vendredi 16 janvier 2015

Libérons les "Charlie" !

Avant de commencer ce coup de gueule, je m'incline devant la mémoire des 17 êtres humains lâchement assassinés en France entre le 7 et le 9 janvier 2015


IN MEMORIAM

Tués le 7 janvier 2015 :

Stéphane Charbonnier alias Charb, 
Cabu, 
Georges Wolinski ,
Tignous
Honoré
Bernard Maris
Mustapha Ourrad,
Elsa Cayat
Frédéric Boisseau,
Michel Renaud 
Franck Brinsolaro
Ahmed Merabet,

Tuée le 8 janvier 2015 :

Clarissa Jean-Philippe

Tués le 9 janvier 2015 : 

Yoav Hattab, 
Philippe Braham, 
Yohan Cohen, 
François-Michel Saada 



Notre devoir est de ne pas oublier leurs noms car ils sont morts assassinés par une barbarie aveugle ...


et pourtant aucun d'eux ne s'appelait Charlie !
__________

Quand les vautours et les vampires se donnent rendez-vous à Paris 

Je n'évoquerai pas ici l'événement en lui même, son déroulement, ses zones d'ombres et les interrogations qui apparaissent dans la gestion de la crise jusqu'à son dénouement. Je m'attache ici a une simple mais indignée observation de la façon dont le peuple de France s'est vu dépossédé de son émotion pour être instrumentalisé par le pouvoir.


J+7, le bilan...

- Voilà une semaine que la France a été frappée en son coeur, par un nouvel acte de barbarie sanglant, et réalisé "au nom de l'Islam". 
- Voilà une semaine que le gouvernement nous impose le dogmatique "Je suis Charlie", au nom de la Liberté d'expression.
- Voilà une semaine que rodent d'un côté une islamophobie stupide et de l'autre un censure inquiétante, au nom de la sécurité publique.

Car voilà une semaine que le terrorisme de la Pensée Unique s'est emparé de l'émotion sincère et légitime de millions de personnes, l'utilisant comme un Cheval de Troie pour nous soumettre une vision sociétale manichéenne qui relève d'une hallucination collective orchestrée par un pouvoir orwellien.

J'ai attendu que passe l'émotion pour regarder les faits et essayer de comprendre leurs conséquences sociétales, et j'avoue aujourd'hui avoir été le témoin impuissant d'un formidable détournement de l'émotion d'un peuple au profit d'un marketing médiatico-politique abject car servant les intérêts militaro-industriels criminels justement responsables de la montée des haines communautaristes et du terrorisme pseudo islamiste.

L'émotion spontanée...

L'acte de guerre dirigé contre ces journalistes est un acte barbare et injustifiable par quiconque, et ce quelle que soit la ligne éditoriale tenue par le média attaqué. C'est un crime.

J'éprouve un profond respect et même je l'écris en conscience, une admiration pour tous ces êtres humains, qui ont spontanément quitté leurs foyers, leurs lieux de travail pour se regrouper et supporter ensemble ce choc émotionnel, dans les rues froides de leurs villes et villages, l'indignation et les larmes aux bords des lèvres et des yeux . 
La France a su montrer à ce moment précis et de façon naturelle et spontanée, les qualités essentielles de l'humanité qui sont l'empathie et la solidarité.

- Que les médias relayent l'information et les réactions, quoi de plus normal, car ce sont eux qui ont été visés, mais surtout parce que c'est leur devoir d'informer. 
- Que les politiques s'associent au mouvement, quoi de plus normal, car ils sont les garants des valeurs de la vie et de la liberté qui ont été frappées par les criminels.

Jusqu'au lendemain de l'attentat, l'émotion était naturelle et libre, et son expression authentique et populaire. Mais en parcourant les médias, les premiers indices d'une récupération politique apparurent rapidement, tout d'abord par une censure de l'information. 

L'émotion contrôlée...

D'abord il y a a eu ce logo dont je reconnais la simplicité et la force : "Je suis Charlie" créé par Joachim Roncin, un franco-ukrainien de 39 ans travaillant pour la presse.

Immédiatement, l'émotion est devenue uniforme, monochrome et industrielle. Les noms des policiers, des journalistes puis plus tard des otages, non pas associés mais dissous dans celui de Charlie... 

Parallèlement les réactions étrangères des peuples et de leurs représentants exprimaient leur émotion et tous indignés, rejoignaient une France choquée et blessée. 
Les médias nationaux se sont mis a relayer toute cette solidarité internationale... ou presque toute, car étrangement dans l'émotion humaniste provoquée par ces assassinats, notre "merdiacratie" n'a pas oublié d'exercer sa censure servile.

