mercredi 30 avril 2014

« Pero no son hombres, son demonios ! »

A l'issue du combat, les rescapés sont présentés au chef mexicain le colonel Francisco de Paula Milán 
qui, impressionné par la bravoure et le sacrifice des légionnaires, s'écriera : 
« Mais ce ne sont pas des hommes, ce sont des démons »
"Camerone" Huile sur toile de Paul Anastasiu

"Ils furent ici moins de soixante
Opposés à toute une armée.

Sa masse les écrasa.

La vie plutôt que le courage
Abandonna ces soldats Français

A Camerone le 30 avril 1863"


De 1861 à 1867, eut lieu une expédition militaire française au Mexique visant à installer un régime impérial et catholique en la personne de l'archiduc Maximilien de Habsbourg pour contrer le pouvoir des jeunes Etats Unis protestants. initialement la Légion (qui ne comptait qu'un seul régiment) ne devait pas participer à l'expédition, mais Napoléon III céda aux officiers qui demandèrent avec insistance « l'honneur d'aller se faire tuer » pour la France au Mexique.

Le Régiment de la Légion est arrivé le 25 mars 1863 et s'est vu confié la tâche d'escorter les convois entre VeraCruz et Puebla, ville tenue par le général mexicain Ignacio Comonfort qui résiste, avec acharnement au siège tenue par plus de 26 000 hommes du corps expéditionnaire français, commandés par le général Frotey .

Des renseignements informent le colonel Jeanningros, commandant le Régiment étranger de l' attaque probable d'un convoi en route pour ravitailler le siège de Puebla. Un détachement de la 3ème compagnie composé de 3 officiers et 60 légionnaires commandé par le capitaine Jean Danjou, part en reconnaissance en avant du convoi.

Le 30 avril, les 63 légionnaires sont au contact à 55 km à l'ouest de Veracruz d'un force mexicaine d'environ 2000 soldats et cavaliers commandés par le colonel Francisco de Paula Milán. Dès le début de l'attaque, vers 7h00 du matin, la compagnie d'infanterie prend position dans l'hacienda de Camarón de Tejeda et résistera toute la journée aux assauts des mexicains.

Après 9 heures de combat, exténués et à court de munitions les 6 rescapés encore en état de se battre, malgré leurs blessures chargent à la baïonnette les mexicains qui impressionnés leurs proposent une reddition avec les honneurs. 

Le sacrifice légionnaire, en fixant autour de l'hacienda les unités mexicaines, permit au convoi de ravitaillement de passer et rejoindre en sécurité le corps expéditionnaire engagé à Puebla, qui tombera le 19 mai suivant. 

"Camerone" sera inscrit au drapeau du régiment dès octobre 1863, et un monument érigé sur le site du combat en 1892, refait en 1948, inauguré officiellement en 1963 lors du premier centenaire reçoit toujours aujourd'hui les honneurs militaires à chaque passage de l'armée mexicaine..

Ce combat héroïque où la moitié de la compagnie fut tuée ou mortellement blessée, est resté dans les mémoires de l'armée et est célébré chaque 30 avril par la Légion Étrangère.
Fête de Camerone dans l'amphithéâtre d'Orange 

Récit officiel de la bataille de Camerone 
clamé tous les 30 avril dans chaque unité 
de la Légion Étrangère

« L’armée française assiégeait Puebla. La Légion avait pour mission d’assurer, sur cent vingt kilomètres, la circulation et la sécurité des convois. Le colonel Jeanningros, qui commandait, apprend, le 29 avril 1863, qu’un gros convoi emportant trois millions en numéraire, du matériel de siège et des munitions était en route pour Puebla. Le capitaine Danjou, son adjudant-major, le décide à envoyer au-devant du convoi, une compagnie. La 3ème compagnie du Régiment étranger fut désignée mais elle n’avait pas d’officier disponible. Le capitaine Danjou en prend lui-même le commandement et les sous-lieutenants Maudet, porte-drapeau, et Vilain, payeur, se joignent à lui volontairement.

