mercredi 7 mai 2014

Le sacrifice

"Le courage est un embrasement de l'être qui trempe les armées. 
Il est la première des vertus, quelle que soit la beauté des noms dont elles se parent. 
Un soldat sans courage est un chrétien sans foi. 
Le courage est ce qu'il y a de plus sacré dans une armée: 
nul n'a le droit de troubler ses sources limpides et fécondes"

Ernst Jünger, "La guerre comme expérience intérieure"


extrait de "Dien Bien Phu" de Pierre Schoendoerffer

Après 57 jours et 57 nuits de combats ininterrompus, le camp retranché de Dien bien Phu tombe aux mains de l'ennemi. Cette bataille avait commencé 2 mois plus tôt lorsque 80 000 combattants des divisions vietminhs du Général Giap se lancent à l'assaut des 14 000 hommes du corps expéditionnaire français. 

Pour les débuts de la bataille, voir le l'article ici : 13 mars, Dien Bien Phu entre dans la légende 

(Cliquez sur l'image pour agrandir)

DU 15 AU 30 MARS 1954, L' ÉTRANGLEMENT DU CAMP RETRANCHÉ 

Les premières victoires obtenues par Giap (saisie des zones de défense Gabrielle et Béatrice) entre le 13 mars et le 15 mars 1954, sont trop chèrement payées et contraignent le général vietminh a réorganiser ses unités décimées et réviser sa stratégie. Il engage alors une période de harcèlement et d'usure des lignes de défense française, qui de leur côté ont reçu des renforts, et notamment le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (BPC) commandé par le chef de bataillon Bigeard.

Les canons de la 351ème division lourde vietminh, vont jouer un rôle décisif pendant cette phase d'asphyxie du camp retranché, paralysant les voies logistiques, détruisant des dispositifs de défense ainsi que du matériel, et occasionnant des brèches dans les rangs et le moral des assiégés 


Durant cette période du 15 au 30 mars, pendant laquelle l'étau se resserre sur les français, au sud, le point d'appui "Isabelle" est définitivement coupé le 23 mars, du reste du dispositif par les embuscades et bombardements. Le lieutenant colonel Lalande et ses légionnaires du 3ème REI résisteront seuls jusqu'au dernier jour de la bataille. 

Le 27 mars, le pont aérien qui permettait notamment d'évacuer les blessés est interrompu, le dernier avion sanitaire endommagé est bloqué dans le camp retranché et avec lui, "l'ange de Dien Bien Phu", Geneviève de Galard, convoyeuse de l'air et qui travaillera comme infirmière jusqu'aux dernières heures de la bataille. 

Le 28 mars, Bigeard et ses paras du 6ème et du 8ème BPC tentent d'attaquer l'artillerie Vietminh qui désorganise le camp. Les paras réussissent à détruire quelques pièces mais subissent des pertes importantes, notamment chez les officiers qui ont emmené l'assaut.

DU  30 MARS AU 4 AVRIL 1954,  LA BATAILLE DES CINQ COLLINES

Giap décide de donner l'assaut aux zones de défense situées à l'Est de Dien Bien Phu. Après une intense préparation d'artillerie, les divisions vietminh enlèvent tous les points d'appui à l'exception de "Éliane 4" et "Éliane 2", appelée aussi la "cinquième colline" et qui est farouchement défendue par les hommes du 4ème Régiment de Tirailleurs Marocains, que viennent renforcer des groupes des unités aux alentours.

Le 31 mars, les paras contre attaquent violemment, le 8ème BPC reprend le point d'appui "Dominique 2", colline la plus élevée du camp retranché et le 6°BPC reprend "Eliane 1". 
Mais faute de renforts, les positions devront être plus tard abandonnées.


Les divisions vietminh, pourtant très supérieures en nombres et appuyées par le feu roulant de leurs 44 canons, 74 mortiers et 12 lance roquettes multiples, sont à nouveau durement éprouvées par la résistance héroïque des légionnaires et des soldats français et indochinois qui s'accrochent au terrain.

Giap va lancer vainement ses assauts sur "Éliane 2" jusqu'au 4 avril, subissant des pertes immenses. Furieux de n'avoir atteint pleinement ses objectifs, il procédera à une épuration dans les rangs de ses cadres, jugés incompétents.