C'est ainsi que certains hommages étrangers, comme par exemple celui de la Fédération de Russie, où, le peuple et son gouvernement ont immédiatement réagi à l'événement, ont été "oublié" par notre mainstream médiatique. 


L'émotion détournée

Après la censure par omission, le gouvernement Hollande, oubliant qu'il représente l'ensemble des français, y compris ceux qui n'ont pas voté pour lui, exclut de l'unité nationale qu'impose un tel événement les membres du Front National au motif qu'il ne sont pas un parti républicain ! 

Sans entrer dans une polémique politico-politicienne, je remarque simplement que le Front National représente aujourd'hui une part non négligeable de l’électorat français (entre 18 % aux présidentielles et 25% aux dernières élections européennes) et par conséquent est un acteur incontournable du débat politique et de sa représentativité, et j'ai tenu le même discours il y a quelques années concernant les écologistes. 

Le refus d'accueillir des opposants dans une manifestation de solidarité nationale et apolitique comme celle ci, est justement violemment contraire aux principes républicains qui paradoxalement sont appelées ici à la fois pour mobiliser les français (qui sont déjà dans la rue !) et  motiver cette interdiction partiale.
Ici le François Hollande, oubliant ses fonctions régaliennes et ses devoirs présidentiels, profite lâchement d'un choc émotionnel consensuel, pour régler sournoisement des comptes avec son opposition politique la plus virulente... 

Désormais l'expression de l'émotion est donc soumise à l'orchestration du pouvoir qui après avoir décidé comment il faut s'indigner, va définir ceux qui en ont le droit et procèder ainsi à l'exclusion de facto de 6 à 8 millions de français !

L'émotion bafouée

La protestation populaire avait besoin de fusionner en acte de communion l'émotion des vivants et le souvenir des morts. Le manifestation légitime qui a été programmée le dimanche 11 aurait pu s'inscrire dans la lignée des grands rassemblements populaires de cette Histoire de France écrite par son peuple et pour lui.  

Or, l'Histoire ne retiendra finalement de ce beau dimanche, qu'une photo de famille des maîtres occidentaux venus pérorer très loin devant le million et demi de personnes sincères mais reléguées à une figuration cautionnant leur politique mondialiste hégémonique. 
Ils étaient tous là, les représentants des Etats Unis, d'Israël, d'Arabie Saoudite, de la servile Union Européenne ou du cerbère OTAN... tous là,  les parangons des Droits de l'Homme, et de la Liberté d'expression !


Mais la star du moment, entre tous ces faquins et laquais du nouvel Ordre Mondial venus verser des larmes de crocodile à Paris, était sans conteste ce "Piètre" Porochenko, le satrape de Kiev qui toute honte bue, est venu rendre hommage aux martyrs du terrorisme quand sur ses ordres sont armée bombarde dans le Sud Est de l'Ukraine une population slave parce qu'elle russophone et désire le rester. 


On retiendra pour finir que ces vampires, venus aspirer le formidable élan populaire du peuple de France, en plus ne sont que de lâches bouffons, patriciens de pacotille n'ayant même pas le courage de se mêler à la plèbe républicaine. 
Leur mascarade médiatique, entre leurs paparazzis et leurs gorilles faisant la figuration, s'est en catimini dans une rue sécurisée loin de la vraie Humanité...


L'émotion instrumentalisée

Après cette infâme récupération médiatique par ceux là même qui allument des conflits meurtriers de par le monde et alimentent les réseaux terroristes qui leur échappent toujours, les jacobins néo-conservateurs serviles de France se sont lancés dans une chasse aux sorcières hallucinante.

Le 9 janvier, Nicolas Sarkozy : "La guerre a été déclarée à la France, ses institutions et la République par des barbares qui nient l'idée même de civilisation et les valeurs de l'humanisme"

Le 11 janvier, Valérie Pécresse déclare : "Il faudra bien sûr un "Patriot act" (1) à la française, une réponse ferme et globale"

Le 12 janvier,Manuel Valls, "Il faut faciliter et être plus performant sur les écoutes policières et judiciaires"

Le 13 janvier, lors d'une séance d'hommages à l'Assemblée Nationale, Christian Jacob, le chef de file des parlementaires de l'UMP a appelé à “restreindre les libertés publiques et la liberté individuelle de quelques-uns“

Voir l'article ici : O.Berruyer - Bien joué à tous 2

Mais la palme d'or de l'ignominie totalitaire revient certainement à l'égérie du service politique de France 2 qui le 12 janvier déclare :

 L'obersturmbannfuhrër Nathalie Saint Cricq

"C'est justement ceux qui ne sont pas "Charlie" qu'il faut repérer, ceux qui, dans certains établissements scolaires ont refusé la minute de silence, ceux qui "balancent" sur les réseaux sociaux et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Eh bien ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale."