Le 30 avril, à 1 heure du matin, la 3ème compagnie, forte de trois officiers et soixante deux hommes, se met en route. Elle avait parcouru environ vingt kilomètres, quand, à 7 heures du matin, elle s’arrête à Palo Verde pour faire le café. À ce moment, l’ennemi se dévoile et le combat s’engage aussitôt. Le capitaine Danjou fait former le carré et, tout en battant en retraite, repousse victorieusement plusieurs charges de cavalerie, en infligeant à l’ennemi des premières pertes sévères.

Arrivé à la hauteur de l’auberge de Camerone, vaste bâtisse comportant une cour entourée d’un mur de trois mètres de haut, il décide de s’y retrancher, pour fixer l’ennemi, et retarder ainsi le plus possible le moment où celui-ci pourra attaquer le convoi.

Pendant que les hommes organisent à la hâte la défense de cette auberge, un officier mexicain, faisant valoir la grosse supériorité du nombre, somme le capitaine Danjou de se rendre. Celui-ci fait répondre : « Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas ». Puis, levant la main, il jura de se défendre jusqu’à la mort et fit prêter à ses hommes le même serment. Il était 10 heures. Jusqu’à 6 heures du soir, ces soixante hommes, qui n’avaient pas mangé ni bu depuis la veille, malgré l’extrême chaleur, la faim, la soif, résistent à 2 000 Mexicains : huit cents cavaliers, mille deux cents fantassins.

À midi, le capitaine Danjou est tué d’une balle en pleine poitrine. À 2 heures, le sous-lieutenant Vilain tombe, frappé d’une balle au front. À ce moment, le colonel mexicain réussit à mettre le feu à l’auberge.

Malgré la chaleur et la fumée qui viennent augmenter leurs souffrances, les légionnaires tiennent bon, mais beaucoup d’entre eux sont frappés. À 5 heures, autour du sous-lieutenant Maudet, ne restent que douze hommes en état de combattre. À ce moment, le colonel mexicain rassemble ses hommes et leur dit de quelle honte ils vont se couvrir s’ils n’arrivent pas à abattre cette poignée de braves (un légionnaire qui comprend l’espagnol traduit au fur et à mesure ses paroles). Les Mexicains vont donner l’assaut général par les brèches qu’ils ont réussi à ouvrir, mais auparavant, le colonel Milan adresse encore une sommation au sous-lieutenant Maudet ; celui-ci la repousse avec mépris.

L’assaut final est donné. Bientôt il ne reste autour de Maudet que cinq hommes : le caporal Maine, les légionnaires Catteau, Wensel, Constantin, Leonhard. Chacun garde encore une cartouche ; ils ont la baïonnette au canon et, réfugiés dans un coin de la cour, le dos au mur, ils font face. À un signal, ils déchargent leurs fusils à bout portant sur l’ennemi et se précipitent sur lui à la baïonnette. Le sous-lieutenant Maudet et deux légionnaires tombent, frappés à mort. Maine et ses deux camarades vont être massacrés quand un officier mexicain se précipite sur eux et les sauve. Il leur crie : « Rendez-vous ! »

« Nous nous rendrons si vous nous promettez de relever et de soigner nos blessés et si vous nous laissez nos armes ». Leurs baïonnettes restent menaçantes.

« On ne refuse rien à des hommes comme vous ! », répond l’officier.

Les soixante hommes du capitaine Danjou ont tenu jusqu’au bout leur serment. Pendant 11 heures, ils ont résisté à deux mille ennemis, en ont tué trois cents et blessé autant. Ils ont par leur sacrifice, en sauvant le convoi, rempli la mission qui leur avait été confiée.

L’empereur Napoléon III décida que le nom de Camerone serait inscrit sur le drapeau du Régiment étranger et que, de plus, les noms de Danjou, Vilain et Maudet seraient gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides à Paris.

