tirer-sur-la-police/)

Au cours de cette conversation :
PAET
"On sait aujourd'hui de façon de plus en plus certaine que, derrière les tireurs d'élite, il n'y avait pas Ianoukovitch, mais quelqu'un de la nouvelle coalition."
ASHTON
"Je pense que nous voulons enquêter là-dessus. Je veux dire, je ne savais pas, c'est intéressant. Mon Dieu",
PAET
"Ce qui est assez troublant, cette même Olga [Bogomolets, principal contact de Paet lors de son voyage en Ukraine] dit aussi que tous les éléments de preuve montrent que les gens qui ont été tués, des deux côtés, par des tireurs embusqués, qu'ils soient policiers ou manifestants, ont été tuées par les mêmes tireurs d'élite",
"Elle m'a aussi montré des photos, sur lesquelles, en tant que médecin, elle dit qu'elle peut reconnaître la même signature, le même type de balles, et c'est vraiment perturbant que, maintenant, la nouvelle coalition ne veuille pas enquêter sur ce qui s'est réellement passé "
ASHTON
"Eh bien, oui ... c'est, c'est terrible."

La conversation aurait été téléchargée sur internet par des officiers des services secrets ukrainiens loyaux au président Ianoukovitch. Urmas Paet a confirmé son authenticité.

94 personnes ont donc été tuées à Kiev le mois dernier, peut-être victimes d'une mise en scène abjecte de l'opposition pour amener sur la place Maidan une situation irrémédiable et la condamnation légitime de la violence par un parlement horrifié et qui en avait marre de Ianoukovitch depuis longtemps.
Cette théorie paraît aujourd'hui d'autant plus plausible quand on sait que le nouveau gouvernement refuse une commission d'enquête sur ces meurtres (tiens donc !)


VERS UN ÉCLATEMENT DE L'UKRAINE

La "révolution" n'est donc en fait qu'un coup de force mené par une fraction occidentale de l'Ukraine (appartenant à l'ex empire austro-hongrois) appuyé par une UE à la recherche d'une relance économique, et soutenu par des USA qui y voient un affaiblissement du rival russe.

Cette opposition armée, qui a pris le pouvoir usant de méthodes suspectes et jouant avec les fantômes d'une guerre mondiale terminée, n'a aucune cohérence politique qui compenserait son illégitimité constitutionnelle. Ces valets de l'UE, par exemple interdisent le russe mais veulent garder les russophones; protègent des parlements élus ici mais en en dissolvent d'autres dans les régions russophiles. 

Ce sont des ségrégationnistes narcissiques et cupides. 

En fait, et malgré la gourmandise de l'UE, le nouveau gouvernement ethnocentré, est en train d'exploser un pays qui, par son histoire et sa démographie, avait déjà une unité nationale fragilisée. 

Comme en Libye les occidentaux ont préféré le chaos d'un pays dépendant plutôt qu'un ordre souverain qui échapperait à leur prédation économique.


LE SANCTUAIRE RUSSE MENACÉ

La réaction musclée de Poutine, apparaît donc de fait, plus comme une réaction légitime d'un Etat ignoré avec mépris, et qui voit ses intérêts et ses alliances attaqués directement et violemment.

Si nos chefs d'Etat, ou au pire, leurs conseillers avaient écouté les discours de politique intérieure de Vladimir Poutine, ils sauraient que ce n'est pas avec des sanctions politiques et encore moins économiques qu'ils vont dompter l'ours slave aux valeurs infiniment supérieures aux seuls intérêts financiers.

Car la priorité de Poutine n'est pas de défendre un empire économique, mais d'abord un sanctuaire fédéral dont une partie du socle historique et religieux est en Ukraine... D'autant plus que les insurgés, incapables de concevoir une union nationale politique sont en train de vouloir réactiver le terrorisme dans d'autres Etats caucasiens de la Fédération de Russie. 

Et si en fait, les USA et l'UE cherchaient tout simplement à se rétablir grâce à la stimulation classique qu'offre une économie de guerre ?

Une fois de plus, dans cet affrontement, ce sont les peuples qui vont payer la folie des princes... sauf si le dialogue réussit à se glisser sous les portes verrouillées des diplomaties têtues, et rapidement, avant qu'une étincelle sur te terrain ne mette le feu aux poudres...


Erwan Castel, Cayenne le 6 mars 2014


Unité militaire pro-russe contrôlant un poste frontière en Crimée.





Entretien avec Vladimir Fedorovski
Ukraine ou le triomphe de l’idiotie diplomatique…

Entretien réalisé par Emmanuelle Duverger.

Source de l'entretien : BOULEVARD VOLTAIRE

Le 4 mars 2014

Grigori Karassine, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a répété dimanche à plusieurs reprises que la Russie ne voulait pas de guerre avec l’Ukraine. N’est-ce pas un peu hypocrite à l’heure où les forces russes ont déjà pris possession de la Crimée ?