"Repérer, traiter, intégrer" dans la bouche de cette bien-pensance qui dénonce à tout bout de champ le retour du fascisme et "des heures les plus sombres de notre Histoire", c'est une moraline méphitique à la fois pathétique et effrayante !

Voir l'article de Médiapart ici : La traque est ouverte

"Comparaison n'est pas raison" cependant comment ne pas faire le parallèle entre les réactions étasuniennes après l'attentat du 11 septembre 2001 et les déclarations de nos élus au lendemain de ceux de Paris, car tant dans l'intention et jusque dans le vocabulaire sécuritaire et belliciste utilisé tout transpire le plagiat du modèle américain.

Voilà donc un Etat, fragilisé par le système et menacé par la crise qui veut profiter de ce drame pour mette en coupe réglée la totalité des citoyens français. Au nom d'une politique de sécurité qui est effectivement le devoir de tout  gouvernement nous voyons engager un atteinte aux valeurs fondamentales de notre civilisation, surveillance tous azimuts, diminution des droits de la défense, violation de la vie privée etc... 

Ces mesures exceptionnelles si elles sont légitimes en temps de (vraie) guerre sont ici très inquiétantes, principalement parce que les organismes d'Etat chargés de les appliquer :

- s'emparent de prérogatives appartenant constitutionnellement au pouvoir judiciaire qui recule.
- dépendent du gouvernement, qui peut ainsi renforcer son pouvoir politique et museler l'opposition.

Lorsque, la cupidité, la malhonnêteté, et la servilité à un pouvoir étranger liberticide dominent les décisions politiques d'un pays, un fait divers tragique comme celui-ci devient un prétexte régalien pour augmenter un totalitarisme d'Etat et une dictature de la pensée unique qui a commencé en contrôlant les médias et en égratignant de plus en plus la liberté d'expression...


Non "Charlie" n'est pas mort ! Il est même bien vivant, faux libertaire vraiment endeuillé et qui continue à jeter de l'huile sur le feu avec ses caricatures islamophobes obscènes et provocatrices.

Si la liberté d'expression est sacrée elle n'est pas liberté d'insulter et elle doit toujours refléter, selon moi toujours une réflexion respectant les codes relationnels et le respecter des opinions d'autrui. 
Car si la critique virulente et humoristique est une arme utilisée depuis toujours dans les débats contradictoires et argumentés nourrissant l'Agora républicaine, la méchanceté gratuite cherchant à blesser le coeur de l'Homme, ne reflète qu'une haine stupide qui appelle souvent contre elle sa sœur ennemie. Et il est fort à parier que les illustrations des "Survivants de Charlie" provoquent une nouvelle vague d'indignation logique au sein de la communauté musulmane.

L'inutile stigmatisation récurrente et quasi exclusive et obsessionnelle des croyances musulmanes et chrétiennes dans la ligne éditoriale de Charlie Hebdo relève plus de l'égocentrisme irresponsable d'un journal pamphlétaire, plus occupé à protéger SA liberté d'expression (très sélective, voire par exemple l'affaire Siné) que la paix républicaine et sociétale.

Quand aux  nouveaux "Charlies", traumatisés, manipulés ils sont désormais enfermés dans la prison dorée de la bien-pensance gardée par les "Charlots" qui nous gouvernent.

De la chrysalide des "Tartuffes", de nouveaux "Torquemadas" sont désormais sortis !
Erwan Castel


NOTES

(1) NOTE 1 "Patriot Act" fait référence aux dispositions légales prises par le Congrès américain après le 11 septembre 2001 (“Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act”)
Ces résolutions très critiquées portent principalement sur 
- Une politique de surveillance des citoyens dans leur vie privée, sur internet etc...
- La qualification d'acte terroriste pour toute intrusion sur un site internet
- La qualification de combattant illégal, et l'ouverture de centres de détentions spéciaux
- La réduction de droit de la défense, la prolongation de la détention provisoire etc...
- L'augmentation des pouvoirs et prérogatives des agences gouvernementales (FBI, NSA CIA...)
- La saisie des fichiers des bibliothèques, centres culturels etc...


__________

D'autres articles et information sur l'événement :
- Sur le Site d'Olivier Berruyer "LES CRISES.FR" le lien ici : Les Crises.fr # Charlie Hebdo

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont les bienvenus, à condition qu'ils ne soient pas diffamatoires et injurieux. Merci de respecter cette règle.