En outre, un monument fut élevé en 1892 sur l’emplacement du combat. Il porte l’inscription :

« Ils furent ici moins de soixante
opposés à toute une armée,
sa masse les écrasa.
La vie plutôt que le courage
abandonna ces soldats Français
le 30 avril 1863.
à leur mémoire, la patrie éleva ce monument » *

Depuis, lorsque les troupes mexicaines passent devant le monument, elles présentent les armes. »

"Camerone" par Jean Pax Méfret


Liste des Légionnaires ayant participé au combat de Camerone

Source : Division histoire et patrimoine de la Légion étrangère et Képi blanc

Grade - Nom-prénom - Date et Lieu de naissance - Date de décès - Combat de Camerone

Officiers (3)


capitaine DANJOU Jean 15/04/1828 Chalabre (France) 30/04/1863 tué
sous-lieutenant MAUDET Clément 08/08/1829 Saint-Mars-d'Outillé (France) 08/05/1863 mortellement blessé
sous-lieutenant VILAIN Jean 03/08/1836 Poitiers (France) 30/04/1863 tué

Sous-officiers (5)

sergent-major TONNEL Henri 15/04/1831 Soissons (France) 30/04/1863 tué
sergent MORZYCKI Vicente 05/01/1840 La Clayette (France) 30/04/1863 tué
sergent GERMEYS Jean 11/03/18321 Saint-Trond (Belgique) 11/05/1863 mortellement blessé
sergent SCHAEFFNER Charles 26/10/1831 Berne (Suisse) 15/08/1865 blessé
sergent PALMAERT Alfred 03/06/1842 Anvers (Belgique) 20/08/1863 blessé

Caporaux (6)

caporal MAINE Louis 04/09/1830 Mussidan (France) 27/06/1893 blessé
caporal DEL CARETTO Adolphe 16/12/1835 Oran (France-Maroc) 13/05/1863 mortellement blessé
caporal FAVAS Ame 20/09/1837 Genève (Suisse) 30/04/1863 tué
caporal BERG Evariste 13/01/1834 Saint-Benoît (Réunion) (France) 13/06/1864 blessé
caporal MAGNIN Charles 04/03/1843 Gérics (France) blessé
caporal PINZINGER André 17/04/1831 Landau (Allemagne) 24/06/1899

Tambour (1)

tambour LAI Casimir 27/11/1839 Cagliari (Italie)
Légionnaires (50)