DU 5 AU 30 AVRIL 1954, L’ÉPUISEMENT DU CAMP RETRANCHÉ

Durant cette nouvelles période d'accalmie relative, Le corps expéditionnaire est contraint de survivre en autonomie les colonnes de secours ayant échoué a percer l'encerclement. 

De son côté Giap, qui s'est résigné a une bataille plus longue que prévue, va développer, malgré les 600 kilomètres qui le séparent de ses bases, de nombreux réseaux logistiques qui vont acheminer grâce à des dizaines de milliers de porteurs mais aussi des camions chinois, des tonnes de munitions, de vivres et d'outils jusqu'aux divisions qui pansent leurs plaies.


Sur les abords du camp, les unités vietminh vont pouvoir grignoter mètre par mètre et heure par heure, le dispositif français, creusant 45 km de tranchées et de galeries pour se rapprocher au plu près des positions françaises trop affaiblies pour lancer des assauts.

Une tentative de rupture de l'encerclement est lancée sous le nom de "Opérartion D". Mais cette opération secrète mené par le capitaine Sassi et 2000 partisans hmongs sera lancée trop tard, le 28 avril et n'arrivera qu'après la bataille pour recueillir quelques 150 survivants échappés dans la jungle. 

Voir l'article sur les hmongs pendant la guerre d'Indochine ici : La blessure jaune

Les américains, dont l'intervention est un moment évoquée vont finalement renoncer, menacés par le risque d'une une réaction militaire chinoise.

DU 1er AU 7 MAI 1954, LA CHUTE DE DIEN BIEN PHU

La plupart des parachutages n'arrivent plus dans les zones de défense françaises qui se réduisent de jour en jour. La situation sanitaire devient catastrophique, le camp est jonché de cadavres. Dans les tranchées, les hommes épuisés comptent leurs munitions et l'artillerie n'a plus les moyens de réaliser des appuis et des tirs de contre batterie importants.

Le 1er mai, les divisions 312 et 316, lancent une nouvelle offensive sur le flanc Est du camp. Face à cet assaut général, les zones de défense "Eliane 1", "Dominique 3" et "Huguette 5" tombent tour à tour.

Entre la nuit du 2 au 3 mai et le 5 mai, les 2ème, 3ème et 4ème compagnies parachutistes du 1er BPC commandé par le colonel Bazin de Bezons réussissent a sauter sur le camp retranché, où leurs camarades se battent maintenant au corps à corps. Ils seront les derniers renforts engloutis dans la cuvette en feu.

L'assaut vietminh ne peut plus être contenu, la chute n'est plus maintenant qu'une question de temps et de munitions.


Le 4 mai, "Huguette 4" tombe. 
Le 6 mai, l'héroïque compagnie du capitaine Pouget est anéantie par 2 tonnes d'explosifs placées  par les sapeurs vietminhs sous "Éliane 2",
Le 7 mai c'est au tour de  "Éliane 10", "Éliane 4" et "Éliane 3", derniers points d'appui à l'esdt de la rivière Nam Youm de tomber

Ne pouvant plus accueillir des renforts, ni s'échapper au piège qui se referme sur lui, le général de Castries qui commande le corps expéditionnaire français de Dien Bien Phu, reçoit l'ordre du général Cogny qui est à Hanoï, de cesser le feu.

Le sacrifice

Dien Bien Phu entre dans la légende et sonne aussi le glas de l'Indochine française qui laissera la place à la guerre du Vietnam quelques années plus tard.

Si les divisions vietminh ont perdu entre 20 000 et 30 000 hommes dans la bataille, cette victoire est décisive pour le sort de la guerre que les accords de Genève termineront le 21 juillet 1954.


LE MARTYR DES SOLDATS FRANÇAIS

Les pertes de l'armée française pendant la bataille s'élèvent à 2 293 tués, mais les souffrances vont continuer avec le martyr des 11 721 soldats, pour la plupart blessés, qui rejoindront à pied les "camps de rééducation" organisés par Giap sur la frontière avec la Chine, à 700 km de Dien bien Phu. 

