jeudi 10 mars 2016

La déesse mère...

Comment imaginer vénérer un principe divin 
qui ne serait ni maturant ni réel ?

Forêt tropicale en Guyane française (Photo Erwan Castel)


Etre païen, Vs Thibault Isabel

"Adorer des images, c'est reconnaître qu'il y a du divin dans l'ordre du sensible, et c'est donc indirectement reconnaître qu'il y a du divin dans le monde, dans la nature.

Pour un païen, Dieu n'est pas un être purement intelligible, abstrait; c'est aussi (et avant tout peut-être) un être concret, enraciné dans le monde. Et c'est pourquoi l'on peut l'adorer sous forme d'image; c'est pourquoi même on le doit, car ce serait sinon un sacrilège à l'égard de la nature.

Pour un païen, le monde est directement divin, c'est-à-dire que les dieux sont des aspects de la puissance du monde. Nous devons adorer des images, pour nous souvenir que la nature est divine, que l'ordre sensible des choses est vénérable.

La foi chrétienne est tendue vers un Dieu au-delà du monde: il faut y croire pour l'adorer, car nos sens ne nous apportent aucun gage de sa présence.

Quand on adore un dieu païen, en revanche, c'est différent : puisque personne ne peut douter de l'existence de la foudre, du vent, de la pousse des fleurs, etc. 
Or, c'est bien cela que nous adorons à travers les dieux: la nature, et non un être au-delà de la nature.

Il n'y a donc pas de "foi" dans notre adoration, même si cette adoration repose malgré tout sur une certaine vision du monde. Mais une vision du monde, c'est une manière d'interpréter l'univers, ce n'est pas une foi.

On croit à quelque chose d'"étrange" (l'existence physique des dieux), mais néanmoins à quelque chose de présent dans le monde, et non à un être métaphysique, qui seul justifierait une "foi".

En outre, dans les textes antiques, les dieux sont d'abord appréhendés comme figuration, c'est-à-dire qu'ils donnent forme à la nature, qu'ils la représentent (et, en ce sens, ils sont réels, puisque la nature est réelle), mais leur portée reste symbolique. Ils sont des symboles de réalité.

Pour le paganisme, il n'y a qu'un seul monde: la nature, et c'est cette nature qu'il faut adorer.

Pour les religions révélées, il y a deux mondes: la nature et l'au-delà, et c'est l'au-delà qu'il faut adorer.

Pour les panenthéismes, comme le bouddhisme ou l'hindouisme, il y a un seul monde, mais divisé entre une essence supérieure et englobante, et un reflet plus ou moins dégradé et illusoire, au sein duquel nous vivons: le salut, dans cette perspective, consiste à s'affranchir des vicissitudes du devenir (voire du cycle des réincarnations). C'est pour cela que le panenthéisme est à mi-chemin entre paganisme et religions révélées: il croit à une forme partielle de transcendance, adhère aux doctrines de salut, valorise souvent l'ascèse.

Moi, en tant que païen, je ne me sens pas panenthéiste, même s'il existe des liens entre paganisme et panenthéisme, comme il en existe entre panenthéisme et religions révélées."

Thibault Isabel

Sources  de l'article

- Vidéo YouTube, le lien : ICI
- Thibault Isabel, le blog : ICI, le site : ICI

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