Vladimir Fedorovski
La guerre là-bas, c’est la pire des solutions. Il faut à tout prix éviter la guerre civile et la partition de l’Ukraine. Si la guerre éclate, ce sera une guerre civile et peut-être le prélude à une guerre mondiale. Il faut tout faire pour l’empêcher. Les événements qui se déroulent depuis trois mois sont une sorte de triomphe de l’idiotie diplomatique. L’erreur assez capitale de départ est que, lorsque les préparatifs d’association de l’Ukraine à l’Union européenne ont démarré, les Russes ont été tenus à l’écart. C’était la faute à ne pas commettre quand 30 % de l’économie ukrainienne appartient aux Russes et que 60 % des Ukrainiens travaillent pour les Russes… 50 % du gaz utilisé en Allemagne passe par l’Ukraine en provenance de Russie ! Aujourd’hui, l’Ukraine est confrontée à un sérieux problème économique : pour que l’argent circule, il faut éviter la guerre civile et l’effondrement du pays. Or, aujourd’hui, l’Europe n’a pas l’argent nécessaire pour assumer seule le gouffre financier que représente l’Ukraine. Pour sauver ce pays, il faudrait injecter 34 milliards de dollars immédiatement et l’Europe ne les a pas. La transformation de l’économie ukrainienne vers une économie de marché exige beaucoup d’argent et il est impossible de le faire sans les Russes ! L’Occident a voulu jouer tout le monde contre tout le monde au lieu de jouer l’Europe avec l’Ukraine et la Russie…

Cette première erreur dont vous parlez – avoir tenu les Russes à l’écart – n’explique pas, à elle seule, la situation actuelle ?

En effet. La société ukrainienne a saisi l’occasion des protestations pour se révolter contre le régime corrompu. Ajoutez à cela une minorité agissante et armée, très motivée et animée par un esprit nationaliste directement issu de la Seconde Guerre mondiale. Le président Viktor Ianoukovitch n’étant pas à la hauteur de la situation, il a fait tirer sur les manifestants, ce qui est inadmissible. Il s’est ensuite lamentablement réfugié en Russie. Poutine était sorti vainqueur de la première phase ; il ressort perdant de cette seconde partie…

Vient ensuite la gestion immédiate de l’après-Ianoukovitch. Les Russes ont considéré, à juste titre, que la procédure de destitution de Ianoukovitch n’avait pas été respectée. Et c’est à ce moment-là que la diplomatie européenne, jusqu’alors quasi inexistante, a fait son come-back.

L’Ukraine est multiple et la période post-soviétique n’a pas réussi à accomplir la cohésion nationale. Il existe une Ukraine orientale liée aux Russes et qui travaille à 100 % avec la Russie. Mais aussi une Ukraine occidentale qui vomit les Russes. Celle-là a toujours été liée à l’Empire austro-hongrois et c’est de là que venaient les manifestants antirusses les plus motivés durant ces dernières semaines. Et il y a la Crimée, que Khrouchtchev a unilatéralement donnée en 1954 à l’Ukraine. Bref, plusieurs Ukraine. Et si on veut sauvegarder la paix, il va falloir que tout le monde s’y mette.

Quelle solution aujourd’hui ?

Il est inévitable que la Crimée obtienne une forte autonomie. Mais faire éclater l’Ukraine, accéder à une demande de partition du pays serait un prélude à une guerre civile. Je ne suis pas partisan de la partition : ce serait trop dangereux. Il faut à tout prix éviter la guerre civile, or on s’y dirige à pas de géant ! Guerre civile serait synonyme de réfugiés en masse, de circulation d’armes incontrôlable… On ne peut pas encore une fois refaire l’histoire. Il faut partir de la situation existante. Et si on joue un remake de la guerre froide, cela profitera à Poutine. Chaque fois qu’on le menace, il en sort renforcé vis-à-vis de son opinion. Regardez les Jeux olympiques de Sotchi. Et ces menaces ne font que le pousser un peu plus chaque fois dans les bras de la Chine. Est-ce cela que veut l’Occident ? Une Russie alliée à la Chine ? Ce serait un désastre ! Culturellement, la Russie est liée à l’Europe. Dans cette crise, seule l’Allemagne semble l’avoir compris… Nous sommes dans une nouvelle ère, face à une crise inédite : il faut trouver un équilibre des intérêts ! On n’est plus dans le sentiment, dans l’affectif, mais dans la recherche des équilibres nationaux. Vous voulez vraiment que la Russie vende son gaz aux Chinois ? Heureusement pour l’Europe que l’hiver n’a pas été rude… Alors, je le répète : cessez votre médiocrité diplomatique et parlez-vous !

Vladimir Fedorovski



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