Entre la marche et la détention, 70 % des prisonniers ne reviendront pas. Les témoignages des 3 290 survivants, mettent le Général Giap et ses tortionnaires dans les rangs des pires génocidaires de l'Histoire. 
La malnutrition, l'absence de soins, les maltraitances et exécutions sommaires provoqueront un taux de  70 % de mortalité en quelques mois !  

Quant aux 3 013 prisonniers d’origine indochinoise le sort est resté toujours inconnu à ce jour, probablement exécutés après avoir été séparés de leurs camarades de combat.

Lire à ce sujet la lettre ouverte à Laurent Fabius ici : Honte à vous Laurent Fabius ! 


Voilà pourquoi les hommes qui se sont battus là bas ne doivent pas être oubliés et même doivent être honorés, car si Dien bien Phu, sur le terrain a été une défaite inévitable, elle fut avant tout un acte héroïque exemplaire élevé dans l'Histoire au même titre que la bataille des Thermopyles menée 2434 ans auparavant par d'autres héros défendant l'empire et la civilisation.

Mais c'est aujourd'hui une bataille contre l'oubli qui est engagée et c'est à nous de la mener et de la gagner, en mémoire du sacrifice de nos anciens...

Erwan Castel le 7 mai 2014 



« Nous sommes ces soldats qui grognaient par le monde
Mais qui marchaient toujours et n’ont jamais plié…

Nous sommes cette église et ce faisceau lié
Nous sommes cette race éternelle et profonde…

Nos fidélités sont des citadelles »

Charles Péguy

"Dien Bien Phu" par Jean Pax Méfret
 

Dien bien Phu, dessin de Franck Frazetta


1 commentaire :

  1. Magnifique reportage. Merci Erwan.

    Dans l'enfer, surgit toujours un ange.
    Légionnaire de 1re classe honoraire, Geneviève de Galard, née dans le sud de la France le 21 avril 1925, est une infirmière militaire française qui, durant la guerre d’Indochine, fut surnommée "l’ange de Dien Bien Phu".

    Elle obtient le diplôme d’état d’infirmière et devient convoyeuse au sein de l’armée de l’air française. A sa demande elle est affectée en Indochine à partir de mai 1953, au cœur de la guerre qui oppose les forces françaises à celles du Việt Minh. Elle se porte volontaire pour servir comme infirmière dans l'hôpital de campagne commandé par le docteur Paul Grauwin. Elle est la seule femme dans le camp.

    Pendant deux mois, jusqu’au dernier baroud d’honneur, elle incarnera pour les blessés, l’infirmière, la confidente et l’image de la douceur dans l’enfer des combats. Sa seule présence rend moins inhumain cet enfer de feu, de boue et de sang.

    - Le 29 avril 1954, Geneviève de Galard est faite chevalier de la Légion d'honneur et est décorée de la Croix de guerre par le commandant du camp retranché de Dien Bien Phu, le général de Castries.
    - Le 29 juillet 1954, le président Eisenhower lui attribue la Presidential Medal of Freedom lors d’une cérémonie dans la roseraie de la Maison Blanche à Washington.
    - En 2008, elle est élevée à la dignité de Grand officier de l'ordre national du Mérite.

    Poème

    "On les nomma Eliane, Huguette et Isabelle,
    De doux prénoms de femme à l’étreinte mortelle,
    A la rondeur trompeuse, où l’on crut caresser
    Une peau de velours, où l’on se fit tuer.

    Dans cet enfer de feu, Dieu envoya un ange,
    Une frêle orchidée au milieu de la fange,
    Pour habiller d’espoir les malades hagards,
    Elle s’appelait Geneviève de Galard.

    A la tombée du jour, l’horreur de la défaite,
    Les hommes harassés, à la mine défaite,
    Les copains qui sont morts et, pour eux, pas de tombes
    Sinon les trous creusés par l’explosion des bombes.

    La bataille est finie, une autre est en mouvance,
    Et le train du malheur est toujours en partance.
    Interdit d’espérer. Si l’on quitte l’Asie,
    C’est pour aller, bientôt, crever en Algérie."

    Marie-France MELLONE 2004

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