légionnaire BASS Jean 26/12/1842 Mouscron (Belgique) 04/08/1863 mortellement blessé
légionnaire BERNARDO Aloyse 20/05/1830 Willaricho (Espagne) 30/04/1863 tué
légionnaire BERTOLOTTO Gustave 23/12/1839 Toulon (France) 30/04/1863 tué
légionnaire BILLOD Claude 10/11/1832 Dijon (France) 11/06/1863 mortellement blessé
légionnaire BOGUCKI Antoine 11/06/1833 Posen (Poznań, Pologne) 30/04/1863 tué
légionnaire BRUGISER Nicolas 1833 Oberlandbrofer (Allemagne) 30/04/1863 tué
légionnaire BRUNSWICK Félix 24/09/1832 Bruxelles (Belgique) 20/09/1896
légionnaire CATEAU Victor 07/04/1837 Comines (Belgique) 30/04/1863 tué
légionnaire CATENHUSEN Georges 23/06/1837 Lavenurg 30/04/1863 tué
légionnaire CONSTANTIN Laurent 06/07/1826 Bruxelles (Belgique)
légionnaire DAEL Constant 20/12/1842 Bruxelles (Belgique) 23/05/1863 mortellement blessé
légionnaire DAGLINCKS François 31/10/1834 Anvers (Belgique) 30/04/1863 tué
légionnaire DE VRIESS Hartog 13/03/1838 Amsterdam (Pays-Bas) 30/04/1863 tué
légionnaire DICKEN Pierre 29/05/1842 Erkumer 30/04/1863 tué
légionnaire DUBOIS Charles 11/04/1843 Le Locle (Suisse) 30/04/1863 tué
légionnaire FRIEDRICH Frédéric 04/05/1832 Langenbieelan 30/04/1863 tué
légionnaire FRITZ Frédéric 22/11/1822 Kemm 30/04/1863 tué
légionnaire FURBASZ Georges 24/02/1842 Dingling 30/04/1863 tué
légionnaire GAERTNER Aloïse 17/11/1839 Bulach blessé
légionnaire GORSKI Léon 01/03/1844 Nîmes (France) 14/12/1864 blessé
légionnaire GROUX Louis 21/07/1840 Payerne 30/04/1863 tué
légionnaire HILLER ??? ??? blessé
légionnaire HIPP Emile 18/05/1838 Paris (France) 30/04/1863 tué
légionnaire JEANNIN Adolphe 23/01/1836 Genève (Suisse) 10/10/1863 blessé
légionnaire KONRAD Ulrich ??? Bavière 30/04/1863 tué
légionnaire KUWASSEG Hippolyte 22/07/1843 Villeneuve-Saint-Georges (France) 04/12/1906
légionnaire KURZ Jean 02/03/1844 Kallenberg 28/05/1863 mortellement blessé
légionnaire LANGMEIER Félix 16/03/1842 Buchs 30/04/1863 tué
légionnaire LEMMER Frédéric 03/03/1836 Hesselbach 30/04/1863 tué
légionnaire LEONHARD Jean-Baptiste 19/03/1834 Liège (Belgique) mortellement blessé
légionnaire LERNOULD Louis 06/05/1845 Francfort (Allemagne) 30/04/1863 tué
Fusilier MERLET Edouard 04/04/1836 Messkirch (Suisse) blessé
légionnaire RERBERS Joseph 15/12/1837 Odenkirchen (Allemagne) 30/04/1863 tué
légionnaire ROHR Louis 01/10/1832 Niedereverbach 25/05/1863 mortellement blessé
légionnaire ROHR Louis 01/10/1832 Bavière 30/04/1863 mortellement blessé
légionnaire SCHIFFER Hermann 19/10/1839 Cannstatt (Stuttgart-Bad Cannstatt) (Allemagne) blessé
légionnaire SCHREIBLICH Joseph 25/08/1843 Gruben blessé
légionnaire SEFFRIN Jean 22/12/1838 Niersinten blessé
légionnaire SEILER Daniel 27/12/1837 Lensbourg 30/04/1863 tué
légionnaire SERGERS Joseph ??? ??? blessé
légionnaire STOLLER Louis 24/09/1834 Bruxelles (Belgique) tué
légionnaire TIMMERMANS Jean-Louis 02/08/1845 15/05/1863 mortellement blessé
légionnaire VAN DEN BULCKE Pharaon 21/12/1845 Lille (France) 03/01/1894 blessé
légionnaire VAN DER MEERSCHE Jacques 31/12/1832 Alost 30/04/1863 tué
légionnaire VAN OPSTAL Luitpog ??? ??? 02/02/1864
légionnaire VANDESAVEL Henry 17/05/1832 Hasselt (Belgique) 30/04/1863 tué
légionnaire VERJUS Jean-Baptiste 12/02/1839 Paris (France) blessé
légionnaire WENSEL Geoffroy 04/11/1822 Nettrich blessé
légionnaire WITTGENS Karl ??? ??? 30/04/1863 tué
légionnaire ZEY Nicolas 17/02/1842 Beuren


1 commentaire :

  1. Pauline d'Oranie30 avril 2014 à 15:58


    CAMERONE

    On a ri bien souvent de leur esprit acerbe
    Et dit du képi blanc qu'il cachait la douleur.
    La Légion n'était que le visage imberbe
    Où se mirait la mort, anonyme et sans pleurs.

    On ignorait, alors, que l'homme en sa superbe
    Gardait un sentiment au tréfonds de son cœur
    Et que pour l'exprimer, il lui fallait un verbe
    Dont la conjugaison s'inspirât de l'Honneur.

    Chacun tint son serment, le monde en fut témoin
    Et de citer les faits, je vous laisse le soin,
    Du Mexique à la Chine, il reste souvenance.

    Et si le trente avril Camerone est fête
    C'est grâce à la Valeur et à la Fidélité
    De ces "Hommes sans nom" qui meurent pour la France.

    Chef de bataillon Labouche, avril 1948
    Dans le N° 23 de la revue La Légion Etrangère

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